Les vins en or de Loupiac

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Loupiac, c’est l’autre patrie du liquoreux. Une petite appellation qui produit de grands vins, en tout point comparables au glorieux voisin qu’est Sauternes. Petite présentation.

L’appellation Loupiac est assez réduite : sa surface déclarée couvre 350 ha et compte soixante-dix producteurs. Le vignoble est assez morcelé : les propriétés de plus de 10 ha sont rares et la surface moyenne des exploitations n’atteint même pas les 6 ha. Le rendement est limité par décret à 40 hl/ha, et ne dépasse guère, en pratique et en moyenne, les 35 hl/ha.

Le vignoble de Loupiac s’étale sur la rive droite de la Garonne, en face de Sauternes et de Barsac, à une quarantaine de kilomètres au sud de Bordeaux. Les vignes occupent des coteaux, dont les sous-sols sont calcaires à la base, et argilo-graveleux aux sommets, tandis que le sol présente un caractère plus largement argilo-calcaire. Ces coteaux, naturellement bien drainés, bénéficient en outre d’une orientation sud, sud-ouest qui garantit un excellent ensoleillement.

La Garonne joue un grand rôle dans la typicité des vins de Loupiac. A cet égard, on retrouve une situation similaire à celle de Sauternes, l’autre bastion bordelais des grands liquoreux. A l’approche de l’automne, alors que le ciel reste très ensoleillé et que les températures restent assez élevées, il se dégage du fleuve des nappes de brouillard, rapidement dissipées par le soleil. Cette alternance d’humidité et de chaleur entraîne l’apparition et le développement d’un champignon, le Botrytis cirenea – la fameuse « pourriture noble ». Cette pourriture s’attaque à la peau du raisin, permettant l’évacuation progressive d’une partie de l’eau contenue dans le fruit. Cette déshydratation a pour corollaire l’augmentation du taux de sucre ; il en résulte une concentration exceptionnelle, garante pour les vins d’intensité aromatique, de densité, de puissance, de richesse et d’aptitude à la garde. Lorsque arrive l’heure de la vendange, les vignerons mettent un soin méticuleux au triage des raisins : ne sont récoltées que les baies « rôties », ou confites, c’est-à-dire suffisamment déshydratées sans être pour autant abîmées ; un triage qui peut nécessiter quatre ou cinq passages successifs dans les vignes, pendant un mois.

L’encépagement de Loupiac comprend trois cépages : sémillon, sauvignon et muscadelle, une combinaison que l’on ne trouve nulle part ailleurs en France. Le sémillon est le cépage majoritaire (il représente 80 % de l’encépagement) ; il apporte au vin leur finesse et leur complexité aromatiques. On lui associe le plus souvent, dans les assemblages, le sauvignon (15 % de l’encépagement), qui se distingue par sa vigueur aromatique. La muscadelle, quant à elle, est employée pour accentuer la rondeur du vin.

La vinification vise à obtenir un fragile équilibre entre sucre, alcool et acidité. L’élevage peut ensuite se prolonger sur une durée de 12 à 24 mois, en cuves comme en fûts de chêne.

Comme tous les grands vins moelleux et liquoreux, les loupiacs manifestent une impressionnante richesse aromatique. Au nez, on peut relever des notes, plus ou moins puissantes et subtiles, de fleurs (acacia), de fruits exotiques (agrumes), de fruits confits, de figue, de pruneau, de raisin de Corinthe, de miel, de pain d’épices. En bouche, leur fort taux de sucre résiduel leur confère une ampleur, une opulence et une onctuosité caractéristiques, soutenues par une acidité qui leur apporte de l’élégance, voire une fraîcheur bienvenue ; la richesse aromatique est étonnante et la persistance, remarquable. Ces vins peuvent vieillir aisément 5 à 8 ans, voire 10 ou 15 ans sur un grand millésime.