Toronto, la ville-monde

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Portée par l’incroyable vitalité d’une immigration qualifiée qui ne cesse d’affluer, Toronto est aujourd’hui la ville la plus peuplée du Canada. Cette capitale économique qui a su investir sur des secteurs à forte valeur ajoutée cultive aussi un cosmopolitisme clairement revendiqué. A mi-chemin  entre  Montréal et les fameuses chutes du Niagara, la « ville-monde » bouillonnante de projets n’en finit plus de peaufiner sur les rives verdoyantes du lac Ontario la promesse d’une société nouvelle, adaptable et largement ouverte. A voir au plus vite !

Par Marie Josée Colombani
Photos : Philippe Zani

Quartier par quartier

Le vieux Toronto chouchoute ses anciens quartiers comme Yorkville : foisonnant autrefois de hippies et d’échoppes de macramé, il aligne dorénavant les boutiques huppées de Chanel, Gucci, Tiffany… des restaurants prestigieux et des clubs très sélects. En plein centre, Queen West, véritable vitrine artistique, met à l’honneur artistes, designers et autres saveurs actuelles. L’Entertainment District regorge de magasins à la mode, de galeries éclectiques, de vibrantes boîtes de nuit tout autant que d’improvisations théâtrales ou musicales. Boutiques de luxe, restaurants gastronomiques, galeries d’art pullulent. La célèbre rue Yonge, la plus longue d’Amérique, qui part du lac Ontario et va vers le Nord, traverse l’incontournable « Strip », le « Broadway » de Toronto. Des nombreux bistrots animés s’échappent des flots de musique où s’amuse une foule bon enfant. Kensington Market, le marché vintage et ethnique s’étale en un labyrinthe de rues abondamment tagées. Les magasins regorgent de marchandises venues aussi bien d’Europe, des Caraïbes, du Moyen-Orient que de l’Amérique du Sud ou d’Asie. Le dimanche matin,  St. Lawrence market expose une très courue et pléthorique brocante et l’on s’y réconforte du sandwich au bacon et au maïs chers aux Torontois.

Gratte-ciels et nouveaux hôtels

En dehors du majestueux hôtel Le Germain, récemment « importé » de Montréal, trois nouveaux grands hôtels viennent de voir le jour : le Shangri-La, le Ritz Carlton et le Four Seasons. Sans oublier le quatrième : le Thompson, un boutique-hôtel résolument arty (implanté à proximité du Financial District flirtant avec le quartier des spectacles) destiné aussi bien au monde de la mode qu’à celui des affaires. Dans cette ville qui compte déjà le plus grand nombre de gratte-ciels du Canada, on construit frénétiquement : le First Canadian Place, la Tour TD, le Scotia Plaza, le Royal Bank Plaza. La tour résidentielle la plus haute du pays l’Aura, avec ses 75 étages rivalise avec la tour ICE, de 57 étages, et les 67 étages du Centre York. Dans les niveaux supérieurs, de sublimes bars-lounges ouvrent leurs terrasses à une clientèle très fashion qui sirote tranquillement en admirant les gigantesques immeubles  illuminés. Entourant l’université, l’Annex, un des quartiers les plus branchés, monte le fond sonore. Ceux qui s’amusent prennent d’assaut restaurants, bars et terrasses, engouffrent allègrement nourriture et boissons de tous les continents et dansent jusqu’au bout de la nuit. Plus haut, les très résidentiels Rosedale, l’Annex, Cabbagetown, Forest Hill, dotés de somptueuses demeures de styles édouardien ou victorien, protègent leurs parcs ombragés et délicieusement fleuris : Lawrence Park, Lytton Park, Moore Park. À l’est de Wychwood Park se situe l’élégant quartier Casa Loma du nom du splendide château (don d’un mécène) qui le domine.

La cité reine se donne des airs de stars

Cependant aujourd’hui, si la cité « reine » se donne des airs de stars, c’est bien à l’industrie du cinéma qu’elle le doit. Paradis des réalisateurs et des cinéphiles, son TIFF (Toronto International Film Festival) au prestige croissant s’affirme sur la scène internationale et entend réaliser avec ceux de Venise ou de Cannes. Parce que ouvert au grand public, au contraire de ses homologues, il s’inscrit maintenant en événement majeur pour l’ensemble du  pays. Grâce aux coûts de tournage moindres, les productions films et TV (où bien souvent la ville devient la vedette) et leurs produits dérivés (animations, jeux, effets spéciaux, vidéo…) font florès. Le plus grand studio d’enregistrement sonore du monde occupe une de ses collines. « The Audience », la sculpture du réalisateur Torontois Michael Snow, illustre bien ce foisonnement artistique d’une ville qui ne s’imagine que tournée sans relâche vers l’avenir. En l’honneur des grands réalisateurs et stars qui viennent maintenant y lancer leurs films, on a construit en 2010 le magnifique et très design Bell Lightbox Building, un lieu emblématique digne de ces évènements et des quelques 70 festivals annuels (portugais, italien, français, grecs…) reflétant la diversité de cette ville cosmopolite.

Une ossature désormais multi-culturelle

Partout dans cette immense métropole dont la structure urbaine et les choix architecturaux soulignent l’enracinement nord américain, on relève les traces de l’identité composite de cette cité. Édifiée à partir des anciennes pistes indiennes, la bourgade d’origine presque exclusivement blanche et anglo-saxonne ainsi que l’avaient voulu ses fondateurs puritains s’est étendue tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle en un conglomérat de « villages ». Représentatifs de la surprenante mosaïque ethno-culturelle, ils constituent aujourd’hui l’ossature même de la ville et du même coup, très certainement l’une des clefs de sa vitalité ! Face aux interrogations sur les identités et la mondialisation, la cité répond par un surcroît d’ouverture et de brassage:  Dans la chaleur de l’été, des Torontoises d’origine pakistanaise voilées ont relevé leurs saris pour patauger dans la fontaine municipale. Sur l’esplanade de l’hôtel de ville se succèdent les célébrations communautaires du Street Festival comme celle désordonnée et souriante de Tibétains habitant les faubourgs de Makham. Sur Dundas avenue, des dragons de papier annoncent une Chinatown saturée de commerces et des vapeurs de dim sum qui viennent titiller les habitants nordiques de la voisine Little Poland. Dans une rue adjacente, une banderole pointe une association d’entraide pour les immigrants vietnamiens, cambodgiens et laotiens. Quelques blocs vers le Nord, Little Italy pavoise ses trattorias de rouge, vert et blanc. A l’est du côté de Greektown, les panneaux indicateurs s’écrivent en anglais et en grec et les tavernes égrènent des airs de bouzoukis. Les rues de Little India apparaissent  aussi grouillantes qu’à Calcutta. Cafés éthiopiens et érythréens ont leur place dans ce vaste kaléidoscope tout comme Koreatown à l’orée du centre-ville, qui diffuse son acuponcture nationale et ses modes coréennes. Le village portugais expose ses azulejos et son porto. Ainsi, sur les mille kilomètres carrés de la grande agglomération peuplée de 4 millions d’habitants, plus d’une centaine de nationalités se côtoient. Dans ce pays neuf exempt de préjugés, gays et lesbiennes ont d’ailleurs depuis longtemps acquis leur droit à la différence et c’est en toute liberté qu’ils s’y affichent «  friendly ». Dans le grand hall du Carlton, une affiche annonce les différents services religieux : boudhiste, sikh, musulman, catholique, indou, juif sans oublier les multiples obédiences protestantes, histoire de se rappeler qu’à Toronto -qui signifie en amérindien « lieux de rencontre »- toutes les religions ont droit de cité et qu’en bonne intelligence, dans cette ville de tous les possibles, elles se respectent.

L’icewine, le vin de glace

En direction des chutes du Niagara, à 120 km de Toronto, la principale région viticole de l’Ontario qui a sa propre route des vins émaillée d’une quarantaine de vignerons produit une des curiosités et une des réussites du Canada : l’icewine. Ce vin de glace issu principalement du Vidal (un cépage traditionnel) ou du Riesling se récolte de nuit manuellement grain à grain  en vendanges tardives à -10°C. On transfère les raisins gelés dans le pressoir où les cristaux de glace s’écoulent ne conservant que la quintessence. Il n’y a que la combinaison du froid, du taux de sucre et du très faible rendement pour conférer au vin de glace ses saveurs uniques entre toutes. Car attention, l’élaboration de quelques mois en cuve inox ralentie par la haute concentration en sucre peut s’avérer périlleuse… jusqu’à parfois même gâcher le résultat. Il faut savoir que la récolte manuelle et les rendements très faibles induisent une rareté qui a son prix. D’où la petitesse des bouteilles : 37,5 cl, voire 20 cl ! Nous avons goûté l’icewine à Inniskillin, le premier producteur en Ontario à avoir commercialisé ce vin en 1984 et remporté le Grand Prix d’Honneur de VINEXPO en 1991. Il conseille de le déguster entre 4 et 8 degrés et plutôt seul, en tout cas jamais avec un mets sucré. Il offre une explosion aromatique de pêche et d’abricot avec un bel équilibre entre sucré et acide. Il n’est pas sirupeux, ni pommadé, et son exceptionnelle longueur en bouche, avec une pointe d’acidité, fait qu’il garde les mêmes arômes au final qu’au début de dégustation. Les vins de glace de cépage Vidal se conservent jusqu’à cinq années. Plus fins et plus chers car plus difficiles à élaborer, les Riesling peuvent aller jusqu’à quinze ans, leurs notes aromatiques allant alors vers plus de miel et de minéral. Magnifique !

Eblouissantes chutes du Niagara

Les chutes du Niagara sont une des destinations touristiques les plus prisées au monde. Tellement, que la folie mercantile s’en est emparé et que la petite ville ressemble à un Las Vegas en miniature. Jeux, enseignes lumineuses, centres commerciaux, hôtels et attractions diverses sollicitent à qui mieux mieux les hordes de visiteurs venus essentiellement pour la merveille naturelle : en fait, trois chutes d’eau situées sur la rivière Niagara reliant à la frontière franco canadienne, le lac Erié au lac Ontario. Si ces chutes ne sont pas les plus hautes au monde (la plus élevée ne mesure que 52 mètres), l’ampleur et la puissance des eaux qui s’y engouffrent avec furie ne peuvent manquer d’impressionner. Devant le caractère majestueux de ce spectacle hors norme et grandiose, on reste abasourdi ! Dans des tourbillons de vapeur d’eau, les touristes naviguent à bord d’un bateau -le Maid of the Mist- qui s’approche de la chute la plus élevée, celle du Fer à Cheval, et tout à coup ils se retrouvent au milieu d’un arc de cercle de 792 mètres où dans un fracas assourdissant se déversent des cataractes de près de trois millions de m3. Les imperméables censés nous protéger, offerts en souvenir par le bateau, ruissellent. Brassé, aspergé, on n’en a cure… Fasciné, près, très très près, la magie opère. Sur le rivage, une demi-heure plus tard, on écoute raconter la légende de l’appellation du Maid of the Mist : la belle Lelawala,  fiancée par son père contre son gré préféra se sacrifier à son véritable amour He-No, le dieu du tonnerre vivant dans les profondeurs du « Fer à Cheval ». Elle y amena son canoë et passa par dessus bord. He-No la rattrapa alors qu’elle tombait liant à jamais leur esprit et leur cœur dans le sanctuaire du dieu du tonnerre. L’amour éternel aux chutes du Niagara.. pas étonnant qu’elles attirent tant les jeunes mariés anglo-saxons qui en ont fait un de leurs lieux favoris pour voyages de noces ! Inoubliable également, le survol en hélicoptère. Quand le temps le permet, vingt minutes d’intense émotion en plein ciel.

La Tour CN est à Toronto ce que la Tour Eiffel est pour Paris

C’est pour témoigner de la toute puissance de l’industrie canadienne que la compagnie ferroviaire du Canadien National (CN) l’a édifiée en 1976 au cœur de la ville. Fière de ses 553,33 mètres, elle a possédé le titre de plus haut édifice du monde jusqu’à la construction en 2009 du Burj Khalif à Dubaï. Elle n’en affiche pas moins haut les ambitions de sa mégalopole.  Originellement prévue comme antenne pour la radio et la télévision, elle est  aujourd’hui une des principales attractions touristiques. Sa silhouette effilée aux reflets d’argent s’inscrit dans le skyline éblouissant des gratte-ciels. De ses trois niveaux d’observation auxquels on accède en 53 secondes par un vertigineux ascenseur vitré, on contemple un panorama grandiose sur la ville et le lac. Par temps clair, la visibilité pouvant atteindre les 160 km à la ronde, on peut, dit-on, apercevoir les États-Unis … Le restaurant « Le 360 » où l’on déguste une cuisine régionale porte bien son nom puis qu’il tourne à 360 degrés tandis qu’au niveau du plancher transparent on peut voir le sol 342 mètres sous ses pieds. Dernière nouveauté, elle aussi bien nommée : l’Haut Da Cieux. Sécurité oblige, dument harnachée en plein ciel, une étourdissante balade à mains-libres sur l’étroite corniche ceinturant le sommet de la tour : Frissons garantis!

COTE PRATIQUE
Passeport en cours de validité obligatoire
Change : 1 euro = 0,74 $
Décalage horaire : 6 heures de moins qu’en France.
Information : www.seetorontonow.com. Autre site de référence avec destinations en vogue : www.infotravel.fr

Y aller :

Bonne affaire, Jet Airways, la célèbre compagnie indienne de Naresh Goya, propose 65 destinations en Inde ainsi que 66 destinations internationales à partir de son hub à Bruxelles. C’est ainsi que Jet Airways assure un vol quotidien jusqu’à Toronto partir de 700 euros AR (classe affaires, à partir de 2600 euros). Depuis Paris, on s’y rend donc avec le Thalys tandis qu’au départ de Lyon, Marseille et Toulouse, on prend Brussels Airlines. Jet Airways propose beaucoup de confort et d’attentions sur son tout nouvel Airbus 330-200. Points de connexion pour ordinateurs et téléphones à portée de main. Gastronomie irréprochable arrosé de cuvée noble de Lanson ou du fameux cabernet sauvignon de Francis Coppola. En classe économique, les sièges massent le dos tandis qu’en classe affaires, ils s’inclinent à l’horizontale. L’on peut y dormir comme dans un lit.

Shopping :

Eaton Center ou Outlet, sur King et Spadina, et l’incontournable Yorkville pour le chic. On peut marchander à Kensington, mais attention aux copies chinoises. Plus sérieux : le Centre Commercial de la Grande Galleria.

Manger :

Bon et très couru, Luma, au deuxième étage à côté du centre cinématographique. Pour embrasser la ville, le restaurant tournant au sommet de la tour CN offre menu très correct et cave bien garnie. Avec sa terrasse pourvue d’une des rares piscines à débordement de la ville, le superbe Thompson, boutique-hôtel design décorés par l’artiste espagnol Javier Mariscal offre trois restaurants : un traditionnel ouvert non stop 7/7, un italien Scarpetta où officie l’innovant chef Scott Conant, et un bon japonais, le Wabora. Le Ritz-Carlton avec accueil français enthousiasme par son délicieux et très copieux brunch où trônent œufs Bénédicte et frites d’avocat accompagnés d’une carte très variée de cocktails.

Hôtels :

L’hôtel Le Germain : traditionnel élégant et design à la fois. Chambres et suites hyper confortables et douillettes, service attentif. Restauration irréprochable dans son authenticité modernisée. Attention, nulle part où fumer!

Le Drake pour l’originalité du concept Pop’up. Jeff Stober le propriétaire  ancien informaticien devenu millionnaire voulait un hôtel pas comme les autres. Chaque chambre personnalisée par un artiste différent change complètement du sol au plafond tous les trois mois. La vente des objets se fait en ligne où à la boutique attenante. Le Night club du sous-sol est le rendez-vous musical branché. De 160 dollars la chambre « teens », pour revivre son adolescence à  399 dollars  pour la Rock Star suite.