De Singapour à Bangkok, l’Eastern & Orient Express, un palace sur rail !

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De Singapour à Bangkok, À 60km/h de moyenne à travers la Malaisie et la Thaïlande, un voyage inoubliable d’environ 2000 km, en prenant son temps comme autrefois, à bord du train le plus prestigieux d’Asie. Lorsqu’on monte à bord de l’Eastern & Oriental Express, cet extraordinaire palace sur rail, même s’il est possible de parcourir d’autres circuits, dont un uniquement en Thaïlande ou un autre jusqu’au Laos, finalement, la véritable destination… c’est lui!

E. & O. Express de Singapour à Bangkok

Le chantier de l’Eastern & Oriental Express a débuté en 1991 après la signature d’un contrat entre Orient Express, la compagnie ferroviaire thaïlandaise SRT et la compagnie malaisienne KMT. La mission d’aménagement luxueuse et raffinée a été confiée à Gérard Gallet. Fidèle à son appartenance à la compagnie Orient Express, ce joyau des rails reflète l’ambiance des trains d’époque. Le style colonial des 22 voitures, chacune différente et déclinant une symphonie de bois : érable, teck, chêne, merisier ou bois de rose, s’ornent de panneaux de marqueterie. Les cabines (Pulmann, State et Presidential) comportent douches et toilettes voire des baignoires.

Singapour, Marina Bay Gardens

Les trois voitures-restaurants, tout comme le bar et la bibliothèque se situent au centre, entre les voitures-lits réparties de chaque côté. En queue de train, la voiture-bar et d’observation, ouverte sur l’extérieur permet de profiter du panorama à l’air libre. Pour l’heure, tout sourire, les membres du personnel en uniforme, une cinquantaine en tout, la plupart Thaï, célèbres pour leur sens de l’accueil, s’empressent autour des passagers tandis que, omniprésent, le directeur français souhaite la bienvenue en anglais.

Premier jour

Juste le temps de s’installer, le train s’ébranle et déjà l’on se dirige vers un des points forts du voyage : la voiture restaurant. Avec ses nappes immaculées, ses lampes de bronze, ses bois de rose et ses serveurs stylés, elle sert d’écrin à une cuisine gastronomique classiquement euro-asiatique sous la houlette de Yanis Martineau. Ayant officié 4 ans à bord du « Venise Orient Express », cet ancien de Bocuse, Lenôtre et Vergé est rodé aux difficultés inhérentes aux trains, à savoir, l’étroitesse de leur local. Ici, dans son couloir où 13 personnes s’activent devant fours et pianos, il réussit à servir en temps et en heure la soixantaine de clients exigeants que compte actuellement le train (maximum 120). Un véritable exploit pour une cuisine de haut niveau soumise de plus aux roulis des wagons. Histoire d’attiser les échanges toujours un peu guindés, pas de places fixes. On voisine avec un maldivien qui dit en riant posséder 3 îles, une réalisatrice TV américaine, des amoureux belges qui s’embrassent et ne mangent rien… A côté deux couples consultent dubitatifs la carte des vins (très chers car taxés à 380%).

Singapour, Marina Bay Gardens

Avec le café et les mignardises, le niveau sonore s’amplifie, le moment pour certains de rejoindre le poste d’observation pour voir défiler tour à tour les petits villages encastrés dans la jungle, les immenses plantations de caoutchouc, les champs de bananiers, palmiers et cocotiers avec ici ou là, des étangs jonchés de fleurs de lotus. La chaleur moite humide (80% d’humidité) épuise jusqu’aux buffles qui se couchent sur le flanc. Le train lui, est climatisé et c’est avec bonheur que l’on regagne la « so british » bibliothèque avec ses douillettes banquettes de velours ses beaux livres et ses jeux de société aimables qui font naître des affinités. En cabine, le tea time est déjà servi. Sandwichs et petits fours se dégustent confortablement devant la fenêtre panoramique auréolée de dentelle. Entre ces étroits murs de bois blond astucieusement aménagés, votre buttler a tout rangé, seuls peignoirs et chaussons sont visibles.

E. & O. Express de Singapour à Bangkok

La délicate lampe en Lalique, l’orchidée et des fruits joliment présentés, ajoutent au romantisme chaleureusement désuet. Le temps de paresser puis d’apercevoir le ciel se teinter de rose avant l’éblouissant coucher du soleil (le soleil se couche tôt sous les tropiques) et c’est le dîner. Le pianiste de la voiture-bar joue tandis que le champagne coule dans les flûtes. Au restaurant, les tenues habillées s’accordent aux lumières tamisées à la porcelaine fine et aux cristaux. Les plats succulents se succèdent. Dans un brouhaha joyeux et de bon ton, les affinités se nouent. On aperçoit les tours Petronas illuminées de Kuala Lumpur où le train s’arrête. Il roulera ensuite toute la nuit dans la péninsule Malaise tandis qu’après un dernier verre au bar les passagers chouchoutés dormiront dans leur lit soigneusement préparé par leur buttler.

2eme jour

E. & O. Express de Singapour à Bangkok

Le lendemain, on prend le petit-déjeuner personnalisé (selon les directives laissées personnellement la veille au majordome) calé sur ses coussins. A la fenêtre, la jungle déploie son camaïeu de vert bientôt suivi de la terre brune des champs cultivés. Des paysans saluent le train de la main. Voici Butterworth en fin de matinée. Dans le paysage thaïlandais, les temples bouddhiques remplacent les mosquées et les rizières s’étendent maintenant à l’infini. Dans la voiture d’observation désormais tout le monde se connaît. Pour ces gens de tous âges venus d’Europe, du Japon, de Chine ou d’Amérique, ce voyage exceptionnel célèbre souvent une étape importante de la vie. Il y a cependant des inconditionnels comme cette riche oisive fêtant à la fois ses 90 ans et son 4ème voyage. Ce soir, on souffle les bougies accompagnées par les danses traditionnelles d’une danseuse thaï, le pianiste enchaîne les standards souvent repris en chœur. En toute convivialité, les verres s’entrechoquent et les rires fusent.

3ème jour

E. & O. Express de Singapour à Bangkok, le pont de la rivière Kwai

Moment émouvant : le pont de la rivière Kwaï dont le film a retracé l’histoire de cette structure en bois. Aujourd’hui seule l’arche est d’époque et l’on peut y photographier le train. Pour le dernier lunch à bord, le chef qui propose toujours un menu en accord avec les saveurs du pays traversé a concocté de délicieuses crevettes Thaïes, de la joue de bœuf au basilic et au riz frit et entre autres des kakis et goyaves au lait de coco tout en fraîcheur. Sans jeu de mots, les conversations vont bon train ! On loue l’efficacité sans obséquiosité du service, on congratule le chef qui a quitté son poste au de vigile au passe-plat, on prend les dernières photos, on remercie Valentin Waldman, le Directeur, pour la réussite de ce voyage. Dans l’effervescence de l’approche de Bangkok, mails et adresses s’échangent, on promet de se revoir… La petite communauté un temps soudé, va disparaître. Par les vitres, la pluie dégouline sur une banlieue désenchantée, les gratte-ciels apparaissent c’est un peu triste parce que le voyage s’achève.

Marie-José Colombani