Dégustations Bordeaux Primeurs 2022 Partie 1/2 : Les Vins Rouges
Par Bruno Scavo. Il serait difficile de comparer le millésime 2022 à des millésimes passés. En effet, selon Jane Anson, il faut déjà remonter à 1893 pour trouver un millésime aussi précoce. Ensuite il faut trouver une suite de millésimes tels 2021 et 2022 avec une dichotomie aussi marquée. Car pour comprendre 2022 il ne […]
Par Bruno Scavo.
Il serait difficile de comparer le millésime 2022 à des millésimes passés.
En effet, selon Jane Anson, il faut déjà remonter à 1893 pour trouver un millésime aussi précoce. Ensuite il faut trouver une suite de millésimes tels 2021 et 2022 avec une dichotomie aussi marquée. Car pour comprendre 2022 il ne faut pas oublier son prédécesseur et le contraste dramatique qui les sépare. Dernièrement, il y a peu de comparaison à faire en terme de réactivité dont disposent les propriétés aujourd’hui.
Le millésime 2022 reste donc unique par ses caractéristiques de sécheresse, chaleur poussée jusqu’à déclencher des incendies, difficilement égalable en termes d’IPT et remarquable par les dérogations d’acidification et d’irrigation. A noter aussi la résilience de la vigne face à un bouleversement aussi drastique entre 2021 et tout son contraire en 2022. En somme, 2022 reste unique, mais aussi, n’ayons pas peur de le dire, exceptionnel !
Bordeaux a vu récemment des millésimes secs, tels 2020. Pourtant 2022 démarra d’entrée sous le signe de la sécheresse, effet dramatiquement accentué par le contraste avec le millésime précédant, quant à lui très humide. C’est sur les ruines de la difficile année 2021 avec ses réserves d’eau accumulées, que 2022 a pu se construire. Remarquable est le résultat, il n’expose aucun fruit cuit, ni végétal typique des stress hydrique, qui donnent des blocages de maturité. Les rendements sont certes restreints. Le fruit est éclatant, certes concentré avec parfois des tonalités herbales balsamiques ou mentholées, rien cependant ne pourrait faire penser à une stylistique d’année de grande carence en eau comme fut 2003.
L’année 2022, a connu la canicule génératrice parfois d’accidents tels les incendies. La nature est résiliente, tel que nous raconte Pierre- Olivier Clouet Directeur de Cheval Blanc, « les baies se sont protégées en épaississant leur pellicule, ce qui contrairement aux millésimes de grande canicule résulte en un subtil mélange de fruits noirs et rouges, entre cassis et cerise rouge, sans tomber dans le fruit noir confituré ». Cet éclat vibrant rime aussi avec une fraîcheur surprenante, comme si les acidités s’étaient aussi mieux préservées que dans d’autres millésimes de forte chaleur. Pour Philippe Bascaules de Château Margaux, il en résulte que le pH du grand vin fut de 3,61 bien en dessus des pH pointés du doigt en 2018.
A noter, la réactivité des producteurs dans la gestion de la vigne. Les cultures sous- couvert sont maintenant de mise partout dans le bordelais. Le fait de les rouler apporte de la fraicheur au sol ainsi qu’une humidité salvatrice au pied de vigne, qui peut générer des décalages de 10°C en température selon Marie-Laure Latorre, directrice du Château Jean Faure. Certains, tel Guy Alloncle au Château Grand Français utilise du kaolin et de la bentonite absolue afin de faire un écran solaire aux baies tout en évitant l’effeuillage côté soleil d’après-midi.
Pour Maxime Tach, œnologue qui travaille au laboratoire Oeno-Lab d’Hubert de Boüard « avec des baies petites et concentrées, au chai, il a fallu adapter les extractions et les élevages afin de ne pas rajouter du superflu à ce millésime de velours ». La texture du tanin reste un élément essentiel dans ce millésime afin de ne pas apporter un contraste trop musclé et austère par rapport à la chair pulpeuse du vin. La majorité des vins goûtés, avaient une qualité de tanin remarquable, juste ferme et granuleux, avec certains plus serrés certes. L’enrobage dû à la générosité aide à bien digérer cette mache, à condition que le bois ne soit pas trop luxueusement appuyé, ce qui fut le cas de certains vins. Les vins respectent aussi les stylistiques avec lesquelles les Châteaux nous ont habitués. Parfois le profil du millésime ajoute une suavité hédoniste, même dans les appellations et les typologies plus structurées, comme à Pauillac ou Saint-Estèphe.
En conclusion, 2022 semble avoir changé la face des Bordeaux, un peu comme 1982 à son époque. Bien que peu de comparaisons soient possibles tel exprimé dans l’introduction, son niveau de qualité globalement exceptionnel transcende toutes les épreuves qui l’ont défié : sécheresse, canicule, itinéraires technologiques viticoles ou de vinification. A travers les vins dégustés il en résulte une année de grande potentialité mais aussi un millésime qui séduit dès la dégustation en Primeurs.
LES VINS ROUGES
Château du Rosaire : Bordeaux

Nez porté par la framboise, le cassis, de ressenti très frais. Palais fin et soyeux, net et frais par la vivacité et tension. La finale longue expose des tanins fermes mais pas rustique. 3 à 4 ans, 6/7 ans et plus. 87/88
L’Eclat du Château l’Eperon : Bordeaux Supérieur.

Intense fruit net. Suave et soyeux, il offre une grande fraîcheur, un fruit presque pulpeux entrelacé d’une teinte herbale de rose coupée. Les tannins sont fermes, l’ensemble frais, à boire dans 3 à 5 ans sur 7/9 ans. 88/89
Tour de Bellegarde : Bordeaux supérieur

Le nez propose un concentré de fruits tels le cassis et la mûre, ponctué d’un léger fumé, sur fond floral doux. La bouche délicate propose un bel équilibre centré sur la suavité qui enrobe la mache de tanins fermes. Le fruit éclate entre cassis et framboise, la retro offre une touche vanillée et légèrement fumée de l’élevage. Très bon, 4 à 5 ans à + 10 ans. 89/90
Château de Franc « Les Cerisiers » : Franc Côtes de Bordeaux

Concentré de fruit net, le nez livre la fraîcheur du cassis. Palais soyeux, net et frais, son équilibre est centré sur le juteux de la chair, la retro rebondit sur le fruit. 6/7 ans à 10 ans + 89/90
Château de Franc « L’Infini » : Franc Côtes de Bordeaux

Mûr, entre cassis et framboise, suave. Palais soyeux, net, plus d’enveloppe que la cuvée Les Cerisier mais toujours ce fruit juteux. Ses tanins fins montrent un joli grain, le vin se prolonge sur une superbe retro- olfaction. Très bon, dans l’équilibre et le charme. 4/5 ans garde au-delà des 10 ans. 91
Château Chantegrive : Graves

Un nez concentré et net, son palais suave et satiné livre un fruit pur et juteux, des tanins enrobés. A ce stade l’apport du bois reste prégnant mais harmonieux avec une pointe de vanille. Retro sur le fruit et les épices. 7 à 8 ans et sur 10 -12 ans et plus. 90/91
Château La fleur Saint Bonnet : Médoc

Son fruit évoque notamment cassis et framboise, élevage assez marqué à ce stage Le palais délicat, par son toucher pulpeux n’est pas sans rappeler un Malbec, chair de cerise et fraîcheur. Malgré la structure ferme, le vin se montre sérieux mais pas dur. 8 à 12 ans. 90+
Château L’Eden : Médoc

Concentré de fruit noir, entre cassis et mûre sauvage. Pulpeux, entrelacé de fruit, le cœur charnu, texture soyeuse. Le fruit enrobe sa rafraichissante acidité, tannins sapides, la finale se montre ferme et toujours ce fruit qui oriente la dégustation. 6 à 7 ans à 10 à 12 ans. 91
« Apodis » du Château L’Eden : Médoc

Entre fruit et note de l’élevage, il combine une légère note de torréfaction au cassis juteux. Palais pulpeux offrant élégance et fruit, ponctué d’une touche vanillée, ses tannins sont condensés, serrés, la retro salivante. Un vin qui demande tu temps. 8/10 ans à +15 ans. 92/93
Château Larose Perganson – Cru Bourgeois Supérieur : Haut-Médoc

Fruits noirs, concentré de cassis, cerise, le nez inspire aussi des arômes balsamiques ponctués d’une touche de chocolat. Palais soyeux, net et frais par l’acidité vive et pointue qui sous-tend les tannins. Derrière cette fermeté la finale libère une rétro salivante. 6/7 ans à 10-15 ans 88
Château Arnauld – Cru Bourgeois Exceptionnel : Haut-Médoc.

Nez concentré de cassis et framboise, boisé, fin sur la vanille et les épices. Bouche dense et structurée, tannins très fermes avec une mache en partie due à la prise du bois, mais il reste salivant. Frais, tout en restant sérieux, un brin austère. 7/8 ans 10- 12 ans. 89+
Lamothe Bergeron – Cru Bourgeois Supérieur : Haut-Médoc

Fruits noirs, évoquant cassis, cerise, sur fond floral doux. Pur et délicat, très digeste et frais, le palais net supporte des tanins enrobés. Un vin long, d’une grande fraîcheur de caractère. 7 à 10 ans et plus 90+
Grand Puy-Ducasse – 5ème Cru Classé : Pauillac

Nez frais, net, il entremêle cassis et des notes finement boisées. Palais net et soyeux, lisse et satiné, expression fraiche et juteuse, des tanins tapissant au grain fin et ferme à la fois. Retro-olfaction fraiche. Un vin élégant bien que concentré. 10 ans à 15/20 ans 92/93
Château Meyney – Cru Bourgeois – Saint Estèphe

Un concentré de fruits noirs qui évoque la mûre et cassis, sur léger fond vanillé. De palais satiné, sa chair délicate n’est pas sans évoquer la texture d’un Saint Julien, au toucher subtil et boisé fin. D’esprit frais, aux tanins fins mais fermes, la finale est sapide, très salivante, profonde. Du grand Meyney 92/93
Branas Grand Poujeaux : Moulis- en – Médoc

Nez concentré, frais et net. La bouche s’articule sur un beau volume soyeux, tout en restant ferme et salivante. Beau travail du bois, impression satinée, le vin est long et frais, de retro salivante. 8/10 ans à 15 ans plus. Une réussite 90/91
Granins Grand Poujeaux : Moulis- en- Médoc

Concentré, fraicheur de son fruit noir, il livre cerise, cassis. Lisse et frais, net il déroule son toucher délicat, typé Moulis, il s’exprime salivant guidé par des tannins fins. 7/10 ans à +15 ans 90/91
Château Deyrem-Valentin – Margaux

Le cassis côtoie la cerise, sur un fond floral, très frais. Palais charmeur et satiné, frais par son acidité qui l’étire, le vin est typé Margaux. Son boisé qui marque à ce stade sa structure est cependant très intégré. Long et juteux. 7/8 ans à 10/15 ans 90/91
Tour Saint-Georges : Saint-Georges Saint-Emilion

Concentré de fruits entre cassis, cerise, léger floral au boisé discret. En bouche, il se présente net et délicat, salivant avec une finesse de fruit au caractère juteux, des tanins fermes à grain fin, une finale longue et sapide. Une belle expression 90/91+
Château Tour Perruchon : Lussac Saint-Emilion

Concentré de cerise et cassis, son boisé à peine perceptible avec un voile épicé. Bouche délié,e fine et soyeuse, son allure nette et fraîche, très salivante, révèle une acidité pointue mais pas agressive. Long, une touche boisée se révèle en retro-olfaction. 6/7 ans à 10- 15 ans 90+
Château Lafaurie : Puisseguin Saint-Emilion

Concentré de fruit, le nez livre cerise, framboise et myrtille. Bouche pulpeuse en attaque, elle se révèle ensuite déliée et pointue par sa fraîcheur. Le léger boisé épicé se superpose aux tanins fermes, marquant ainsi la structure. 6/7 ans à 10-15 ans. 89+
Château Tour Perruchon « L’Exception 1600 » : Lussac Saint-Emilion

Concentré par son cassis, il s’entrelace de notes fumées sur fond légèrement torréfié. Dense et fin à la fois, délié, le palais se montre élégant comme celui d’un Margaux. Il révèle un caractère juteux et frais, des tannins fermes, une touche d’austérité en finale mais reste sapide et salivant. Il demande 8 à 10 ans, potentiel de 15 ans 90
La Parenthèse : Lalande de Pomerol

Concentré de fruit, cassis, net et frais. Satiné, étiré par son acidité, il oscille entre finesse et densité, montrant à la fois des tannins fins et serrés. Un vin frais, long et ferme mais qui présente néanmoins finesse et élégance. 7/8 ans à 15 ans + 91/92
Le Lion de la Fleur de Boüard : Lalande de Pomerol

Il fait le plein de de fruit avec le cassis, la cerise, sur fond légèrement fumé. Palais satiné, souple, étiré, son acidité élevée est enrobée dans la texture soyeuse la finale sapide et salivante apporte une teinte d’austérité. 7/8 ans à 10/15 ans 89/90
Château La Fleur de Boüard : Lalande de Pomerol

Concentré mais frais, il expose la cerise, le cassis, son boisé évoque vanille, épices, sur un léger fond torréfié. Bouche satinée, élégante par son toucher suave et fin, elle s’étire par son acidité fine et fraiche. Les tannins de grain fin s’intègrent dans un ensemble sapide, salivant. 8/10 ans à 10/15 ans et plus 92/93
Le Plus de la Fleur de Boüard : Lalande de Pomerol

Nez concentré de cassis et cerises noire, entrelacés d’épices apportées par l’élevage luxueux, sur fond balsamique. Bouche fine, guidée par un toucher satiné séduisant, doublée par une note douce d’élevage, touches de réglisse et vanille. Bonne intégration du bois en cœur de bouche, tanins condensés très beau grain, le vin se révèle à la fois dense et fin. 8/10 ans à 12 à 15 ans et plus. 92
Château Maillet : Pomerol

Le nez exhale de cerises noires entrelacées de notes boisées, de vanille, d’épices, sur fond légèrement torréfié. La bouche satinée, lisse et fraîche offre une belle texture ou s’inscrit la densité des tanins et les notes boisées. La structure montre une réelle mâche, la rétro- olfaction salivante se teinte d’épices sur fond de vanille. 10 ans plus. 88/89
Château Plain Point : Fronsac

Nez sur la retenue, la bouche s’ouvre sur un joli toucher mûr, tout en densité. La fermeté du tanin apporte une touche austère, la retro- olfaction reste encore marquée par le caractère restreint, réducteur à ce stade. 86/89
Château Thénac : Bergerac

Le nez concentré livre la richesse des cerises, du cassis sur fond floral. Palais soyeux imprimé par la fraicheur du fruit, le vin se montre concentré, mais salivant par l’acidité. Le toucher du tannin est raffermi par la tension apportant une petite note mâchée, boisée sur la finale. 7/8 ans à 10 ans 88+
Château Thénac 1621 : Bergerac

Nez concentré de cerise et cassis sur fond boisé, épicé. Bouche satinée de toucher suave ou le fruité s’entrelace de boisé – vanillé se fondant dans la texture aux côtés des tannins fermes et serrés. La finale est sapide, salivante 6/8 ans à 10/15 ans 87/88
Château du Paradis : Saint-Emilion Grand Cru

Nez concentré de fruit évoquant la cerise, la mûre, le cassis mûr. Palais élégant et souple, étiré par l’acidité ou le bois se fait discret s’exprimant seulement par des touches de vanillé, d’épices. Les tannins sont fins, peu puissants. La finale salivante est portée par l’acidité fraîche avec une rétro sur le fruit et une note d’élevage. 6/8 ans, potentiel au-delà de 10/12 ans 89
Château Tour le Mayne : Saint-Emilion Grand Cru

Nez d’intensité modéré, il évoque les cerises, cassis, un léger fumé de son élevage. Bouche sapide, soyeuse, satiné, élégance de toucher très rive droite. Le vin se révèle frais par sa ligne de droiture, les tanins semblent élancés, fins, puis resserrent la finale, la rétro- olfaction épicée reste salivante. Très bon, il lui manque peut-être un poil de chair et suavité. 88/89
Château Tour de Pressac : Saint-Emilion Grand Cru

Nez intense de cassis, cerise noire, souligné par un boisé discret. La bouche soyeuse, satinée, offre un très beau toucher épuré, d’un équilibre fin, il reste frais avec des tanins mûrs, le fruit se teinte de notes boisées légèrement torréfiée. Long et harmonieux. 8/10 ans à 15 ans 90+
Château de Pressac : Saint-Emilion Grand Cru

Nez de cerise noire, cassis, teinte boisée légère sur un fin fond fumé-vanillé. Palais salin, élégant et frais, les tanins sont enrobés par le fruit mûr mais frais, longue finale salivante, tapissante. Très bon. 8/7 ans à 10/15 ans 91
Château Laroze : Saint-Emilion Grand Cru Classé

Le nez concentré de cassis, cerise, montre un balsamique sur léger fond de chocolat. Palais satiné, très élégant et sapide de texture fine et fraîche, guidé par l’acidité salivante s’équilibre d’un fruit suave, mais pas charnu. Finale longue présente une touche de générosité, se teinte d’épices de vanille sur la rétro olfaction.
91/93
Clos des Jacobins : Saint-Emilion Grand Cru Classé

Nez très fin entre fruit et épices, cassis et cerise. Palais suave et velouté par la chair pulpeuse du fruit, satiné aux inflexions épicées. La finale est longue et sapide, un très bon vin, harmonieux. 8/10 ans, 15 ans plus 92/93
Château La Commanderie : Saint-Emilion Grand Cru

Concentré de fruit, il propose cerise, mûre et cassis. Le palais est suave et soyeux par la chair satinée imprimé de fruit, les tanins fermes et murs se teintent d’un boisé vanillé doux aux épices. Longue finale rehaussée par une légère touche généreuse, mais très bon dans l’ensemble. Un beau jus qui ressortira encore mieux une fois l’élevage complètement digérer 90/91
