Nebbiolo Prima pour Vins & Gastronomie

Chaque janvier, dans la ville d’Alba, au Piémont, a lieu l’une des dégustations les plus attendues de l’année : Nebbiolo Prima. Il s’agit de la dégustation annuelle de presse organisée par l’Associazione Albeisa, qui présente les dernières sorties de ses adhérents à base de Nebbiolo, en particulier des appellations (Denominazione di Origine Controllatta e Granatita, […]

Nebbiolo Prima pour Vins & Gastronomie

Chaque janvier, dans la ville d’Alba, au Piémont, a lieu l’une des dégustations les plus attendues de l’année : Nebbiolo Prima.

Il s’agit de la dégustation annuelle de presse organisée par l’Associazione Albeisa, qui présente les dernières sorties de ses adhérents à base de Nebbiolo, en particulier des appellations (Denominazione di Origine Controllatta e Granatita, ou DOCG) Barolo, Barabaresco et Roero. Albeisa est une union de producteurs qui embouteillent leurs vins dans la bouteille Albeisa de forme unique. Créée par des artisans au XVIIIe siècle elle fut ressuscitée par un groupe de 16 producteurs de la région d’Alba en 1973, cette bouteille aussi distinctive que celles de Bourgogne ou de Bordeaux, devient l’écrin de certains parmi les meilleurs vins d’Italie.

Nebbiolo Prima marque l’apparition des derniers millésimes sur le marché. Dans le cas de l’édition 2025, cela signifie Barolo du millésime 2022, Barolo Riserva 2020, Barbaresco 2023 et Barbaresco Riserva 2021, ainsi que Roero 2023 et Roero Riserva 2022. En cette édition anniversaire, les « primeurs » des Langhe et Roero se sont déroulé en « anticipé » en ce début de décembre. Des journalistes du monde entier se sont réunis pour goûter plus de 300 vins en trois jours. Tous les vins étaient servis à l’aveugle, avec comme seules informations, le millésime, l’appellation, la commune ou les lieu-dit de cru. Ces derniers (Crus) appelés MGAs en jargon italien, sont les vignobles classifiés connus sous le nom de Menzione Geografica Aggiuntiva – « Mentions géographiques supplémentaires ».


Implantation, synonymie et frères

L’implantation du Nebbiolo dans le Piémont date des 13 ème et 14 ème siècle. Il est notifié en 1266 à Rivoli à côté de Turin, en 1287 à Alba, en 1295 à Asti. Au début du 14 ème siècle, Petrus Crescenti dans son traité d’agronomie « Opus Ruralium Commodorum » parle du « Nubiolum » un raisin pas agréable à manger mais bon pour le vin, qui débourre tôt, donne un vin corsé qui était réputé du côté d’Asti. On parle aussi du Nebbiolo en 1595 à Trivano en Lombardie au nord de Bergamo et Breshia, sous le nom de Ciuvinashe d’ou son nom actuel de Chiavenasca dans cette province viticole.

Aujourd’hui, 97% du Nebbiolo dans le monde est planté en Italie. Il représente 6500 hectares dans le Piémont, 800 en Lombardie et 30 dans la Vallée d’Aoste. Hors d’Italie sa superficie est de 110 hectares en Australie, 60 aux USA, 30 en Argentine, 20 en Uruguay et 20 en Afrique du Sud.

Il existe plusieurs clones certifiés comme CT71 Michet, CN230, CN142. Il génère aussi différentes synonymies, prend les noms de Picoltener en vallée d’Aoste, Spanna en nord Piémont et Prunent dans la vallée de l’Ossola. Le nebbiolo a de ombreux descendants, frères et demi-frères. Selon Anna Scneider dans son « Nebbiolo talk » Les Nebbiolo Michet et Nebbiolo Lampa sont des sous-variétés les Nebbiolo Rosé et Rose Nebbiolo qui sont des variétés frères différentes.


Enthousiasme autour du Nebbiolo

Le Nebbiolo suscite beaucoup d’enthousiasme, est largement considéré comme un des plus valeureux de cépages rouges d’Italie. Il est à lui seul responsable des DOCG Barolo et Barbaresco, deux des vins les plus recherchés, longévifs et collectionnables du pays. Mais contrairement à d’autres grands cépages, le Nebbiolo a rarement voyagé avec succès en dehors de son Piémont natal. C’est une caractéristique curieuse de ce raisin qui ne donne sa plus belle expression que dans ce coin du nord-ouest de l’Italie, dans les collines des Langhe et autour d’Alba, du Haut Piémont près de la frontière suisse, ainsi que dans la proche région de la Valtellina, en Lombardie voisine. Il déroule ici sa complexité aromatique envoûtante, éclatante de fruits rouges frais et senteurs florales, balsamiques, qui tournent en expression terrienne, truffent ou évoquent les herbes médicinales en vieillissant. Le Nebbiolo se révèle un cépage complet par son couple acidité et tannins qui lui donnent une veine tendue, presque froide mais enveloppée par la générosité. Ces paramètres lui permettent de vieillir avec grâce, comme le montrent des bouteilles d’un demi-siècle et plus.

Une combinaison de facteurs se sont conjugués ces dernières années sur les collines des Langhe et Roero pour porter encore plus loin la renommée de ces vins : des techniques agronomiques améliorées plus une approche compréhension du terroir dans tous ses détails. La production de Barolo a augmenté de près d’un million et demi de bouteilles entre 2015 et 2024, elle atteint près de 14 millions de bouteilles. Celle de Barbaresco a progressé d’environ un demi-million de cols pour dépasser un peu plus de 4,3 millions de bouteilles, et la demande reste élevée pour les deux appellations.

Les grands groupes italiens de vin ne se sont jamais significativement implanté dans la région, les propriétés restent de taille modeste, principalement familiales, elles conservent avec ténacité leurs précieuses propriétés de taille humaine. La grande majorité – soit 65% environ – produisent moins de trente mille bouteilles par an. Seulement douze font plus de 1 million. A l’autre bout du spectre 41,7% en produisent moins de 10 000.

Les vignobles, les crus ou MGA à Barolo et Barbaresco sont fréquemment partagés entre de nombreux viticulteurs, comme en Bourgogne. Barolo compte 181 MGA officiellement reconnues, avec 11 MGA communales, une pour chacune des communes de l’appellation, l’équivalent bourguignon d’un vin classé village, soit un peu plus de 2200 hectares au total en 2022. Barbaresco compte 66 MGA uniques et trois mentions communales sur un peu plus de 800 ha en 2023.

En rapport avec d’autres zones comme les Sicile ou Toscane, il n’y a pas une tradition historique des latifundiaires. Roero et Langhe n’ont pas non plus une tradition agriculturale. Il y a eu néanmoins Fontanafredda avec un grand domaine en propriété, mais il a été divisé à l’époque de Cavour lors de la distribution des terres aux familles. Ce qui explique la grande parcellisation, mais aussi la diversité de petits producteurs, chacun produisant un grand nombre d’étiquettes, allant parfois à une quinzaine.


Une introduction sur le territoire et millésimes

Le territoire Langhe/Roero classé UNESCO comporte 9 DOC/ DOCG dont 4 DOCG et 5 DOC pour 500 membres sur 10.000 hectares, 54 municipalités et environ 66 millions de bouteilles en production 2024.

Les municipalités se situent sur les deux rives de Tanaro, qui devient fil conducteur de ce territoire ou territoires que sont Langhe et Roero. La Rive Gauche, le Roero est en général plus sablonneux, la Rive Droite, les Langhe dévoilent une base plus dure, des marnes et argiles, mais moins sur des sables. Le tout se situe sur un rayon de 30 km en partant d’Alba. Et toujours un cépage, un territoire. Parmi eux, le Nebbiolo donne les typicités les plus diversifiées.

Roero et Langhe sont différents en termes d’ères géologiques et de sols. Mais cela se précise davantage au sein des Langhe et particulièrement avec Barolo et Barbaresco, ce qui explique le grand nombre de dénominations sur un si petit territoire.

Le Nebbiolo offre une transparence du terroir à l’image du Pinot Noir, ce qui se reflète parfaitement dans le schéma de diversité géologique des Langhe. Comme en Bourgogne sur une même matrice sédimentaire cohabite une large variété de subtilités en matière de sol et sous-sol. Il faut ajouter la fourchette d’altitudes entre 200 et 800 mètres, avec des aspects, versants et exposition diversifiés, la proximité des Alpes ou les entrées plus méditerranéennes. Ainsi, parler juste d’un climat semi-continental et d’un sol sédimentaire perdent toute leur définition primaire au profit de l’unité en diversité. Une même origine, une même matrice mais plusieurs dérivations : calcaires, sableuses, argileuses, limoneuses, en strates parallèles en général descendant les collines. Ces sols retiennent bien les 600-700 mm de précipitation ce qui ne justifie pas l’irrigation pour le moment.


Genèse géologique : variété égal richesse d’expression du Nebbiolo et de ses crus

La géologie des Langhe et du Roero, un patchwork de mers anciennes au service du Nebbiolo, fut présentée en détail dans un séminaire et des visites sur le terrain en compagnie de Edmondo Bonelli.

Les collines des Langhe et du Roero doivent leur identité à une mosaïque géologique d’une richesse exceptionnelle. Issues de cycles marins successifs – parfois profonds, parfois côtiers – ces formations racontent près de 20 millions d’années d’histoire sédimentaire. Un âge relativement jeune à l’échelle géologique mais qui a façonné les sols, les paysages… et bien sûr le style des grands vins de Nebbiolo.


Les Langue : complexité géologique marine

Pour faire simple, les collines des Langhe se présentent en strates descendant vers le sud-ouest depuis des formations anciennes de type terres blanches, à des couches rouges plus récentes. Les sols s’étalent sur un maximum d’un mètre de profondeur. Les textures se combines entre 23% de sable, 53% des limons et 24% d’argiles pour former des structures et combinaisons variés. Les deux types de structures sont les grès, pauvres en carbonate de calcium – compactions des sables et les marnes, plutôt argileuses, mais aussi limoneuses et limono-sablonneuses avec des variations en contenu de carbonate de calcium.


L’âge d’or des marnes

  • Parmi les plus anciens (Serravallien, 11–13 Millions d’année), les dépôts de la Formation de Lequiò – alternances régulières de marnes et de sables – proviennent d’un bassin marin profond (300–400 m). Très calcaires, assises sur pentes raides, de moyenne rétention d’eau, ces sols apportent structure et droiture.
  • C’est le berceau de crus historiques comme ceux de Barolo : Crus Francia, Briccolina, Vignaronda, Lazzarito, Gabutti ou de Barbaresco: Rizzi, Pajorè, Bricco di Neive.
  • Autour de 10 millions d’années, la mer Tortonienne dépose les fameuses Marnes de Sant’Agata, véritable colonne vertébrale de la zone Barolo–Barbaresco. Trois visages dominent :

Sableuses : sols limono-sableux, très calcaires, pentes fortes de moyenne rétention en eau, de vigueur moyenne.
On y trouve à Barolo: Crus Bussia, Villero, Monprivato, Bricco Boschis, Annunziata (parties), Cannubi (partie), Mosconi.
Ainsi qu’à Barbaresco: Crus Basarin, Currà, Cottà, Marcorino, Serragrilli, Serraboella, Rivetti, Canova.

Typiques : limons plus homogènes, calcium moyen, collines douces et vigueur élevée.
Barolo: Crus Sorano, Fontanafredda, Castello, Bricco Ambrogio, Serra dei Turchi, Parussi, Montanello, Brunate (en partie), Cannubi, Sarmassa.

Stratifiés : sols limono-argileux, forte rétention d’eau, pentes faibles et de vigueur forte.
Barolo: Crus Monvigliero, Massara, San Lorenzo, Rocchettevino, Rocche dell’Annunziata (partie), Cerequio, Fossati, Ravera.
Barbaresco: Asili, Martinenga, Rabayà, Ronchi, Montestefano, Montefico, Gallina, Albesani.

Ces marnes, capables de stocker l’eau et de réguler la croissance, donnent des Nebbiolo d’une finesse aromatique et d’une profondeur légendaire.

  • Les grès de Diano, eux, sont issus d’éboulements sous-marins. Très sableux, pauvres en calcaire et à faible rétention d’eau, ils donnent des vins plus nerveux et aromatiques.
  • Barolo : Crus Rocche di Castiglione, Gramolere, Perno (partie).

Messinien : la mer qui se retire

  • Il y a 6 millions d’années, la crise de salinité du Messinien dépose des niveaux uniques de marnes riches en cristaux de gypse, visibles à Verduno, la “plage des cristaux”.
  • Ces sols argilo-limoneux, très vigoureux et à forte capacité hydrique, engendrent des vins charnus mais élégants.
    Verduno : Crus Brandini, Rocche dell’Olmo, Rivarocca (en partie).
  • Touchant aussi Verduno mais aussi une partie de La Morra, la formation de Cassano Spinola joue à nouveau sur la diversité des limons et des sables et introduit une nouvelle nuance dans la palette des Langhe : moyennement chargé en carbonate de calcium et de rétention assez pauvre en eau, ce sont les zones les plus collinaires, les pentes le plus douces et les plus à donner de la vigueur. Elle accueille plusieurs crus historiques, révélant la double identité de cette formation.
  • Verduno et La Morra (partie) : Crus Serradenari (sable), Castagni, Ascheri, Bricco Cogni (limon).

Pliocène : l’équilibre retrouvé

Avec le retour de la mer (5,2 Ma), se déposent les formations des terres d’Alfieri. Les Argiles bleues, un mélange équilibré de sable, limon et argile, calcaire, offrant aux vignobles des pentes modérées et une régulation naturelle de l’eau. Les Sables d’Asti, très fins et calcaires, pauvres en eau, formant des collines abruptes et érodées. Ils donnent des vins plus tendus et parfumés.


Roero : la terre des contrastes

  • Le Roero, plus jeune avec environ 4-5 millions d’années expose une présence marine plus importante, il est une des dernières aires qui a émergé de la mer, donc plus collinaire, doté d’un sable quasiment marin ce qui donne dans les vins beaucoup d’élégance et de finesse. Situé sur l’autre côté du Tanaro, le Roero repose sur le Complexe des Rocche, riche en sables et argiles, souvent non calcaires et à forte capacité de stockage de l’eau. Ses plateaux entaillés de profondes ravines aux galets roulés du Villefranchien donnent naissance à des vins plus floraux, délicats, souvent plus accessibles dans leur jeunesse.

Un lien intime entre sol, eau et vigne

Des grès les plus secs aux marnes les plus argileuses, tout converge vers un principe : l’eau est la clé. Chaque type de sol modifie la manière dont la vigne de Nebbiolo s’adapte, module sa vigueur, son métabolisme, sa maturité. C’est cette diversité géologique, qui explique la multiplicité d’expressions des crus de Barolo, Barbaresco et Roero.


Le Nebbiolo a la côte

Quel sont les changements de ces dernières années quand nous regardons les statistiques des encépagements sur fond de demande croissante de Nebbiolo ? Un exemple, le cépage Dolcetto, perd du terrain car il intègre d’autres appellations à part entière comme la DOCG Dogliani ou bien en rapport avec Nebbiolo quant au territoire d’Alba. Dans les Langhe, le Nebbiolo gagne du terrain avec 1/3 bouteilles quasiment à base de ce cépage, la production la plus grande en bouteilles suivie par Barolo. La production la plus restreinte se trouve sur Barbaresco.

Le Roero semble être moins proéminent en termes de Nebbiolo. Il présente deux facettes, les Blancs avec 700 hectares d’Arneis mais pas que et les Rouges avec 1000 hectares de Nebbiolo. Les vins blancs sont actuellement en descente, alors que les vins rouges montent contre intuitivement. Cela s’explique aussi par un grand nombre de producteurs qui ont aussi des terres et des facilités dans les Barolo et Barbaresco et promeuvent le désir de faire un Grand Nebbiolo du Roero. Mais le Roero peut aussi produire la DOC Nebbiolo d’Alba, ceci devient un atout commercial pour les producteurs qui profitent du nom de Nebbiolo et de la dénomination Alba si renommée. Comme le reclassement ne peut se faire en Langhe Nebbiolo, certains n’hésitent pas à choisir le DOC Nebbiolo d’Alba plus porteuse en terme d’image que la DOCG Roero.

Si les producteurs désiraient augmenter les surfaces afin de palier une demande de Nebbiolo, ce serait aujourd’hui difficile car son implantation reste sensible aux terroirs. Dans l’avenir pas plus de 2000 hectares pourraient potentiellement s’adapter au Nebbiolo au sein des 10 000 hectares du territoire. Le Dolcetto a déjà largement cédé de place au Nebbiolo. Le Nebbiolo est aussi moins susceptible à la flavescence dorée que la Barbera. Dans certaines zones le Nebbiolo s’est donc substitué à la Barbera. Mais le Nebbiolo est aussi très contrôlé par les Consorzi afin de garder un équilibre du marché. Il y a donc des limites commerciales et non uniquement territoriales. Car si la demande de Nebbiolo est en hausse aussi en termes de style et cépage, elle est limitée par une barrière prix. La crise des prix de Barolo et Barbaresco en lien avec la situation économique actuelle nécessite une alternative. Cela justifie la croissance la plus importante sur la DOC Langhe Nebbiolo qui répond aussi une production de Nebbiolo plus frais, plus juvénile. Avec 37% des plantations actuellement, le Nebbiolo pourrait monter à 40% à terme.

Le Consorzio compte investir beaucoup dans les Langhe comme appellation. Il y a une identité unie parmi la grande richesse des productions. Ici le Nebbiolo montre à la fois sa diversité et en même temps son caractère plus variétal.


Quelques-uns des derniers millésimes

2022 – La sécheresse comme fil conducteur

Le millésime 2022 a été marqué par une sécheresse intense, générant des phénomènes de stress hydrique parfois prononcés. Les vignes ont montré une certaine souffrance, paradoxalement même sur les sols plus argileux. En revanche et d’ailleurs contre-intuitivement, le Roero, dont les terroirs sableux drainent tout en conservant une certaine fraîcheur, a mieux résisté. La région a même bénéficié de légèrement plus de précipitations que les Langhe, limitant les effets de la sécheresse.

Un millésime d’équilibriste, 2022 joue sur les proportions, non pas sur les dimensions. Sa fraicheur ne tient pas sur une acidité analytique, il fallait donc trouver les leviers de vibrance aromatique. Les extractions maitrisées, la tempérance dans l’usage du bois et certaines proportions de grappe entières furent des atouts en vinification ou le style le permettait. Les meilleurs résultats sont dans la veine de 2020 avec plus de tannins et d’extrait, une forme de l’acidité plutôt large et mure avec une salivation ample et des sapidités qui compensent en fraicheur aromatique. Les tannins bien que structurés sont dynamiques, presqu’effervescents.

2023 – Pluies, mildiou et recherche d’équilibre

À l’opposé, 2023 s’ouvre sur une dynamique différente. D’abord parce qu’il succède à un millésime extrême, mais surtout en raison de fortes pluies en mai et juin, qui ont entraîné une pression de mildiou inhabituellement élevée. Malgré ces défis, le millésime s’oriente vers un profil équilibré, avec des maturités plus régulières et une bonne gestion végétative dans la majorité des secteurs. Le Roero, encore une fois, s’est distingué grâce à ses sols sableux, moins sensibles au mildiou, ce qui a permis une conduite du vignoble plus sereine.

Dégusté en Roero DOCG et Barbaresco DOCG, les Roero DOCG se montre variétaux, avec une vraie acidité analytique, vive et fine à la fois, une élégance pinottante et un juteux de chair. Intéressants dans l’ensemble pour offrir une autre face du Nebbiolo, plus poudré, plus lisible.

Les Barbaresco DOCG témoignent de ce que nous pouvons nommer : « back to future ». Cela nous rappelle quelque peu la campagne des Primeurs à Bordeaux 2023 ; Un classicisme du passé par la fraicheur avec l’œil tourné vers une approche contemporaine. Comme à Bordeaux, il y a une certaine hétérogénéité, voir même des séries plus irrégulières. La maitrise des extractions fut essentielle car certains vins peuvent être parfois légèrement durs et serrés par rapport à la matrice du millésime. Les Barbaresco de la commune montrent néanmoins du crémeux et de la souplesse tactile, alors que ceux de la commune de Treiso sont plus sérieux. Les vins de Neive sont tranchés entre élégance intemporelle pour les meilleurs ou une extraction assez marquée pour d’autres.

2024 perspectives – Barbaresco stable, Barolo plus frais

L’année 2024 semble marquée par une stabilité notable à Barbaresco. Non pas tant dans les rendements réels que dans le poid des grappes, plus constant qu’ailleurs.

En Barolo, le climat plus frais a donné des grappes moins lourdes, modifiant l’équilibre potentiel des volumes sans pour autant susciter d’inquiétude.


Et les Riserva ? 2020 et 2021, des millésimes de retour aux fondamentaux

Les millésimes 2020 et 2021, goutés par les futurs Riserva, apparaissent comme des années traditionnelles, surtout le 2021, presque rassurantes après les excès climatiques et les tensions logistiques de la pandémie.

Les deux saisons ont bénéficié d’hivers humides, avec par la suite un 2020 largement plus sec et un 2021 marqué par un épisode de gel printanier. Malgré cela, les productions sont restées constantes et homogènes, sans excès ni faiblesse notable.

  • 2020 donne des vins équilibrés par la fraicheur aromatique plus que par l’acidité, gourmands et élégants, avec une expression néo-classique du Nebbiolo. Ils iront probablement moins loin dans le temps que 2021 mais donnent un grand plaisir contemporain avec une harmonie plus ronde, solaire et du charme immédiat.
  • 2021 se distingue par une structure plus affirmée, un style légèrement plus concentré, dans une trame fraîche et précise, comme une veine de tension. Il rappelle 2019 en plus dense, plus ferme, plus fermé, plus terrien, avec la profondeur du prédécesseur mais aussi une forme de vibrance éthérée.

Barolo–Barbaresco : un marché stable, entre incertitudes géopolitiques et pression sur les prix

Malgré un contexte international mouvant, Barolo et Barbaresco abordent le marché dans une relative stabilité. Les volumes produits en 2024 restent proches de ceux de l’an antérieur : environ 10 millions de bouteilles pour le Barolo et 3 millions pour le Barbaresco en 2023, sans variation significative attendue pour 2024. En valeur, les deux appellations évoluent dans un rapport comparable. Le Barolo pèse naturellement davantage — environ 70 % des exportations, contre 60 % pour le Barbaresco, selon les estimations internes au secteur.

Export : un développement à l’Est qui patine

Contrairement aux attentes d’il y a quelques années, l’Asie — Chine comprise — ne représente toujours pas un moteur de croissance majeur, à l’exception du Japon pour les deux appellations. Les ventes restent modestes et n’influent que marginalement sur l’équilibre mercatique global. La demande reste donc concentrée sur les marchés traditionnels.

Le marché américain : entre dynamisme et incertitude politique

Les États-Unis confirment leur rôle de premier marché d’exportation, mais les professionnels gardent un œil attentif sur l’évolution du contexte politique.

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche s’est accompagné de mesures douanières, bien que personne ne puisse encore en mesurer les conséquences.

La première partie de 2024 a été particulièrement forte, portée par des importateurs ayant acheté en prévision d’un éventuel durcissement commercial. Mais le manque de recul empêche encore d’établir une véritable tendance. Historiquement, ce sont les vins d’entrée de gamme qui souffrent le plus en cas de barrières douanières.

Scandinavie : demande stable mais pression sur les prix

En Suède, la demande reste solide mais le prix devient un frein essentiel, poussant les consommateurs à se tourner davantage vers des alternatives plus abordables comme le Langhe Nebbiolo.

D’une manière générale, les pays nordiques — Suède, Norvège, Finlande — représentent une zone à surveiller de près : leur consommation par habitant ne ressemble pas à celle de l’Allemagne, mais leur volume d’importation est proportionnellement plus important, faisant de la Scandinavie un marché stratégique et exigeant.

Dans cette manifestation nous avons gouté l’unité du territoire et la diversité dans son unité.

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