Vendanges 2026 chez Champagne Chassenay d’Arce: un millésime qui demande plus au vinificateur 

À Chassenay d’Arce, cette fin des vendanges 2026 révèle les premiers contours d’une année marquée par une climatologie exigeante. Alors que les vignes se vident de leurs vendangeurs et les pressoirs accueillent leurs dernières charges le véritable travail de lecture du millésime ne fait que commencer.

Vendanges 2026 chez Champagne Chassenay d’Arce: un millésime qui demande plus au vinificateur 

Par Julia Scavo DipWSET

L’urgence des semaines précédentes retombe peu à peu, car ce 2026 n’a cessé de déjouer toutes les prévisions. S’il est certes que la logistique des vendanges en Champagne a été compliquée par les retours précipités de congés, mais aussi par une récolte presque simultanée dans l’Aube et dans la Marne, la maison des vignerons de Ville-sur-Arce a pu avoir ses vendangeurs grâce à une fidélisation de longue date et des conditions de travail impeccable qu’elle leur offre. 

Ce qui a été plus déroutant, comme par tout, c’est le chemin de vendange à proposer. Le comportement des parcelles, cépages et secteurs bouleversaient toute habitude. Ici, trois à quatre jours de décalage pour des Pinots Blancs qui généralement en montre dix ; là, une maturité qui invitait à patienter alors que certains secteurs prenaient 3% vol par semaine. Certains producteurs ont finalement trouvé dans cette attente un avantage pour le croquant des pépins, mais d’autres regardaient d’avantage la chute des acidités et l’accumulation galopante des sucres. Le schéma de la maison reste complexe d’autant plus que les parcelles sont classées en Bio, zéro résidu, ou à destination des cuvées particulières avec trois niveaux de qualité A, B et C. Ce standard risque de changer quant aux certains lots cette année.

Si les conditions climatiques n’ont pas entamé l’état sanitaire, remarquable dans l’ensemble de la région, les interrogations se posent sur la gestion des paramètres analytiques tout aussi remarquables. Car la Maison souhaite éviter les apports extérieurs ou les manipulations trop importantes de sa matière première. 

Les Chardonnays qui arrivent au pressoir sont dorés, mûrs et gourmands sur le plan aromatique. Cette aromatique plait certes à ce stade, la « bascule » est largement atteinte, mais obligera à composer différemment dans la vinification et les assemblages. Les baies sont petites, les peaux épaisses et les volumes de jus relativement faibles. Mais la concentration ne semble pas concerner uniquement les sucres. Il y a une forme de fraicheur aromatique dans cette concentration maintenant les moûts loin de toute sensation de lourdeur ou de mollesse. Les composés phénoliques sont particulièrement présents obligeant une modulation millimétrée des presses et de fractionnements.

Le Pinot Blanc reste moins doré que le Chardonnay, avec une peau plus souple, une vraie jutosité acidulée et des arômes de fruits frais. Il présente également moins de composés phénoliques.

Le Pinot Noir est peut-être encore plus intrigant. Malgré une pulpe réduite, il conserve beaucoup de jus. La peau est épaisse et très colorée, tandis que les pépins, croquants et ligneux, évoquent la noisette. Le cépage garde davantage de fraîcheur, tout en offrant un potentiel de couleur considérable. Le peu de Meunier de la marque a été beaucoup amputé par le gel cette année. 

Les premières analyses confirment que 2026 demandera beaucoup au vinificateur. Les acidités sont souples et le pH inhabituel et avec relativement peu d’acide malique. Les indices sucre-acide se situent autour de 30-35 et les arômes très inattendus. Tous les curseurs aromatiques se déplacent depuis un fruit plutôt blanc, ou juste mûr, où la floralité va vers des fruits jaunes, mirabelles et nectarines, avec un caractère mûr et expressif. Pourtant, le millésime ne raconte pas une histoire unique, chaque adhérent apporte la sienne.

Cette matière impose de revoir les habitudes au pressoir. Ce qui avantage cette maison des vignerons, c’est l’impressionnante batterie de presses pneumatiques Pera, 11 machines allant de 12000k à 2000 kg, pour les parcellaires. La Maison travaille cette année aussi en pressurage qualitatif (4 tours et non extensif à 6 tours) et adapte ces rythmes minutieusement. En 2026, le pressoir devient déjà un outil d’interprétation du millésime.

Derrière la qualité des raisins se cache une réalité beaucoup moins rassurante : les volumes.

Tel susmentionné, le gel a amputé une partie du potentiel de l’année. Dans certaines parcelles, le froid s’était installé avec une persistance exceptionnelle. Selon Manuel Hénon, Directeur Général de Chassenay d’Arce, certains secteurs ont connu jusqu’à treize jours consécutifs de gel. Paradoxalement pour un cépage à débourrement tardif, le Meunier a été moins tolérant. Cela justifie les réflexions sur le timing de la taille de la vigne, mais dans les mots de Manuel Hénon, « la retarder sur les parcelles gélives donne autant de fil à tordre que les bouleversements dans le chemin de vendanges ». La maison soutient néanmoins ses adhérents dans l’implémentation de la protection anti-gel la plus durable en pratiquant des multiples essais sur l’ensemble de ses surfaces. 

Le défi se déplace désormais de la vigne vers la cave

Concentration élevée, phénoliques marqués, faible teneur en acide malique et potentiel alcoolique important : le profil des moûts pose déjà de nombreuses questions. Les niveaux d’azote peuvent également s’avérer problématiques, notamment sur les sols les plus drainants. Mais le système de monitoring par drones a permis d’identifier rapidement les zones à potentiel de carence et agir sur mesure. En même temps la contrainte hydrique s’est avérée moindre que prévue avec peu d’exfoliation. Un rognage tardif juste avant les vendanges a permis de garder les raisins à l’ombre tout comme les systèmes de « tunnel » sur certaines parcelles. Les conversations de cave restent intenses et les pistes ne dessinent pas une recette unique. Au contraire, 2026 oblige à vinifier avec davantage de précision et à adapter les décisions à chaque lot.

La difficulté concernera également les assemblages. Comment préserver la signature des cuvées non millésimées avec des volumes aussi faibles et une matière aussi atypique ? Comment construire certains rosés ? Comment transformer cette concentration en vins de garde sans perdre la fraîcheur qui fait leur équilibre ? Et c’est peut-être là que le millésime devient intéressant, mais aussi difficile à expliquer au client final.  Mais les contraintes ouvrent aussi un espace de créativité : les Coteaux Champenois rejoignent la gamme, tout comme les essais en grappes entières, les cuvées expérimentales, avec peut-être des assemblages inhabituels et des interprétations nouvelles des terroirs, y compris ceux des chênes pour l’élaboration des fûts. Car la Maison augmente progressivement la proportion du bois avec 50% de son parc élaboré avec ses propres bois par la Tonnellerie de Champagne.

2026 pourrait bien être une année de vinificateur : exigeante, imprévisible et, surtout, pleine de possibilités. 

Il faudra désormais transformer cette somme de contraintes en identité. La vendange est terminée. Le millésime, lui, ne fait que commencer.

Dégustation 

Gamme Les Essentielles

Sélection Blanche

La Maison des vignerons cultive l’art du Pinot Blanc sur 5ha.

Chardonnay 90 % / Pinot Blanc 10 % – 3 ans sur lies – 6 g/L – Base 2022 et 30 % VR

Un nez crayeux, citronné, avec une nuance herbale-florale de chèvrefeuille, accompagnée d’une pointe de biscuit à l’amande. Mise en bouche souple, sur un cœur de pêche, avec une bulle fine et gracile. De la fraîcheur aromatique autour des zestes et un grain pierreux qui apporte du relief. La finale est sapide avec une pointe de tension.

Cuvée Première

« Première cuvée créée par les vignerons de la maison »

60 % Pinot Noir / 40 % Chardonnay – 4 ans sur lies – 8g/L  

Un nez mûr et expressif dans un style « peachy », sur la pêche et la mirabelle, complété de miel et d’amande. Avec beaucoup de fraîcheur en bouche, il déroule une texture poudrée et tissée par une bulle fine dans une harmonie d’ensemble entre toucher, arômes et élégance de structure. Le fruit est ouvert, avec une pointe évolutive par l’amande et la mirabelle. La finale est sur l’orange et le zeste doux.

Cuvée Expression Rosé 

Rosé d’assemblage 67% Pinot Noir, 28% Chardonnay, 5% Pinot Blanc – 12% de vin rouge (2/3 égrappé et 1/3 grappe entière au fond de la cuve) – 3 ans sur lies avec une grande partie de mise en réduction sur pointe – 10 g/L 

Un nez envolé sur la cerise et le floral, avec des notes acidulées de framboise et de biscuit macaron. Mousse fine et aérienne, toucher poudré, évoquant la meringue, avec un sens de finesse et vibrance. La finale est pierreuse, longue et en relief pour étirer un cœur ample et gourmand.

Gamme Les Caractères

Chardonnay 2019

100% Chardonnay – 4 % sous bois – 5 ans sur lies – 5 g/L

Un nez riche livrant la nectarine, le miel et la fleur blanche (acacia et pollen), avec des notes de vanille et une pointe de crème. Le palais ample déroule une texture soyeuse, avec une mousse tissée et crémeuse. La fraîcheur est accompagnée de petits phénoliques et de notes d’épices. La finale est étirée, longue et sapide.

Pinot Noir 2019

Le nez s’ouvre avec davantage de patine, marqué par les épices, la noisette grillée, une pointe de noix et du miel avec des notes de mirabelle et d’épices orientales en toile de fond.  La bouche est ample, avec une fraîcheur fondue mais avec une vraie vibrance tissée dans la texture. Bulle tonique, accompagnée de notes de panification, de biscuit et de fruits secs. Une pointe toastée sur une finale savoureuse.

Gamme Les Authentiques 

Cuvée Origine Pinot Noir Bio 

100% Pinot Noir – 4 ans sur lies – 6g/L – Base 2018

Le nez offre un fruit rouge frais (framboise, groseille), mêlé de notes florales et de pot-pourri avec une pointe d’épices et de biscuit financier, ainsi qu’une nuance de crème et une pointe herbale fraîche de sauge. La bouche est longiligne avec une mousse crémeuse et dotée de vivacité gracieuse. Petits phénoliques savoureux, salivation et finale entre sapidité, biscuit et pointe de fruit rouge acidulé.

Cuvée Audace 2017

100% Pinot Noir – élevage sous bois 17% – 7 ans sur lies – 5g/L 

Le nez livre une petite patine avec des notes de champignon blanc, de craie, de mirabelle et de prune douce, accompagnées d’une touche toastée et crémeuse. La bouche est ample en attaque, avec une bulle minuscule et tonique. Beaucoup de vibrance et de vivacité en cœur avec des phénoliques grainés. La finale est sur la pierre, très sapide, avec du fruit rouge et une texture satinée.

Gamme Les Confidentielles 

Confidences Rosé 2015

86 % Pinot Noir / 10% Chardonnay /4% Pinot Blanc – Vin Rouge 12% – 6 ans sur lies – 7,5 g/L 

Un nez intense de panettone et de fruits cristallisés, avec de la prune douce, de la cerise et des notes florales. L’ensemble est ample et crémeux, sans aucun caractère végétal marquant le millésime. Bouche ample et juteuse est tenue par des phénoliques épicés qui donnent du relief et de la fraîcheur. La finale est nette, sans végétal avec une pointe réductrice et toastée.

A table 

Cuvée Origine Pinot Blanc 2016 & Bar de ligne de nos côtes, compotée de fenouil, perles et sauce aux agrumes

100% Pinot Blanc – 8 ans sur lies – 5g/L 

Un nez mûr sur la pêche, avec une petite pointe de résine fraîche balsamique et une note d’amande et de vanille. La bouche est encore compacte par la structure. La texture est crémeuse, avec une trame phénolique intense et croquante qui apporte une fraîcheur boostant les notes confites d’agrumes cristallisés. Finale longue sur le biscuit et le toast. 

Confidences Blanc 2014& Veau, giroles et artichaut, tomate confite

Raisins issus des vignes les plus anciennes du vignoble 

66% pinot noir, 27% chardonnay et 7% pinot blanc – 9 ans sur lies – 8g/L 

Un nez de voile réducteur fin donnant une vraie impression de tension. L’ouverture se fait sur le biscuit, l’amande avec une touche fumée et de miel cristallisé. La bouche montre un tempo vif et électrique par sa ligne de droiture soutenue davantage par une pointe phénolique. Pomelo confit, sensation mellifère de propolis, salivation et sapidité par les jolis amers. 

Millésime 1996 en dégorgement d’origine & Fromages  

Un nez de panification, de miel, d’ananas rôti, de fruits confits et d’épices orientales dans un esprit baroque avec une pointe tertiaire de craie humide et de champignon blanc. La fraîcheur défile avec une précision de rasoir sur un cours juteux et soyeux. Il n’est pas sans rappeler un Riesling Mosellan évolutif par son caractère huilé, son équilibre remarquable entre la tendresse du dosage et la vivacité de laser et son acidulé mûr avec beaucoup de jeunesse. La finale est fraîche et épicée, sur une tonalité de gingembre, de pâtisserie de noël et de fruit de la passion. Une pointe de craie sur la longueur umami. 

Pour rappel, voici la présentation de la Maison dans les mots de notre Directeur Développement Vins – Bruno Scavo – qui nous avait livré un reportage auparavant 

« 150 familles de vignerons exploitant 315 hectares de vignoble étendus sur 16 villages et 25 hectares partenaires sont aujourd’hui certifiés Bio. Depuis quelques années témoignant d’un désir de premiumisation exprimé par le Directeur Général Manuel Henon. Pour cela il avait pris comme allié un jeune œnologue dynamique en la personne de Romain Aubirot. Cette montée en gamme passe par l’usage exclusif de première presse, l’intégration des proportions de vins sous- bois et un intérêt pour la bio. Si seulement 7,7 hectares partenaires sont aujourd’hui certifiés Bio la maison offre une vision plus large de la durabilité par le logo « Vignerons Engagés » pour 80% du vignoble qui est en plus certifié RSE avec 65% HVE. La maison a baissé ses usages phytosanitaires de 60% et pratique l’agroforesterie avec la plantation de 800 m de haies. Cela permet de préserver la biodiversité, concept renforcé par la construction de nichoirs de chauves-souris et mésanges qui interviennent comme auxiliaires dans la lutte contre les prédateurs. De plus les forêts servent aussi pour la matière première des fûts maison élaborés évêché les chênes du terroir local. Par-dessus de tout, la maison affiche aussi la certification ISO 26000. 

Quant à la Bio, purement dite, la première cuvée fut créée en 2013 et commercialisée en 2019. Elle a été suivie par « Origine » et « Audace » 2014 disponibles trois ans plus tard. Aujourd’hui la maison propose une gamme Bio réunie sous la marque « Les Authentiques ». Cette démarche est complétée par un habillage plus allégé et éco- responsable. La coiffe s’est raccourcie, la contre- étiquette a disparu, s’accolant sur le côté de l’étiquette et les encres sont eco- responsables tout comme les matières à base de coton et sans dorure, si possible. De plus, 94% des déchets de l’entreprise sont gérés et recyclés. 

La maison continue ses travaux d’innovation autour de son cépage signature – le Pinot Noir dans la pure tradition barséquanaise mais elle nous présente aussi des curiosités autours des cépages blancs, pourtant plus minoritaire. Bien que située aux confins de la Bourgogne, Chassenay d’Arce a su préserver aussi des cépages patrimoniaux à l’image de Pinot Blanc très cher à la maison (utilisé même pur une élégante Ratafia qui sortira prochainement), mais aussi un hectare de Meslier (pour un futur projet de Coteaux Champenois Blanc), ainsi que quelques pieds d’ Arbanne. »

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