Le Printemps des Champagnes une date à retenir

Chaque mois avril, une effervescence particulière gagne la capitale champenoise : celle du Printemps des Champagne. Un carrefour de rencontres et d’échanges entre vignerons et professionnels du monde entier, l´événement s´inscrit désormais comme un rendez-vous majeur de l´agenda du vin. Du 11 au 15 avril 2025, plus de 20 associations de vignerons ont pris possession […]

Le Printemps des Champagnes une date à retenir

Chaque mois avril, une effervescence particulière gagne la capitale champenoise : celle du Printemps des Champagne.

Un carrefour de rencontres et d’échanges entre vignerons et professionnels du monde entier, l´événement s´inscrit désormais comme un rendez-vous majeur de l´agenda du vin. Du 11 au 15 avril 2025, plus de 20 associations de vignerons ont pris possession des lieux emblématiques de la ville afin de présenter leurs cuvées, leurs vins clairs, leur vision d’une Champagne en pleine transformation. Les salons feutrés de l’Hôtel de Ville, le charmant bar de la Caserne de Chanzay, la cour festive du Clos ou la burlesque rotonde du cirque sans oublier l´élégance intemporelle des Crayères ou de l’Opéra, tous se remplissent du murmure de l’effervescence.

La bulle vigneronne vibre, le murmure devient voix pour attirer des professionnels venus du monde entier. Sommeliers japonais, importateurs des monopoles scandinaves, cavistes new-yorkais, journalistes australiens, bloggeurs, influenceurs, MWs, facilitateurs, vendeurs de l´art de vivre champenois ou restaurateurs. Bref, un public éclairé et qualifié, á la recherche de la cuvée confidentielle ou simplement d´une philosophie. Certains viennent pour une histoire, d´autres pour cerner les tendances, comprendre les bases et millésimes en commercialisation, prendre le pouls du millésime à travers la dégustation des vins clairs. Pour les dégustateurs les plus avertis, l´exercice approche la dégustation « en primeurs » bordelaise déroulée cette année pendant la même semaine.

A la base, un manifeste d’une Champagne autrement

Au fil des années, le Printemps des Champagne se révèle être devenu plus qu’un salon. Il fut un temps ou l´événement se voulait un manifeste d´une Champagne engagée, parfois militante. Aujourd´hui la dichotomie se lisse. Alors que les grandes maisons restent toujours dominantes en termes de volumes et d’image internationale, Le Printemps de Champagne ne vient plus comme une force en opposition, mais un complément, un des multiples visages de la Champagne. Car la Champagne est à la fois multiple et singulière par sa collaboration en concurrence. C´est pourquoi les caves coopératives, vraies maisons de vignerons présentent aussi leurs vins au Printemps de Champagne sous la bannière Champ by´Coop. Les Vignerons Indépendants (labélisés) restés quelque peu dans l´ombre des gourous et stars de la nouvelle Champagne vigneronne, coopèrent sur l´évènement sous le logo « Les Pépites ». Enfin, nul besoin de cacher l´avantage que l´évènement apporte aussi à certaines Maisons. Elles ont la possibilité d´inviter la faune professionnelle pour des offs, des visites, dîners prestige, larges dégustations de vins clairs et même des mouvements alternatifs comme les Champagne de l´Avenue à Epernay ( présent en 2024).

L´évènement renforce le branding collectif des vignerons : modernité, exigence, durabilité, créativité, esprit artisanal. Le format de dégustation est immersif et l’échange est au cœur du mouvement. La Champagne vigneronne a appris des maisons comment se promouvoir comme une marque. Pareillement, les maisons ont tendu l´oreille aux vignerons et ont appris être plus terroir « product driven », s´inspirer de l´artisanat pour séduire leur public et montrer plus d´audace et de créativité. Le but n´est plus d´être en rupture ou proposer une face déroutante du Champagne, bien que fascinante. Chaque vigneron repousse transcende une certaine idée de la Champagne avec créativité, tout en assumant pleinement son ancrage territorial.

Le Printemps permet une immersion ciblée et une lecture fine des identités champenoises :

  • Focus par terroir (Sézannais – Socraie, Côte des Bar – Empreinte(s), Racine, Nouveaux Vignerons Côte des Bar, Les Riceys x Montgueux …)
  • Focus par cépage – Meunier Institut, Passion Chardonnay
  • Focus par démarche environnementale -Bulles Bio en Champagne, United Vignerons for Ethical Champagne – APEX,
  • Focus par vision (Le Club – Trésors de Champagne, Les artisans du Champagne, Les Pépites – Vignerons Indépendants, Grands crus d’exception, Vigneronnes – Les Fabuleuses de Champagne, Jeunes vignerons, Champagne peu interventionnistes)
  • Focus sur les autres vins de la Champagne (Coteaux Champenois – Chamery Circus, Riceys – Cap´C – La route du Champagne en fête, Bouzy – Académie du Vin de Bouzy)

Trois axes de réflexion semblent se distinguer :

  • Le terroir (crus, sols, lieux- dits au sens des « climats » bourguignons, cépages typiques ou oubliés).
  • L’humain (artisanat, tradition de famille, héritage vivant, vision progressiste)
  • L’innovation (vinifications expérimentales, approche durable)

Tendances observées

Parmi les tendances observées, le Meunier (par ailleurs vraie star de la vendange 2024) fait peu neuve depuis quelques millésimes, tel que le mouvement Meunier Institut le montre. Pendant la pandémie, on parlait déjà de la « belle au bois dormant » préparant son réveil. Aujourd´hui, il peut se révéler brillant sous le baiser enchanté des vignerons de talent qui ont compris qu´il ne rime pas trop avec la fermentation malo- lactique, ni réellement avec le bois. Un Meunier d´altitude, de terroir plus frais ou plus ventilé, flirtant avec un joli réducteur est une pure gourmandise, avec de la chair, de la texture et vibrance et relief sur les petits amers.

Avec Cap´C La Route de la Champagne en fête, le Pinot Noir du kimméridgien combine solarité de l´endroit et veine de structure guidée par le kimmeridgien. Il y a une vraie signature kirsché, bleuté, une floralité. Les rosés ont du mordant et du cœur qu´ils soient bulle ou Riceys tranquilles. Finales grainées à même le calcaire et délicieux de la grappe entière poussé dans une autre dimension par les changements climatiques.

Les Bouzy Rouges prennent de l´épaule en finesse bourguignonne. Paul Bara, Pierre Paillard ou Brice se démarquent. Des jolies découvertes par le charnu des Champagne Rosé des producteurs de l´Académie du Vin de Bouzy. Seul bémol, les prix sont encore ambitieux et la Bourgogne ne pourra pas être chaque millésime le benchmark. Donc rester sur une identité Champagne, sans s´inspirer trop de la Bourgogne (en termes de tarifs compris) pourrait donner une certaine liberté et authenticité.

Dans l´ensemble, il y a de moins en moins de cuvées qui tirent de ce qu’un certain vigneron osaient appeler « vinifications folkloriques ». Le bois commence à se mettre en retrait et l´oxydation se maitrise mieux, surtout sur le Chardonnay. Il y a une tendance qui intégré les réserves perpétuelles comme des acquis dans le paysage. Un vrai levier pour garder l´ADN Champagne, une forme de fraicheur aromatique dans la résilience face au changement climatique. La créativité est presque sans limite en termes de contenant, présence de lies ou pas, cépages, assemblages ou autres choix de vinification.

Beaucoup de possibilités s’offrent au Printemps des Champagne

Si le rendez-vous séduit par sa richesse, il interroge aussi sur ses limites. Sa dimension exclusivement professionnelle le rend encore confidentiel pour le grand public ou amateurs éclairés, pourtant de plus en plus friands des Champagne de vignerons. Ouvrir partiellement au grand public averti, sur certains formats (soirées ouvertes, ateliers découverte) pour élargir l’impact culturel.

Cependant, en s´adressant exclusivement aux professionnels, le Printemps cherche une valorisation haut de gamme, un ciblage précis et une efficacité relationnelle de type expérience BtoB sur-mesure, avec des temps d’échange qualitatifs, de vraies opportunités commerciales, et une forte capacité de prescription. Néanmoins, la faune professionnelle qui débarque en Champagne pour la période dépasse le public professionnel traditionnel. Les nouvelles catégories d´influenceurs, de foodies ou vendeurs de rêve Champenois interrogent parfois sur une démarche d´ouverture permissive, au détriment des collectionneurs et enthésites éclairés.

L’éclatement des lieux mais aussi des horaires obligent les visiteurs à choisir, parfois au détriment d’une vision d’ensemble. La charge organisationnelle reste l´apanage de chaque groupe qui gère sa logistique, ce qui peut entraîner des disparités en termes de qualité d’accueil ou de communication. Certains mini- salons victimes de leur succès sont pris d´assaut, d´autres ne créent pas assez d´émulation. Tout se joue dans la concentration temporelle, en quelques jours, ceci oblige les visiteurs à faire des choix ou à rater certains temps forts. Créer un pôle central au cœur de Reims, pour renforcer la visibilité transversale de l’événement pourrait donner suite à une marque ombrelle.

L’événement s’inscrit dans un territoire à image forte : la Champagne. Mais au lieu de capitaliser sur les codes traditionnels du luxe, il met en avant un storytelling alternatif, qui séduit particulièrement les nouvelles générations de prescripteurs (sommeliers jeunes, influenceurs vin, foodies exigeants). Ce public manque parfois d´expérience, faute d´avoir côtoyé l´ensemble de la profession pour se former une vraie opinion et une vision 360 degrés. De ce fait on constate des dérives en matière de prescription, de confusions parfois profondes et malheureuses, ce qui donne voix a des idées reçues et opiniâtres. Un ciblage générationnel (afterworks, tables rondes, conférences) pourrait ouvrir le champ de vision, avec plus d´objectivité, d´ouverture d´esprit, afin de ne pas forger des « gourous » de l´oxydatif, du bois ou du zéro dosage.

Renforcer la digitalisation (plateforme d´inscription commune et portefeuille pour les invitations, base de données des champagnes dégustés) peut faciliter l’expérience. A l´heure du numérique, intégrer des outils tels qu´une application mobile, agenda interactif, rencontres virtuelles pro-vignerons, carnet de dégustation dématérialisé, contenus vidéo, replays de masterclass, mini-séries autour des producteurs pourra prolonger le Printemps au-delà des dates physiques. Grâce aux réseaux sociaux, aux relais presse spécialisés, aux initiatives collectives des associations le brand pourrait être poussé hors barrières temporelles et physiques. Le Printemps des Champagne est déjà une vraie passerelle vers un export éclairé, elle pourrait songer un jour créer une plateforme d’export très performante pour les domaines participants.

Une Champagne en mouvement

Mais ces limites sont aussi les marques d’un événement encore en construction – volontairement souple, associatif, libre. Et c’est peut-être là sa plus grande force : rester un moment de spontanéité, loin des canons et projecteurs du marché. Un rendez-vous d’avenir, Le Printemps des Champagnes 2025 confirme une chose : la Champagne est en mouvement. Elle doute, elle invente, elle se réinvente, elle ose, elle sait aujourd’hui parler d’elle-même, autrement.

Le Printemps des Champagne est un outil de valorisation marketing puissant pour la Champagne vigneronne. Il combine excellence produit, stratégie relationnelle et narration authentique, tout en s’ancrant entre prestigieux et canaille. Son potentiel est encore largement évolutif, mais il se positionne déjà comme un vecteur de la Champagne, notamment grâce au digital et à l’ouverture progressive à de nouveaux publics.

Les vins du moment

Avec les derniers millésimes 2018, 2019 et 2020, la recherche de fraicheur aromatique ne passe plus seulement par la baisse des dosages, mais aussi par une complexification des assemblages avec de plus en plus de types des système de Réserve Perpétuelle ainsi que des choix de vinification de plus en plus diverses. Les contenants se diversifient aussi, Le Meunier fait de moins en moins sa « Malo », les élevages en bois s´affinent et la recherche est plutôt dans le sens d´un bois de vinification, structurant, pour étirer les vins et préserver leur vibrance. Quant aux « têtes de cuvées » des domaines et millésimés, nous sommes en ce moment entre les 2015/2016 et quelques rares 2013/2012. La « mise en bouche » se fait grandement sur des bases 2020/ 2021 avec quelques 2019/2018. Si dans le trio 2018- 2019- 2020, 2019 montre sa superbe, il ne faut pas négliger les gracieux 2018. Le millésime 2020 a ses particularités qui ne sont pas sans évoquer 2015. Aux antipodes, 2021 montre un rien Chablisien dans sa tension et sa pointe d´austérité grainée.

Les vins en devenir

La dégustation des vins claires sur les stands, complétée par celles lors des visites offs, donne la tendance du millésime 2024. Les Meuniers, notamment en secteurs ventilés sont éclatants, d´un fruit sincère et délicieux, avec présence de bouche et une certaine finesse. Ils sont moins concentrés en arômes de fruits rouges, plus orientés fruits plus clairs et nuances d´agrumes.

Les Pinots brillent en Montagne de Reims, ou certains secteurs ont reçu moins de pluies. Il y a de la tension, les phénoliques furent qualitatifs malgré le découplage des maturités du millésime, et parfois il y a même de la fraîcheur aromatique. En effet, le millésime semblait avoir un niveau d´acidité très satisfaisante par rapport aux dernières années. Cependant, la bascule aromatique ayant devancée d´environ 3 jours en moyenne les maturités technologiques a fait que paradoxalement certains vins n´ont pas de vibrance.

Les Chardonays sont délicats, plus discrets que les cépages rouges, de textures plus légères. Certains sont déjà très expressifs. Là, encore les aromatiques étaient souvent achevées, alors que la maturité technologique tardait de s´installer. Les vins sont en revanche très transparents de leurs terroirs dans l´ensemble. Plus au Sud, les Chardonnays du Sézannais, du Montgueux ou du Vitryat ont bénéficié de leurs positions insulaires et pour certains de la ventilation. Ils ont été parfois moins vulnérables face aux pressions fongiques. Clarté, exubérance et une certaine vivacité pour ces zones plus sudistes et souvent de facture plus exotique dans leur aromatique.

Enfin, la Cote des Bars s´est vu renaitre comme un Phoenix de ces cendres en ce millésime des « sept plaies ». Elle en fut la plus affecté, avec des rendements historiquement diminués à l´extrême. Les vins sont gourmands et concentrés, bichonnés par les soins des vignerons.

Volet suivant – nos coups de cœur

Nous reviendrons avec un deuxième volet portant sur nos coups de cœur : quelques vignerons Stars, mais aussi des Stars encore abordables, ceux qui mettent davantage le terroir en transparence et ceux qui apposent une signature identitaire. Enfin nous finirons sur les vins de Bouzy, d´autres vins tranquilles et les belles promesses vigneronnes découvertes en ce Printemps de Champagne.

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