Concours Mondial de Bruxelles 2024, une expérience effervescente en Sardaigne
Par Julia Scavo DipWSET Le Concours Mondial de Bruxelles est devenu en quelque sorte la référence en matière de concours de vins. C’est en réalité une compétition fractale, car elle inclue aujourd’hui 4 sessions dédiées aux vins : Vins Rosés, Vins Blancs & Rouges, Vins Effervescents, Vins Doux & Fortifiés. C’est aussi une invitation au […]
Par Julia Scavo DipWSET

Le Concours Mondial de Bruxelles est devenu en quelque sorte la référence en matière de concours de vins. C’est en réalité une compétition fractale, car elle inclue aujourd’hui 4 sessions dédiées aux vins : Vins Rosés, Vins Blancs & Rouges, Vins Effervescents, Vins Doux & Fortifiés. C’est aussi une invitation au voyage, non seulement par la richesse des vins dégustés lors des sessions, mais aussi par le choix dépaysant des endroits d’organisation. Cette année, par exemple, les sessions se sont déroulées en Dalmatie (Croatie), Guanajuato (Mexique), Alghero – Sardaigne (Italie) alors que les Vins Doux & Fortifiés seront dégustés en automne.

C’est un concours qui se démarque par son esprit indépendant, ses standards en matière de procédures et ses jurés triés tous sur des critères très stricts : intégrité, professionnalisme, expérience, compétences poussées. Tout cela cumulé donne une réelle garantie aux producteurs qui envoient leurs vins et aux consommateurs.

Le concours se propose de promouvoir, en toute rigueur et impartialité, un standard de qualité des deux côtés de la barrière – juges et parties. Il se veut comme un réel outil de marketing pour les producteurs participants, afin d’accroitre à la fois leur popularité et leurs ventes. Depuis 2004, le CMB collabore avec les chercheurs de l’Université Catholique de Louvain pour le traitement des résultats et le suivi de chaque dégustateur. Les vins sont non seulement notés, mais commentés par chaque dégustateur qui reçoit à chaque séance, sa fiche personnelle. Il en est de même pour le producteur, qui bénéficie de compte rendu minutieux avec roue de profile aromatique et notation. Chaque juge est lui-même jugé pendant et à la fin de la compétition.
Des pièges et doublons peuvent se glisser dans les dégustations pour évaluer la constance du dégustateur. Les meilleurs et les plus fiables sont primés et déclarés en planaire comme « benchmark ». Ils reçoivent tous un feedback de leur performance. Cette mise en question permanente est un vrai gage de qualité.

En début Juillet, ce fut en Sardaigne, à Alghero, que 900 vins effervescents venant du monde entier, indépendamment de la catégorie, furent dégustés pendant 3 séquences athlétiques par 50 jurys internationaux respectant les critères susmentionnés, en plus de leur spécialisation dans l’univers des bulles. J’ai eu le plaisir de me compter parmi un des panels, avec des grands
noms de l’effervescence comme Guenael Revel, alias « Mr. Bulles » ou des journalistes de haut vol, comme Mathilde Hulot.
Quelques conclusions :
Champagne
La Champagne est repartie avec 98 de médailles, dont 5 Grand Gold, soit pour plus de moitié des vins rentrés en compétition. Nous avons dégusté des Champagne dans les trois séquences, soit 2 panels de Blanc de Blancs et un de Champagne Premier Cru. Les Blancs de Blancs se montraient typiques avec une définition stylistique et variétale qui rassortissait bien dans le panel. Nous étions bien en Champagne. Les vins qui ont bénéficié d’une médaille se montraient nets, bien définis, pour beaucoup d’un style plutôt réducteur. Cependant, bien que le courant des Champagnes de style assumé oxydatif (notamment chez les vignerons) commence à ce lisser, beaucoup de vins avaient encore une patine oxydative ou du moins marqué par un élevage. Nous avions néanmoins accordé de bons scores là où l’intégration de ce style était cohérente avec la concentration et apportait un plus de complexité, sans fatiguer le vin. En Champagne, les vins fortement autolytiques laissent place à des vins d’expression plus pure, bien que le marché propose encore des adeptes du style brioché, beurré, notamment en Blanc de Blancs. Il en est surtout le cas des vins qui adressent un consommateur moins engagé, car il les associe souvent à un standard de qualité. Nous ne l’avons pas noté tel, car l’époque des Champagne marqués par la conversion malo-lactique et la forte autolyse ne s’inscrit guerre dans le courant contemporain et le client engagé demande comme partout un plus de pureté. Les Premiers Crus ont volé plus haut en termes de notes, médailles et qualité d’ensemble jugés par le panel, avec quelques belles réussites en matière de pureté, concentration et potentialité.
Franciacorta, la Lombardie, le Veneto et le reste de l’Italie…
Nous avons eu quelques Franciacorta, mais pas dans un panel à part, plutôt mêlés aux vins de Lombardie en général, voir même avec les Veneto aussi. Cette dernière région a raflé 21 médailles, la qualité des vins dégustés fut bonne dans l’ensemble. Les Franciacorta offrent un niveau supérieur, notamment pour les Satèn, parmi les vins dégustés de ce pays. Très identifiables il y avait de la concentration, complexité, un niveau de finesse avec une pointe minérale. D’autres vins Lombards ont créé la surprise en matière de régularité. Quelques vins effervescents de la Campanie se sont révélés plus terpéniques, plus amples, mais néanmoins plaisants et rafraichissants. Nous n’avons dégusté aucune bulle de l’île hôte, mais nous en avons pu en goûter lors de l’évènement, à des diverses moments. Ils sont remarquables grâce à la fraicheur du Vermentino, bien que terpéniques souvent et de facture tendre et fruitée et imprégnés de notes d’herbes aromates et de zestes. Ils rappelaient quelque peu le style des vins de Campanie avec encore plus de souplesse.
Cava
L’Espagne a confirmé dans l’ensemble son niveau de qualité, avec 34 médailles et des accolades de haut niveau. Pour notre part les 9 Cava étaient très identifiables et de bon niveau. Ce fut en matière de notes le panel le plus constant. Tous venaient de Catalogne et atteignaient un bon niveau de netteté aromatique, tout en gardant la définition stylistique et une réelle vibrance par les arômes zestés, les résines et le croquant du fruit net. Pas très autolytiques, avec une effervescence tonique, ils placent quand même la barre plus haute que par le passé.
Sekt
L’Allemagne a vu 60% des vins soumis médaillés. Pas de secret, les Allemands aiment la bulle, la boivent mais la cultivent aussi ! Deux Grand Gold ont été aussi accordés dans l’ensemble de 16 médailles. Notre panel a pu déguster 11 vins allemands, tous identifiables par le niveau de vivacité, leur style quelque part semi-aromatique et une légèreté texturale où la mousse se tisse généralement bien, quoi que parfois quelque peu dynamique. La région de Pfalz fut à la hauteur : pas de surprise, cette zone frontalière de notre Alsace et de son Crémant cultive l’effervescence avec une réelle passion, y dédiant une association. J’ai l’occasion de visiter la région en février et déguster avec les membres de l’association ainsi que leur chef de file – Mathieu Kauffmann, ancien chef des caves de Bollinger, qui guide un peu la mouvance. Les vins effervescents allemands sont nets, plutôt de style réducteur, certains protectifs, avec le Riesling qui se met bien en évidence, mais aussi des vins de stylistique qui recherchent des repères Champenois ou de Crémant. Jolie qualité d’ensemble.

Nous avons dégusté des vins Portugais et Brésiliens. Le Brésil semble se chercher, montre un certain potentiel depuis quelques années. Cependant, le sentiment à la dégustation à l’aveugle fut pour moi celui que j’ai souvent quand je déguste pour le concours des vins effervescents roumains : un « patchwork » de styles, pas forcément une unité, des essais au niveau des cépages ou stylistiques, et peut être certains vins qui arrivent comme un « side-product », car le courant le veut. Les Vinho Verde Sparkling du Portugal ont une définition particulière du fait des cépages aromatiques. Ils excellent par la vivacité et la légèreté, mais sont aussi en pleine recherche d’un style.
Nous avons fini avec des rosés, entre Prosecco et quelques vins de style musqué, plaisants et bien exécutés. Peut-être pas la plus intéressante des dégustations mais une note tendre, festive et accessible.
Dans notre jury nous n’avons pas dégusté de vins Moldaves – pays qui s’est créé une réputation depuis quelques années. Elle s’est bâtie sur l’histoire et le mythe des caves Cricova et s’est développée avec un brin de marketing, et beaucoup de consulting extérieur. Huit médailles sont parties vers le bercail. J’ai pu goûter en off le Cricova « Brut Meunier », fruité, rond et net, une belle surprise par rapport à ma dernière visite juste avant COVID dans ce pays qui exporte beaucoup. Pas de vins d’Afrique du Sud dans notre panel mais le pays a remporté une médaille Grand Gold. Sans surprise, Belgique et Autriche sont bien sorties avec 18 médailles pour la Belgique (41% des vins soumis) et quelques belles performances des Sekt Autrichiens dont un Grand Gold.
Dans l’ensemble, l’expérience de ma première Session Sparkling fut pour moi, non seulement enrichissante par la multitude des styles dégustés, mais aussi par les dégustations et visites en marge du concours, dont beaucoup portées par l’effervescence. Un article suivra pour vous raconter les aventures sur l’ile magique de la Sardaigne, avec un descriptif des vins de la région et mon carnet de voyage.
https://resultats.concoursmondial.com/en/results?



















