Les feux de forêt des Corbières

Un signal d’alarme pour la viticulture française à l’ère du changement climatique L’incendie dévastateur qui a balayé les collines des Corbières, dans le département de l’Aude, dans le sud de la France, brûla plus de 16 000 hectares de terres 5 certains chiffres vont jusqu’à 20000ha) en un peu moins de 48 heures. Alors que […]

Les feux de forêt des Corbières

Un signal d’alarme pour la viticulture française à l’ère du changement climatique

L’incendie dévastateur qui a balayé les collines des Corbières, dans le département de l’Aude, dans le sud de la France, brûla plus de 16 000 hectares de terres 5 certains chiffres vont jusqu’à 20000ha) en un peu moins de 48 heures. Alors que le bilan humain, matériel et environnemental immédiat est lourd, l’incendie a également
sonné l’alarme au cœur de la profession viti-vinicole.

Quand le feu touche les vignes

L’AOC Corbières est l’une des régions viticoles les plus vastes du Languedoc, produisant des rouges robustes et des blancs qui montent en notoriété. Les flammes se sont rapprochées de plusieurs zones viticoles, faisant des dommages significatifs à plus d’une douzaine de domaines y compris leurs vignes, installations et infrastructures viticoles.

La chaleur intense et la fumée ont compromis à la fois la maturation des raisins et le potentiel de la future récolte (en perte de quantité, en blocage de maturité ou par le « goût de fumé »). Des dommages à long terme touchent la santé des sols et aux systèmes racinaires. Même les vignes qui ont survécu à l’incendie peuvent avoir eu des lourds impacts par la chaleur rayonnante – un problème qui ne laisse pas de trace visible immédiate, mais peut jouer sur le rendement et la qualité pour les années à venir.

Le dérèglement climatique à l’honneur

Cet incendie n’était pas une « anomalie ». C’était le produit d’une équation complexe de conditions climatiques : sécheresse prolongée, chaleur record, de puissantes rafales de tramontane propagent les flammes.

La viticulture est intrinsèquement sensible au climat. Pourtant, pendant des décennies, la vigne a joué un rôle de pare- feu dans ces contrées. Certes la combinaison de températures torrides et de sècheresse, peuvent expliquer les premières étincelles, mais comment ce fléau a pu sauter les vignobles « comme des pierres sur l’eau » ?

L’incendie des Corbières met en lumière plusieurs défis structurels : l’exposition croissante à la monoculture, l’absence de zones tampons, des forêts de pins ou de la garrigue sèche sans coupe-feu ni ceinture de vignes… Par-dessus de cela, des vignes avec un système d’enracinement superficiel et traçant, sur sols labourés
offrent une faible résilience à la sécheresse extrême.

Mais il y a aussi des lueurs d’adaptation : réintroduction de la biodiversité, passer de la monoculture à l’agroécologie, associer vignes et arbres résistants au feu, adopter une viticulture sans labour, un terrain couvert autant que possible, pour retenir l’humidité, la réserve utile en eau et renforcer la résilience des sols. Blâmer seulement le manque d’eau pour l’irrigation semble ne pas réfléchir davantage dans le sens de la durabilité. Certes l’irrigation peut être vue de nos jours comme « un must » dans ces climats, la vigne a besoin d’eau. Ne pas essayer d’activer d’autres leviers complémentaires et se contenter de schéma l’arrachage pour plus d’accès à l’eau, mettrait cependant à défaut la durabilité de la pratique.

Ces changements nécessitent un vif soutien par les instances en pouvoir, par les consommateurs et la profession du vin même, par l’équilibre du marché et ne pourra pas tendre vers une forme d’harmonie sans investissements, ni réformes structurelles. On se souviendra probablement de l’incendie des Corbières comme de « plus qu’un incendie ». Il pourrait être un symbole de la croisée des chemins à laquelle se trouve aujourd’hui la viticulture méditerranéenne. Cette véritable forme culturelle doit être préservée stratégiquement et de toute urgence, pour la pérennité non seulement de ses vins, mais aussi ses paysages et de l’humain.

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