Château Léoube au Vendredi du Vigneron
Situé dans le village de Bormes-les-Mimosas, ce vaste domaine de 560 hectares se trouve à quelques encablures d’Hyères sur la rive ouest de la péninsule du Cap Bénat. C´est dans cette baie formée par les presqu’îles de Giens et de Cap Bénat, que Léoube occupe une place de rêve sur un littoral rocheux, mêlé aux […]
Situé dans le village de Bormes-les-Mimosas, ce vaste domaine de 560 hectares se trouve à quelques encablures d’Hyères sur la rive ouest de la péninsule du Cap Bénat.

C´est dans cette baie formée par les presqu’îles de Giens et de Cap Bénat, que Léoube occupe une place de rêve sur un littoral rocheux, mêlé aux plages de sable blanc. Sa position côtière est aussi un atout climatique et oenotouristique. Par le passé, ce fut à la fois une situation stratégique et une terre transitée, pillée, envahie et occupée durant les 2500 dernières années : Ligures, Celtes, Francs, Sarrasins et Maures jusqu’au débarquement des forces alliées le 15 août 1944. Plus récemment, le Domaine de Léoube a également survécu à la frénésie de l´urbanisation qui dévore la Côte depuis l´Italie. Sa beauté vierge est préservée en tant que « site classé » sur les traces probable du comptoir grec Olbia (L´Eolbe).
Le moment clé qui a transformé Château Léoube en « producteur iconique » est l’arrivée d’un « nouveau seigneur » en 1997 Lord Bamford, Baron de Daylesford et de Wootton. Ce bâtisseur, président et propriétaire de JCB, troisième plus grand fabricant d’équipements de construction au monde est venu construire une nouvelle identité. A ses côtés, son épouse, Lady Carole Bamford, pionnière de l’agriculture biologique en
Angleterre, a activement contribué à la certification du domaine, actuellement Bio et sensible aux pratiques biodynamiques.

Aspiraient vers un esprit d´artisanat viti-vinicole éminemment provençal et haute couture, vers un vin intrinsèquement lié à la singularité d´un terroir, les Bamfords ont demandé le conseil de ceux qui le faisait déjà depuis des années sur ces terres : leur prestigieux voisin, les Domaines Ott* – Clos Mireille. En 2003, après avoir obtenu un diplôme en agronomie, spécialisé en œnologie, le fils de Jean-Jacques Ott et quatrième
génération de la famille, Romain, a pris la direction du Château Léoube.

Le microclimat et la topographie de Léoube lui offrent un milieu viticole idéal : les classiques 3000 heures d’ensoleillement par an, rencontre du Mistral assainissant du Nord-Ouest avec les brises marines gardant vibrance la nuit, une terre de sable, mica-schistes et d’argile. Elle radie lumière et générosité la journée, une signature intrinsèquement sudiste aux vins.

Ce n’est qu’en 2008 que le premier vin du nom de Château Léoube a été mis en bouteille en même temps que l´obtention de la certification biologique Ecocert. Le domaine dispose désormais de 65 hectares de vignes et d’une nouvelle cave à la pointe de la technologie. En plus des vins, le domaine presse les fruits des 4700 oliviers (dans un moulin à olives flambant neuf). Cette huile est douce, ample et relevée d´une pointe zestée et saline. Elle fut un vrai régal lors du repas pour arroser le crottin de chèvre présenté en pré-dessert.

Le repas accords mets vins proposé par Philippe Faure-Brac Meilleur Sommelier du Monde et MOF Honoris Causa a pris une allure cyclique commençant et finissant par les Rosés Léoube et Secret de Léoube. Ils bénéficient d´une vinification unique, songée par Romain Ott depuis la vigne. On serait tenté de dire que c´est le cas de toute la Provence, on élabore le rosé in situ depuis les premières réflexions prises à la plantation de la parcelle. Sauf qu´ici pas de recette, mais une page blanche millésime après millésime. Romain Ott façonne chaque année un assemblage de cuve par « Covinification » des jus blancs et rosés. C’est un procédé très technique qui ne s´apparente ni à la complantation ni à l´assemblage de Maître de Chai, sur vins finis. A mi-chemin, il emprunte le meilleur du millésime par une fenêtre de vendange différente que pour des vinifications par lots, préservant une forme de fraicheur mûre. Elle apporte la technicité de « l´assemblage » suffisamment tôt pour un mariage osmotique. Cela se prête bien pour des vins qui sont mis sur le marché relativement tôt, pour donner des textures sans couture. Pour le reste, le process reste « classique », mais ne s´apparente ni à l´itinéraire pur réducteur, ni encore moins fermentaire. Pas de stabulation de bourbes, pas d´obsession du froid en vinification ou du réducteur thiol.
En revanche cette vinification de stylistique maison permet un peu plus de temps pour un contact maitrisé avec les lies fines, tout en faisant des soutrages réguliers.

Une chose encore étonnante au domaine, Romain ne renonce pas aux fermentations malo-lactiques qui apportent des éléments texturaux sans chercher à changer la dynamique, ni l´aromatique. Le choix est minutieux et lot par lot, contrairement à un standard « malo complète » qui se pratiquait dans le temps. De plus les soutirages réguliers permettent une optique plus cristalline pour ne pas garder les lies intégrales
de la malo. C´est ainsi que l´architecture du toucher reste à la fois sensuelle et ponctuée de vibrance pour finir sur une pointe de sapidité bienvenue, aux allures de reviens-y. Un grainé fin étire la texture envoutante et la chair délicieuse pour les rosés.

Ce délicieux, cette salivation saline permet parfaitement au Rosé de Léoube 2024, encore si jeune de tenir tête au prélude du repas (chair de crabe en émulsion de Saint Jaques). Et même si l´on finaissait sur un vin sec « Secret de Léoube » Rosé 2024, il propose suffisamment de charnu et de gourmandise pour la tarte aux fraises, sans tomber en austérité en fin de repas.
Pour les Blancs l´optique n´est plus celle des blends de cuve, car les cépages arrivent à des points de vendange trop écartés. Cette volonté se prête davantage à une optique d´assemblage sur vins finis. En effet le Sémillon est vendangé plus tôt pour garder la fraicheur alors que l´Ugni Blanc profite de sa maturité tardive pour de la structure et de l´extrait. Ce sont les deux piliers du « Secret de Léoube » Blanc 2023 qui offrait veine de fraicheur et salinité enveloppé de satin pour le tartare de saumon pamplemousse. Le Rolle ne recherche pas de phase thiol, mais se propose dans une optique de maturité juste pour apporter suavité et aromatique subtile à l´assemblage.
Quant aux quelques pieds de vieux Sauvignon Blanc, ils se remarquent tout de suite par une expression presque ligérienne de pierre à fusil, sureau, bouquets floraux mi-herbal, mi-mellifère comme le chèvrefeuille. Il vient avec de la race et fraicheur aromatique. Les quatre entrent dans l´assemblage « Collector » 2023 que nous avons dégusté à merveille avec le fromage de chèvre.

Il est intéressant de redécouvrir aussi les rouges, car ce fut le point le plus solaire et généreux du domaine. La Syrah certes souffre un peu dans ce coin littoral, mais le Grenache Noir, le Cinsault et le Cabernet vient pallier avec gourmandise et colonne vertébrale, renforçant aussi le sentiment de vibrance et donnant de la grâce au toucher velours et aux tanins poudrés. Un « Collector » 2018 d´enrobage et souplesse parfait pour la construction texturale du plat de veau rôti, jus cassis et douces purées relevées de la pointe umami des champignons de bois.
Le Château Léoube aux Vendredis du Sommelier au bistrot du sommelier chez Philippe Faure Brac a été une expérience enrichissante pour tous. Avec l’opportunité de déguster des vins raffinés issus d’un domaine prestigieux, les participants ont pu explorer les nuances et la richesse des Côtes de Provence dans une ambiance conviviale. Que ce soit pour découvrir de nouvelles saveurs ou pour apprécier l’art de la viticulture, cet événement a été une invitation à célébrer la passion du vin dans un cadre chaleureux et accueillant.
Informations
2387 Rte de Léoube, 83230 Bormes-les-Mimosas
04 94 64 80 03
http://www.leoube.com/

