Armand Heitz — l’audace du vivant en Bourgogne
Genèse d’un projet familial La saga de la maison Heitz-Lochardet remonte au milieu du XIXᵉ siècle, lorsque Georges Lochardet acquiert des parcelles sur la Côte de Beaune. Au fil des décennies et des successions, le domaine familial se fragmente. Dans les années 1980, Brigitte Lochardet épouse Christian Heitz : leur union marque la création de […]
Genèse d’un projet familial

La saga de la maison Heitz-Lochardet remonte au milieu du XIXᵉ siècle, lorsque Georges Lochardet acquiert des parcelles sur la Côte de Beaune. Au fil des décennies et des successions, le domaine familial se fragmente. Dans les années 1980, Brigitte Lochardet épouse Christian Heitz : leur union marque la création de la nouvelle entité familiale, le domaine Heitz-Lochardet.
Armand Heitz, leur fils, est formé à l’œnologie à l’École de Changins en Suisse, où il obtient son diplôme. Dès
2012–2013, il engage la transition du domaine : récupération progressive des vignes familiales et affirmation
d’une identité propre. Le Domaine Heitz-Lochardet devient Domaine Armand Heitz en 2013. Avec un gain en
transparence et en lisibilité, ce changement semble anticiper deux axes de sa future philosophie : la « simplexié » et la « contemplaction ». Le vigneron Armand Heitz, en contemplation devant sa nature, prend acte et simplifie tout superflu pour se focaliser sur une autre forme de complexité.
Philosophie & engagement : remettre la vie au centre Au départ, le domaine adopte des pratiques d’agriculture biologique (voire certains préceptes de la biodynamie) initiées par la famille Drouhin sur les parcelles en fermage. Rapidement, Armand Heitz affine sa réflexion et passe, en 2019, vers une approche plus holistique inspirée de la permaculture et de l’agroécologie.
Pour lui, la vigne est un élément d’un système plus vaste. Il développe un potager, cultive des légumes, élève du bétail depuis 2021 et intègre ces éléments dans un cercle vertueux de nutriments et d’équilibre du vivant. Cette vision intégrée est au cœur de l’œuvre d’Armand Heitz, où vin, terre et vie se répondent. Pour arriver à un tel dialogue, il est essentiel de s’inspirer du mimétisme des écosystèmes naturels, capables de minimiser
naturellement l’impact environnemental et d’utiliser leurs déchets au profit du vivant, dans une remise
perpétuelle en cercle.
L’expression des territoires

Le domaine revendique aujourd’hui une diversité géographique impressionnante, englobant des terroirs de
Chassagne-Montrachet, Pommard, Meursault, Volnay, ainsi que des cuvées plus libres, sans revendication
d’appellation.
Faisant écho à sa philosophie selon laquelle le vin, la terre et la vie se répondent, la construction de la nouvelle cave, projetée par son épouse Astrid, intègre ce cercle vertueux. « La Cuverie d’Armand » est un lieu épuré où les valeurs architecturales et esthétiques se mettent au service de l’artisanat, sans dénaturer l’architecture. Le travail artisanal et les techniques oubliées, l’ethos par les matières biosourcées, ainsi que le logos dicté par la conception pragmatique du nombre d’or, sont mis au service du pathos du vigneron. Ce « chai d’œuvre », fondu dans le paysage, a accueilli sa première vendange en 2025.
Le choix des matériaux repose sur le respect thermique, afin d’être le moins énergivore possible. Si l’usage du
froid s’applique davantage à la vinification des blancs, les rouges nécessitent moins d’énergie en première phase, mais demandent ensuite une maîtrise de la thermorégulation en maturation. La réflexion s’est étendue jusqu’au chai à barriques, afin de concilier esthétique et sobriété (y compris énergétique) dans un désir constant de durabilité.
Vinification : sobriété & signature sensible

Les vins d’Armand Heitz se caractérisent par une dualité joliment paradoxale : intensité et grâce, profondeur et buvabilité. Les blancs conjuguent fraîcheur aromatique, énergie florale, texture soyeuse et tension minérale. Pour les rouges, le pourcentage souvent élevé de grappes entières varie : 100 % pour les premiers crus, de 50 à 100 % selon les cuvées régionales. Les extractions sont ajustées au caractère de chaque cuve, recherchant davantage la texture que la puissance. Entre aérien et profond, le résultat propose une finesse délicieuse, un grain sapide et fin, une touche d’épices et une floralité avec un confort de texture qu’on pourrait qualifier d’effortless.
Dans cette quête de finesse, l’usage du bois se fait avec réflexion et parcimonie. Le puzzle des tonneliers vise
constance et reproductibilité, recherche du grain fin et certaines chauffes « blanches » pour rafraîchir les vins, ou dans d’autres cas, un toast fin apparenté à un bouquet de réduction. Il collabore pour cela avec des tonneliers tels que Vicard, Chassin ou Damy.
Trajectoire

La route d’Armand Heitz n’a pas été un long fleuve tranquille. Remettre en mains familiales des parcelles
dispersées, regrouper des vignes, développer une vision agricole intégrée : tout cela demande des efforts
humains, économiques et techniques, ainsi qu’une longue réflexion environnementale. Ce sont précisément ces piliers qui fondent la durabilité, au-delà des logos et certifications. C’est l’une des raisons pour lesquelles la presse vinicole mentionne son nom parmi les vignerons les plus inspirants de Bourgogne. Son credo : que la
vigne s’inscrive dans un cycle vivant global, avec autonomie, biodiversité et résilience pour fondements, en vue de la plus haute expressivité sensorielle.
Millésime 2022
La gourmandise solaire et la précision du geste. Après un 2021 plus frais, 2022 s’impose comme une récolte homogène et solaire, portée par des maturités abouties et un équilibre remarquable.
Bourgogne Rouge 2022
Le nez s’ouvre sur la framboise fraîche et la floralité nuancée de violette. En bouche, le vin charme par sa
fluidité de soie, une matière digeste et très vibrante pour un 2022, une finale poudrée, relevée d’un poivre
délicat. Un Bourgogne d’une gourmandise ciselée, au toucher soyeux et précis.
Chassagne-Montrachet 1er Cru « Morgeot » 2022
Le bouquet exhale le kirsch et la rose de Damas, relevés d’une touche de griotte fraîche. La bouche déploie un
cœur dense et sapide, soutenu par une fraîcheur vibrante. Les tanins sont mûrs et tendres, légèrement fermes en finale, donnant de l’élan au vin. L’élevage discret souligne cette petite fermeté par des notes épicées et complète la sapidité. Un Chassagne rouge de tension et d’élégance, sur la grâce plus que sur la puissance.
Pommard « Clos des Poutures » Monopole 2022
Sur les pentes de Volnay, ce clos précoce, aux terres fertiles, exprime un Pommard d’un registre singulier. Le
nez, à la fois terrien et floral, évoque la rose coupée, la pierre chaude et la profondeur du fruit bleuté. En bouche, le toucher est satiné et profond, accordé à une fraîcheur fondue d’une souplesse qui digère le tanin finement poudré, légèrement cacaoté en finale. Un Pommard gourmand, plus sur la sensualité que sur la rigueur.
Volnay 1er Cru « Taillepieds » 2022
Le bouquet s’ouvre sur un léger grillé, une nuance de noisette toastée, puis s’épanouit sur la cerise juteuse et la pivoine. En bouche, l’équilibre se joue entre un cœur charnu et vibrant, et une structure étirée par des tanins denses, au grain ferme, avec une jolie allonge épicée. La finale, d’un juteux claquant et sapide, mêle le floral et le toast fin. Un Taillepieds éclatant, nerveux, d’une énergie noble.
Bourgogne Blanc 2022
Arômes floraux et charme immédiat pour ce blanc ayant su tirer profit d’un millésime solaire. Le nez évoque le
miel, les bouquets mellifères et la chair de pêche. En bouche, la texture ample conserve une tension digeste,
soutenue par un sentiment de vibrance. La finale s’étire sur la mandarine et le kumquat, d’une élégance
désaltérante. Un Bourgogne Blanc d’équilibre et de spontanéité.
Saint-Aubin « Travers de chez Édouard » 2022
Un nez voilé de toast fin, crémeux d’amande douce, s’ouvrant sur la pêche de vigne. La bouche s’impose par une ligne droite, un grain salin et une allonge raffinée. La matière, crémeuse sans lourdeur, offre un toucher frais et lacté, trouvant son équilibre dans une tension épicée et minérale, où la limpidité aromatique de l’élevage est exemplaire. Un Saint-Aubin vibrant, précis et salivant.
Chassagne-Montrachet 1er Cru « Les Chevenottes » 2022
Le nez s’ouvre généreusement sur le miel, la fleur d’acacia et la pêche mûre, relevés d’une nuance exotique. En bouche, la texture lisse et soyeuse s’accompagne d’une profondeur savoureuse, soutenue par un grain minéral toasté, poudré et noisetté, signe d’un élevage parfaitement dosé. Un Chassagne charmeur, lumineux et racé.
Meursault 1er Cru « Perrières » 2022
Un vin encore sur la réserve, marqué par un bouquet de réduction noble affirmé. Le nez, tout en retenue, évoque le citron mûr, la noisette et l’amande grillée. La bouche, droite et tendue, déroule une fraîcheur pure, presque saline. La finale, légèrement sèche et épicée, s’achève sur une touche de miel fin. Un Perrières racé, vertical et salivant, d’une beauté en devenir.
