La Fête des vins de Bandol 2025 by Julia Scavo 6-7 décembre 2025
Jury des Longues Gardes de la Fête des vins de Bandol – Dégustation « en primeur » des Rouges millésime 2024 Portrait-robot du millésime 2024 Après un automne 2023 sec et doux l’hiver clément a continué sur le même tempo avec + 1°C par rapport à la moyenne décanale et une réserve d’eau de 130 […]
Jury des Longues Gardes de la Fête des vins de Bandol – Dégustation « en primeur » des Rouges millésime 2024 Portrait-robot du millésime 2024

Après un automne 2023 sec et doux l’hiver clément a continué sur le même tempo avec + 1°C par rapport à la moyenne décanale et une réserve d’eau de 130 mm. Il devint pluvieux en janvier pour un cumul de 340 mm et ce jusqu’ à mars. Les vignes ont passé le printemps les pieds dans l’eau avec une pluie régulière. Le cycle végétatif démarre sous des températures élevées favorisant la pression des maladies et adventices. Vient ensuite le coup de gel entre 19 et le 23 avril contrariant la floraison en fin du mois de mai avec une coulure importante sur plusieurs cépages, pas seulement le Grenache Noir, plus classiquement affecté. L’été débuta avec des températures inférieures aux normales de saison, restant frais jusqu’en juillet. Mais le mois d’août sec et chaud, pourtant sans stress hydrique, accéléra les maturités sur les parcelles les plus précoces. Les premières vendanges ont ainsi débuté vers le 19 août, comme en 2023 et 2022, sous une température élevée qui s’est maintenue jusqu’au début du mois de septembre. Par la suite les températures se sont rafraichies, avec plusieurs épisodes de pluies (50 mm en cumul), contrariant parfois l’organisation des vendanges sur ce mois de septembre. Le millésime 2024 reste hétérogène, principalement en ce qui concerne la quantité et à la maturité des raisins.
La dégustation des longues gardes et le palmarès

Pour notre dégustation, avec 27 échantillons, c’est plus du tiers des producteurs (69 domaines et châteaux et trois caves coopératives) de l’AOP Bandol qui ont présenté leur Rouge 2024. Cette participation est significative avec une bonne représentation des styles et certainement des zones géographiques, ce qui nous a permis de tracer les grandes lignes du profil des vins à l’issue de la dégustation. Les échantillons furent tirés sur foudre ou barrique le mercredi 3 décembre selon les précisions d’Olivier Colombano, Directeur de l’ODG. Ils seront pour la plupart mis en bouteille courant avril prochain pour une commercialisation à partir du mois de mai.
Une grande partie des vins se montraient discrets, sur la retenue réductrice, rendant parfois difficile la tâche du jugement. D’autres à contrario étaient ouverts, flatteurs et parfumés, à la limite de parler d’une certaine facilité. Pour quelque vins l’ouverture prématurée semblait trop importante avec des tonalités éthérées, un lifté volatil dans les meilleurs des cas. Le fruit était en général plutôt bleuté ou rouge, souvent mêlé aux senteurs florales et nuances résinées. Ce type de nez semble à l’image de l’été, en deux temps entre chaleur et fraicheur, entre sécheresse et pluies. Les plus audacieux ont adapté les élevages à ce profil de finesse olfactive, cependant plusieurs échantillons portaient le masque d’un boisé parfois trop extravagant, vanillé, épicé qui finissait par disjoncter en bouche en termes de texture et tanins. Les profils des palais se remarquent par leur ressenti de fraicheur avec une véritable acidité analytique pour certains. Les chairs sont satinées, lisses. Souvent le cœur de bouche s’étire et laisse place à des tanins fermes mais pas très charpentés. Certains impriment une certaine facilité par la générosité, leur douceur de texture et l’intégration tannique. En général les vins présentent demi- corps et charpente pondérée, quelques exemplaires ont joué aussi sur l’extraction, mais la plupart semblent plutôt infusés, graciles et vibrants. Peu de vins ont montré des déviances et le style de tendance réducteur reste normal pour la période de dégustation. Dans peu de cas la réduction laissait planer le doute sur de potentiels phénols. Quelques vins présentaient une pointe oxydative, ce qui peut aussi être une manifestation normale due à un choc pour des échantillons en cours d’élevage et tirés directement sur foudres.
Les trois Longues Gardes furent désignés : Domaine Lafran-Veyrolles, du Domaine Les Oeuvres Vives et du Domaine Maubernard.
La fête et ses dégustations ouvertes ou public

Dans les allées de la Fête des vins de Bandol les visiteurs pouvaient déguster les blancs et rosé 2024. Ces deux couleurs se livraient aussi à l’image du millésime. Les blancs parfois retenus, délicats et plaisants, détonant de fraicheur sont lisses, en fuselage. Les rosés aussi suggèrent ce style de verticalité, entre agrumes et fruits rouges croquants, moins portés par les nuances de grenade et orange sanguine que par le pomélo et baies de forêt. Les épices sont plus poivrées que réglissées, les tonalités plus fraiches, les structures grainées et allongés. Quant aux rouges, les 42 producteurs proposaient notamment le duo 2021/ 2022. Structure, concentration dans tous les aspects pour 2021, y compris de l’acidité, cela donnait des vins veinés, sérieux issus d’un élevage souvent plus prolongé et un univers aromatique compact, sombre, épicé et profond. Les 2022 sont extravertis, éminemment sudistes avec un fruit doux et charnu teinté de garrigue. Suaves, charmeurs, mais de colonne vertébrale présente, enrobée de chair moelleuse, épicée, solaire. Quelques Blancs, Rosés et Rouges 2023 complétaient la palette des dégustations.
A l’espace Vinothèque, Bandol prend son temps avec l’opération Bandol dans le temps

Les blancs dégustés tracent une voie de développement particulièrement aboutie, où la maturité sudiste se conjugue à une recherche de fraîcheur, de grain et de profondeur.



Domaine de Terrebrune 2020 séduit par son équilibre naturel. Entre poire fraîche et herbal doux – verveine, fenouil –, le vin déroule une bouche à l’acidité fondue mais vibrante, zestée, nuancée de cédrat. La finale, longue et juvénile, s’appuie sur une densité pierreuse qui signe le terroir.
Plus textural, Domaine de la Font des Pères 2021 joue une partition crémeuse et précise. Cédrat confit, amande, toasté fin : tout ici évoque une lecture presque bourguignonne, où les phénoliques étirent le vin avec élégance et donnent un toucher poudré, sans jamais alourdir la bouche.
Dans un registre plus solaire, Château Val d’Arenc 2022 assume la rondeur du millésime. Poire douce, fenouil confit, anis et pêche en sirop composent un ensemble gourmand et juvénile, dont la finale balsamique et mentholée maintient l’élan.
Domaine de la Bégude 2019 s’inscrit clairement dans un univers gastronomique : beurré, pâtissier, entre crème d’amande et tarte Bourdaloue. La bouche est ample, épicée, portée par des phénoliques grainés qui prolongent le vin dans une finale dense, chaleureuse et biscuitée.
Sommet de complexité, La Bastide Blanche – Cuvée Estagnol 2019 impressionne par son développement encaustique et terpénique : orange confite, cédrat, épices balsamiques. La fraîcheur se fond dans une chair ample, animée par de petits tannins d’élevage et une note de panification qui apporte profondeur et sapidité.
Plus immédiat, Domaine Maubernard 2022 charme par sa finesse : poire, pêche, citron confit sur fond floral mellifère. La bouche est légère, digeste, au grain fondu, elle termine sur une finale vibrante.
Les blancs évolués confirment leur tenue dans le temps. Domaine la Suffrene 2017 développe une palette résineuse et zestée, sur le cédrat confit et les lies fraîches, avec une intensité fine et une grande allonge. Domaine Marie Bérénice 2019, plus gourmand, mêle toast, amande, résine et guimauve, tout en conservant une bouche vibrante, épicée jusqu’à la cardamome.
Plus singulier, Château Guilhem Tournier 2020 convoque l’autolyse et la panification, avec une touche exotique rappelant certaines évolutions de blancs bordelais, mais dans une expression plus épurée, satinée. Domaine Vignaret 2021, riche et boisé, assume son volume et son degré, tout en restant frais et épicé.
Enfin, Domaine de la Tour du Bon 2014 illustre une évolution patinée, légèrement oxydative, mais tenue par la fraîcheur, avec une finale sur la peau des agrumes.
Le Bandol rosé se pense clairement comme un vin de fourchette et de garde, offrant probablement les évolutions les plus surprenantes de l’appellation.
Domaine Trois Filles 2016 ouvre la série avec gourmandise : grenade, pivoine, réglisse. La bouche reste fraîche, adoucie par la réglisse, avec des tanins étirés qui structurent l’ensemble.
Plus solaire, Château Guilhem Tournier « Louise Jeanne » 2020 assume pleinement son millésime : riche, épicé, texturé, entre grenade et cardamome, avec une vraie présence en bouche.
Domaine Lafran- Veyrolles 2021 joue sur un registre plus évolué : pointe oxydative, fraise compotée, bouche riche à l’acidité souple, tenue par de petits tanins évoquant le toucher d’un thé vert, salivant et dynamique.
Parmi les plus aboutis, Château Pibarnon 2021 impressionne par sa vibrance aromatique : orange sanguine, réglisse, pot-pourri épicé, portés par un fond de tanins fins, croquants et enrobés.
Domaine La Suffrene 2019 se montre crémeux et enveloppant, ample et textural, avec une trame tannique délicieuse et salivante. Domaine de Terrebrune 2019, plus évolutif, mêle toast, amande, confiserie et grenade, avec une bouche souple et ample, au tanin ferme et poivré.
Enfin, Château Canadel 2022 affiche un profil pierreux et solaire, mûr dans son fruit, large de texture mais aromatiquement frais, tandis que Domaine de la Tour du Bon 2007 conclut sur une note riche et évoluée, marquée par la noisette grillée.
Les rouges dégustés privilégient moins la puissance que le grain et l’évolution maîtrisée, avec des expressions souvent épicées et nuancées en finesse.
Domaine de Frégate 2015 se montre riche et épicé, porté par des tanins enrobés. Domaine le Galantin 2015 adopte un profil plus crémeux, presque tendre, tout en restant structuré.
Domaine Lafran- Veyrolles 2014 joue la carte de la finesse : douce chaleur, fraîcheur apportée par le tanin, nuances de chocolat et patine épicée. Domaine de l’Olivette 2015, plus éthéré et avancé, se lit sur un registre évolué.
Parmi les plus précis, Domaine Maubernard 2016 brille par son éclat et sa finesse : cerise, menthol, soutenus par une trame tannique ferme. Château Pradeaux 2013 conclut sur une expression plus austère et profonde : floralité de potpourri, aux épices, une fermeté et une amplitude qui signent un vin de garde.


