Le Jury des Longues Gardes à Bandol
La porte d’entrée dans l’univers Vinothèque Par Julia Scavo DipWSET La Fête des Vins de Bandol 2024 – nouveau format du Jury des Longues Gardes Fête des vins de Bandol 2024 Avec le retour de la « Fête des Vins de Bandol », place aussi au Jury de la dégustation des « Longues Gardes ». […]
La porte d’entrée dans l’univers Vinothèque

Par Julia Scavo DipWSET
La Fête des Vins de Bandol 2024 – nouveau format du Jury des Longues Gardes
Avec le retour de la « Fête des Vins de Bandol », place aussi au Jury de la dégustation des « Longues Gardes ». Cependant, tel annoncé par le nouvel intitulé de l’évènement, les juges, triés parmi journalistes, MWs, experts, œnologues ou sommeliers ont évalué non pas le millésime 2024, mais 2023 toujours en cours d’élevage comme le veut le cahier de charges de l’appellation. L’évaluation fut néanmoins différente de l’ancien régime. L’exercice, bien que plus « agréable », est davantage plus rigoureux et demande une grande concentration. Cela vient du fait que les vins atteignent bientôt le stade livrable et ils sont plus proches de leur forme finale que d’un projet en devenir. Il fallait aussi se souvenir du profil du millésime, contrairement aux fêtes du millésime quand le descriptif parvenait aux jurés juste avant la dégustation.
Rapport 2023 (source ODG Les Vins de Bandol)
Les jurys se rappellent certainement la sècheresse hivernale de 2023. Le millésime démarra ainsi sur un fond de déficit d’eau d’environ 50% et des moyennes de températures plus douces que les normales de saison. Cela venait déjà sur le fond d’un automne 2002, sec et doux. C’est le printemps qui apporta de l’eau enfin, hélas les pluies du 13 mai furent accompagnées par un intense épisode de grêle. Contrairement au reste de la Provence et autre région de France, la ventilation enlève toute menace de mildiou.
La douceur se prolonge avec des moyennes élevées pour virer en conditions très sèches et très chaudes : dès fin juin à la vendange aucune pluie quasiment (moins de 20mm) et des températures moyennes entre 24.5°C et 26.5°C. La deuxième partie du mois d’août proposa même un épisode caniculaire extrême. Le stress hydrique et thermique couplé ont mis le vignoble à l’épreuve avec une nette diminution de la taille des baies, de la quantité de la récolte et une accélération inquiétante par rapport à la mise en phase des maturités technologiques et phénoliques.
Les vendanges ont commencé vers le 22 août, comme en 2022, sous une température caniculaire.
Le portrait-robot du millésime 2023 en Rouge en total accord avec nos ressentis
Les vins sont intenses avec un fruit rouge mûr et délicieux virant en fruits bleutés. Cela ressort bien dans les dégustations du panel. Il revient souvent un joli voile réducteur et un esprit sudiste teinté par les nuances de réglisse, les épices et les herbes provençales. Les textures sont souples et arrondies, avec une puissance sous-jacente et une certaine profondeur. Ce caractère délicieux tient sur un sérieux de structure avec des tannins fermes et structurés, mais intégrés, qualitatifs et mûrs, sans blocage, ni végétal. Bien que les vins soient généreux, voir même chaleureux pour certains, ils tiennent sur une vibrance aromatique.
En regardant mes commentaires des dégustations pendant le jury (initial et final) le mots clé sont : réducteur/voile réducteur (normal pour des grandes bases de Mourvèdre de millésime sec, même à ce stade), fruit rouge, fruit bleu, fruit délicieux, épices, réglisse, caractère éminemment sudiste, profondeur. En bouche il revient souvent la rondeur, la générosité, le soyeux, les tanins fermes, les épices. Ce ne sont pas les vins les plus concentrés ni les plus dense, ils offrent déjà une gourmandise de chaire et de fruit sans avoir de grandes acidités mais un élément de fraicheur aromatique revient souvent par la force des balsamiques, des herbes méridionales, des amers nobles. Un millésime de finesse texturale avec de la structure et un charme immédiat cachant un très bon potentiel.

Les Résultats
Voici le résultat du concours des Longues Gardes, les trois gagnants de ces fameuses douelles sont :
DOMAINE DEPRAD
CHÂTEAU CROIX D’ALLONS
DOMAINE LA SUFFRENE

Back to future… à l’espace Vinothèque – Volet II – Les Rouges
Dans le volet précèdent de la Fête des Vins de Bandol nous avons pris la décision de commencer à contre-courant avec les Rosés Vinothèque. Nous poursuivons ici avec les Rouges Vinothèque.
Château Canadel 2014

Un nez de cerise, parsemé de cannelle, sur fond floral. Un palais élégant, rond, avec une dimension de fraîcheur racée. Il reste soyeux, épicé, où le tanin soutenu garde un caractère élégant intégré à la concentration. Bonne longueur. Garde 10 ans et plus. 92+
Domaine La Chrétienne « La Laque » 2014

Voile toasté, laissant transpercer des notes de cerises et de fruits noirs, légèrement confits dans un esprit mûr et épicé. Des touches de cacao arrivent en toile de fond par son élevage en bois. D’une acidité pointue, les tanins sont très structurés, chocolatés, serrés mais enrobés de chair. Le bois, amène du crémeux et il se fond dans la concentration de fruit. Long. Garde 12 ans et plus. 90/91
Domaine de l’Olivette « Cuvée Spéciale » 2014

Discret, légèrement évolutif sur des notes de graphite et de cacao. La cerise et les amandes arrivent en toile fond. L’acidité modérée se pose sur une texture souple et généreuse, portée par la chaleur des épices telles que le clou de girofle. Le tanin est quelque peu rugueux avec une certaine amertume donnant du relief à la chair généreuse. Très structuré relativement long, mais pas très concentré. Garde 10 ans. 89 +
Domaine de Gros Noré « IX » 2014

Parfumée, floral avec un joli lift volatile. Cerise épices de bois. L’acidité est marquée, tissée à même la texture lisse, linéaire. Elle se couple aux tannins fermes. Persistent, de bonne concentration. 10 ans et plus de garde. 89 +
Château Jean-Pierre Gaussen 2014

De patine oxydative, il exprime les fruits cuits, des notes de café et de bois oriental. D’une acidité pondérée, le tanin est très rugueux et serré dans une texture légère. Enveloppe et concentration modérées, longueur un peu modeste. A voir sur 5/6 ans. 87/88*
Domaine Le Galantin 2014

Encore fermé, le fruit discret exprime la marasque, le bois encore présent, épicé. Palais très sec, structuré par un tanin élevé. De profile généreux, d’acidité modérée tout en restant fraîche, le tanin donne touche un peu sèche. Finale épicée, peu de longueur, mais généreux, porté par la chaleur. 89+
Domaine Les Luquettes 2014

Un nez parfumé, quelque peu oxydatif, entre floral et des tonalités animales et savoureuses. Palais linéaire, bien que d’une acidité plutôt moyenne, la texture reste légère avec un tanin cacaoté, intégré au juteux, sur un fond floral de concentration modeste quelque peu. A boire. 87/88
Domaine Gueissard 2014

Discret, au voile pierreux, le fruit se révèle à l’aération, la cerise s’entremêle du boisé entre cacao, café, tabac. Mise en bouche souple, le cœur de bouche montre du gras, une chair fraîcheur modérée, mais présence chaleureuse qui enrobe des tanins plutôt fermes. Finale sur les épices. 89
Château Sainte-Anne 2014

Bourguignon floral, lifté il propose aussi des notes de cuir, délicat par son ressenti d’acidité présente et fraîche, il se montre vibrant, un jus texturé, grainé avec de l’élégance dans ses tanins pinotants. Digeste, la finale florale se déploie tout en finesse. Garde de 8 ans et plus. 90+
Château Pradeaux 2013

Nez intense par un fruit expressif, bleuté, la cerise, la garrigue et les épices. Peu de développement, très sudiste cependant d’une acidité fraîche, vibrante et tanins encore très serrés. Un toucher soyeux, texturé, long, de bonne concentration, 8 à 10 ans de garde. 90 +
La Bastide Blanche « Cuvée Estagnol » 2013

Réducteur, épicé et oriental avec un léger côté animal, savoureux. Il s’ouvre sur des fruits bleutés, entremêlant cacao et grain de café toasté. Palais impactant par un esprit sec, d’acidité soutenue couplée aux tanins quelque peu austères. Relevé en finale sur des tonalités de café. Garde 10 ans. 89/90
Le Cabanon d’Hélène 2012

Entre cerise, voile floral de pot-pourri ainsi que des épices boisées, son palais montre une acidité fondue, un alcool généreux qui enveloppe le tanin soutenu, de structure serrée et de bonne concentration. 8 ans plus. 89
Domaine de Frégate 2012

Tertiaire, avec un développement du fruit vers le tabac et une note savoureuse. L’acidité reste présente, bien que modérée à fraîche, le tanin encore serré est quelque peu austère sans beaucoup d’enrobage de chair, mais chaleureux. Garde 8 à 10 ans. 88/89
Domaine Dupuy de Lôme 2012

Un nez évolué avec une légère perte de fruits au profit des épices et du tertiaire. Le palais est très sec, frais au point de donner un ressenti linéaire avec un tanin présent sans être très structuré. Bonne concentration, longueur plutôt modeste. 88 +
Château Pibarnon 2011

Fruits confits, profondeur, café, toast et épices, une définition stylistique en avant, avec une acidité moyenne et beaucoup de texture de chair en un policier long à ses lots, concentré épicé (cannelle girofle), sudiste. Garde 10/12 ans. 91+
Domaine de la Ciselette 2010
Le nez exprime le pot-pourri, floral et les épices avec un fond de fruits mûrs, de chocolat et un caractère légèrement fumé. Un vin de palais généreux, d’acidité pondérée avec une texture lisse et des tannins soutenus bien que fondus dans le fruit encore présent, juteux et épicé. 91/92
Domaine Vigneret 2009

De patine quelque part oxydative, il exprime les fruits cuits, le confit de fruits et le café. D’une acidité moyenne, la texture reste généreuse, empreinte de la chaleur épicée de l’alcool. Tanin moyen, encore ferme et quelque peu sec, pourtant intégré à une certaine concentration, une longueur pondérée, sur le café vert. 88+
Château Salettes 2009

Un nez terrien entre floral de pot-pourri et épices. Il s’ouvre et s’enrichit par la cerise Marasque. Palais de chair douce, empreint d’épices, généreux et profond. Le tanin est structuré, digéré par la texture, le fuit est encore riche, épicé, floral avec une finale terreuse et teintée de poivre de Sichuan. 90+
Domaine Lafran- Veyrolles 2007

Un voile quelque peu évolutif, entre terrien et boisé, au fruit développé. Palais léger, d’acidité fraîche. Son alcool reste digeste et le tannin pondéré et élégant. La finale est quelque peu pointue, avec une concentration et une longueur modestes. Garde 6-8 ans. 88
Moulin de La Roque « Les Baumes » 2007

Nez évolué porté par les champignons, peu de fruits et un voile de café toasté. L’entrée de bouche montre une acidité moyenne, le fruit est évolutif et intégré, bien que le tanin reste un peu rugueux et assez persistant. Peu concentré. 89
Domaine de la Tour du Bon 2005

Nez discret, avec un développement réglissé et le fruit confit. L’acidité moyenne reste fraîche, le tanin est policé et le cœur juteux et digeste. Bonne concentration, très 2005, digeste. 89/90
Domaine de la Bégude 2005

Le nez reste encore sur la retenue, avec un fruit discret entre la cerise, le toast grillé et les épices. Satiné, de fraicheur fondue et avec un tanin un peu grainé, le fruit restreint s’ouvre davantage en bouche, sur la longueur avec une belle concentration. 90
Domaine la Suffrene « Les Lauves » 2003

Un univers savoureux aux nuances animales et crémeux chocolaté. Entre herbal et café, il reste sudiste. Sec, d’acidité légère, avec des tanins serrés, un peu sec, à même la texture. Il reste long, de concentration et généreux. Garde sur 8 ans. 89/90
Château Vannières 2001

Encore compact, même s’il montre un style développé encore intense, entre le confit, la cerise noire, avec beaucoup de fraîcheur aromatique. Son tanin policé s’enveloppe de chair généreuse, texturée, tout en finesse, avec beaucoup de longueur, de concentration, baroque, entre le laurier sudiste et les épices orientales. 91+
Domaine de la Vivonne 1991

Un univers développé, terrien et nuancé de café et de moka. Son fruit confit s’entremêle de tertiaire. Les tanins restent soutenus et structurés, la fraicheur tient sur une vibrance balsamique, liftée et évolutive. Long et salivant. 90/91

