Le Cru Sainte Victoire – qui eut cru cette victoire ? by Julia Scavo DipWSET

Bien la « Sainte Victoire » fût pionnière des Dénomination Géographique Complémentaire (DGC) des Côtes de Provence en 2005 et classée parmi les premières en « appellation sous- régionale » ces distinctions ne lui faisaient pas justice. Malgré que ce site spectaculaire se distingue particulièrement, cela le mettait quelque p

Le Cru Sainte Victoire – qui eut cru cette victoire ? by Julia Scavo DipWSET

Bien la « Sainte Victoire » fût pionnière des Dénomination Géographique Complémentaire (DGC) des Côtes de Provence en 2005 et classée parmi les premières en « appellation sous- régionale » ces distinctions ne lui faisaient pas justice. Malgré que ce site spectaculaire se distingue particulièrement, cela le mettait quelque part en marge du vaste territoire des Vins de Provence par la position, la situation géographique, la climatologie, la stylistique des vins et les démarches d’innovation collective. Ni la classification sous- régionale, ni même la DGC ne semblaient pas livrer les lettres de noblesse correspondant à une volonté unanime de monter en gamme. De plus, cela ne parlait pas forcement au client final.  

Cela changea le 6 février 2025, quand le comité national des appellations d’origine relatives aux vins de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) vota à l’unanimité la reconnaissance en cru de la DGC Sainte-Victoire pour l’appellation Côtes-de-Provence en rouge et rosé. Qui eut cru cette Victoire ? Derrière ce nouveau statut, « la Belle » garde une discrétion et un caché dignes des grands noms qui se préservent sous une aura de confidentialité. 

Depuis les vendanges 2025 près de 2885 ha de vignes en production sont classés Cru Sainte-Victoire pour 329 vignerons dont les adhérents des 4 caves coopératives. En termes de production, cela représente en moyenne sur les 3 dernières années (hors 2024 année de gel) : 28 000 hL de rosés, dont 20 000 hL en vrac et 8 000 hL en bouteilles ; 1 600 hL de rouges, 50/50 en vrac et bouteilles. 

Si le Cru est déjà accordé pour les Rosés et le Rouges, encore un peu de patience s’impose pour les 115 ha plantés de Blancs. L’espoir est vif car passant à une production de 5000 hl atteints en 2025, le blanc entre sérieusement en viseur. En effet, pour accéder au statut de cru il faut attester aussi d’une certaine notoriété et un volume commercial avec une vraie démarche collective dans ce sens. La notoriété s’est bâtie lors de la dernière décennie grâce à des événements comme le Rally des Vignerons de la Sainte Victoire, la présentation du millésime au Pharo à Marseille (qui signe encore un grand succès cette année, le 15 juin). 

Bien que centrés sur les Rosés et les Rouges, ces évènements valorisent le potentiel viticole de la zone dans son ensemble, surtout que le Rolle montre un réel potentiel ici. C’est la conséquence de la dualité entre solarité méridionale et la vibrance par l’altitude qui se conjuguent en fraîcheur aromatique, exotisme dans les parfums mais aussi dynamisme des agrumes, floralité et teintes calcaires, le tout dans un ensemble tonique et textural. Le chemin semble tracé pour les vins Blancs, ce qui pourrait signer encore une première : un passage en Cru potentiel sans détour par la case DGC.  

Jean-Jacques Balikian, directeur de l’Association des Vignerons de la Sainte Victoire salue ainsi 33 ans de démarches communes pour grimper au sommet de la pyramide. Car l’Association existe depuis 1992 et œuvre dans ce sens : porter le territoire et son terroir au pinacle de la reconnaissance tout en gardant son appartenance aux Côtes de Provence. De plus le nom « Cru » parle aux plus larges cercles comme nous rappelle Olivier Sumeire, propriétaire du Château Coussin et président du Cru Sainte Victoire. La réglementation prend effet à partir du millésime 2025, mais elle signifie plutôt une montée en gamme que celle des tarifs, tel que le souligne le directeur. Car la démarche collective aide aussi à maintenir une juste valeur par la mutualisation des opérations, jusqu’au transport ou l’achat des piquets pour la vigne par exemple. 

C’est un collectif soudé, dans une optique de durabilité ou les vignerons s’organisent dans deux groupes Ecophy (projets d’accompagnement de viticulteurs dans des démarches de réduction d’intrants phytosanitaires), un groupe DEPHY depuis 2012 et un groupe « 30000 » depuis 2018. Ces deux dernières réunissent les viticulteurs dans la démarche de réduction des doses et les adhérents sont déjà passé à une exception près à une politique « zéro herbicide ». Il s’ajoute aussi la démarche collective pour l’usage des amendements organiques, une gestion raisonnée de la fertilisation, des projets d’économie d’énergie.

Sur une quarantaine de vinificateurs, 37 adhèrent à l’Association et s’engagent dans une nette optique de durabilité : 18 sont certifiés AB, 3 pratiquent la Biodynamie avec un seul qui revendique une certification en la matière, 15 sont HVE tout comme tous les adhérents des 4 caves coopératives de l’association. De surcroit la Cave de Rousset et Cellier Lou Bassaquet ont une proportion non négligeable de leurs adhérents en bio, leur permettant de sortir quelques cuvées avec ce label. L’avenir semble guidé par la luminosité de la Muse de Cézanne. Il n’y a pas réellement d’exploitation centrée sur l’hydrologie régénérative mais certains se questionnent, voire entreprennent des modifications notables sur leurs parcellaires : mise en place de haies, de noues, de mare de rétention. Cependant, avec près de 75% du vignoble irrigué, la contrainte hydrique reste relativement sous contrôle. « L’autorisation d’irriguer est valable jusqu’au 1er mai de chaque année, après quoi, l’irrigation est interdite mais peut être octroyée par dérogation, sous réserve du dépôt d’un dossier technique par l’ODG, auprès de l’INAO, justifiant du besoin de lever cette interdiction. Ce dernier est généralement accepté chaque année. Pour toute parcelle irriguée, la charge autorisée à la parcelle passe de 8500 kg/ha à 6500 kg/ha. » Camille Avallone, Responsable Vignoble – Vignerons de la Sainte Victoire.

Camille Avallone explique aussi les enjeux de l’irrigation, notamment pour la production de rosés, ou elle est un réel facteur qualitatif permettant de maintenir une surface foliaire dense, propre à la production d’arômes variétaux tels que les thiols. Cette même surface foliaire permet aussi de limiter les coups de chauds par effet d’ombrage ou encore l’effet « four » – échaudage. Il faut veiller à ce que l’elle soit bien proportionnée à la charge en raisin afin de ne pas non plus favoriser trop d’évapotranspiration. Pour les rouges, c’est un peu différent car on va chercher plus de concentration dans les raisins, mais l’irrigation reste néanmoins utile pour éviter les gros coups de chauds et de dessèchement du raisin. Plusieurs parcelles sont sous observation de l’ODG pour anticiper au mieux les périodes critiques et aider les exploitations à raisonner leurs irrigations.

L’une des forces du Cru Sainte-Victoire réside dans son organisation collective. Contrairement à d’autres zones plus fragmentées, les producteurs ont su créer une véritable dynamique : mutualisation logistique, événements fédérateurs vu plus haut – source de notoriété, communication commune avec possiblement à l’avenir un logo gravé sur les bouteilles. Le Cru Sainte-Victoire n’est pas le fruit d’une stratégie individuelle, mais bien celui d’un engagement collectif sur le long terme. Entre exigence réglementaire, cohérence stylistique et ambition qualitative, il s’impose aujourd’hui comme l’une des expressions les plus abouties en la matière en Provence.Bas du formulaire

Dégustation Rosés Côtes de Provence Cru Sainte Victoire 24/04/2026 

  • Lou Bassouquet 2025 « Robe litchi. Un nez frais porté par les agrumes, presque citronné, entre pomélo et floral blanc. Une bouche délicate, au toucher de satin, tenue par une vitalité zestée, citronnée, entre épices, poivre blanc et trame de floralité, de garrigue en finale, sapide. »
  • Château L’Anticaille « Mazurka » 2025 « Robe pêche pale. Le nez de bouquet de réduction grillée s’ouvre sur un fruit discret, entre pamplemousse et note de fraise. La bouche se déroule fraiche et sapide, avec une trame d’agrumes. La texture moelleuse, lisse contraste avec la finale relevée de poivre, de jolis amers de peau de pomélo. »
  • Domaine des Diables « Hydropate » 2025 « Robe nacrée. Un nez intense de pamplemousse, buis floral et petites notes de fraise de bois en fond. Une bouche de texture lisse, flatteuse, par le soyeux, la grande vibrance, presque mentholée, poivrée. La finale s’étire sur les petits amers épicés, sur la garrigue. Sapide et de retour floral. »
  • Château Ferry Lacombe « Cascaï » 2025 « Robe rosé pomélo. Un nez délicat entre pêche de vigne et pamplemousse sur fond pierreux, aux petits baies rouges – groseille. Très texturé, avec un toucher suave en cœur de bouche, une fraicheur vive, longiligne. La bouche s’étire sur les agrumes, les zestes, le petit fruit rouge acidulé, sur le sapide, pierreux- crayeux presque. Long. » 
  • Mas de Cadenet 2025 BIO « Litchi pâle. Un nez délicat, fin par la pêche blanche et le pomélo, la chair de cerise blanche et la groseille. Une bouche lisse, sapide et soyeuse, avec un grain poudré, fraicheur aromatique, au cœur de texture ample. Finale juteuse, épicée. Long »
  • Le Loup Bleu « Croix du sud » 2025 BIO « Nacré. Discret et pierreux avec une note d’agrumes, petit fruit rouge. Une bouche ample, de texture lisse, satinée, sa fraicheur est salivante et le toucher s’imprime de zesté. Finale acidulée. »
  • Château Coussin 2025 « Robe pêche. Un nez fin et délicat, de voile pierreux, entre pêche et pomélo sur fond floral, herbal. Une bouche qui défile en ligne de droiture, citronnée, au joli filigrane de texture, finale sur les amers de zestes. Poudré, retour sur le fruit rouge, le poivre. »
  • La Grande Bauquière – Dorothée Salat « L’inattendu » 2025 Bio « Robe litchi pale. Un nez frais sur le petites baies rouges, groseille, framboise, pointe agrume. Une bouche lisse, tissée de soie, tenue par la vivacité, les agrumes, zestes, pomélo et notes de poivre, cardamome. La finale envolée, salivante, sur la framboise acidulée. »
  • Cave de Rousset « Noblesse » 2025 Robe abricot. Un nez ouvert mais peu intense entre fruit rouge, abricot et pointe de pêche. Une bouche ample, de texture grainée par le zesté, acidité fondue, fruit ouvert en finale. »
  • Domaine Sainte- Pancrace « Sélection parcellaire » 2025 BIO « Robe pêche pale. Nez discret sous voile retenu. Fraise et pêche, aromes doux, texture suave, cœur moelleux avec une note de fraicheur par les zestes, petits amers, finale poivrée, poudrée, encore restreinte. »
  • Jas Monges 2025 Bio “Robe abricot clair. Intense et expressif par son fruit, il exprime aussi le pierreux, la pêche, grenade et orange sanguine. Pointe de réglisse. Une bouche ample, de souplesse texturale avec une fraicheur suggérée par la salivation, il s’étale sur un volume souple, entre zestes et peau d’orange, grenade et garrigue. Sapide. »
  • Château des Ferrages « Mon plaisir » 2025 Bio « Robe pêche élégante. Un nez intense entre petits fruits frais, pêche, fraise et floral de pivoine. Une bouche souple, de fraicheur juteuse, une texture de soie tenue sur de petits amers. Un cœur expressif sur un volume souple. Sapidité, amers de mandarine, sur une pointe d’épice, garrigue, vibrant, long. »
  • Légion Etrangère « Esprit de Corps » 2025 Domaine Capitaine Danjou « Robe abricot pale. Un nez de type retenu entre buis en fleur et pamplemousse, pointe de framboise et bonbon. Une bouche acidulée, avec de la vivacité et finale austère, de trame légère, acidulée. »
  • Domaine Terre de Mistral « Rosalie » 2025 « Rose abricot. Nez frais entre buis, goyave et note de pamplemousse. Il articule un volume souple et round sur une fraicheur vive, sur la ligne zestée, entre poivre, petits tanins et réglisse. Long sur les baies rouges. »
  • Domaine des Artadus 2025 BIO « Robe pêche. Un nez élégant avec floral et vibrance, pointe de fruit pêche et fraise. Une bouche suave, de texture souple, acidité juteuse, éclat de fruit et cœur charnu entre pêche, fraise et nuance de pomélo sucré, sur les zestes poivré, long, sapide. »
  • Château Henri Bonneau 2025 Bio « Robe nacrée. Un nez floral, délicat, pivoine, groseille, délicat. Une bouche texturale avec une fraicheur par les aromes, le floral, la pêche, la finale est sapide, salivante en finesse, poudrée, longue. »
  • SCA Mt Sainte Victoire – les Vignerons du Mont Sainte Victoire « Paleos » 2025 « Robe pétale. Un nez retenu mais élégant entre agrumes et buis en fleur, il déroule un palais frais, pierreux, grainé, entre zestes et poivre. La finale apporte fraicheur, salivation. Long. Sapide. »
  • Gassier Cuvée du Château « Le pas du Moine » BIO « Pale litchi. Un nez expressif : pamplemousse et zeste, avec une pointe de buis, de pierre à fusil. Une bouche en fuselage sur une envolée d’agrumes, pointe florale et framboise acidulée, avec de la jutosité en finale. Framboise, groseille, grain poivrée. »
  • Château de la Galinière 2025 Bio « Robe pale litchi, rose. Un nez discret aux notes de fraise, de groseille, un peu de pamplemousse. Bouche lisse, fraiche, juteuse par ses agrumes, d’acidité élevée, texture lisse et zestée. Une finale sur le pamplemousse, pierre chaude, garrigue. » 
  • Les Vignerons de la Baou « Diva » 2025 « Robe pale litchi/ nacrée. Un nez entre pamplemousse et buis flotral, avec groseille et framboise, sur fond d’herbes aromates. Bouche longiligne, avec un acidulé fruité, salivant, croquant, petit zesté, il exprime fruit rouge et pomélo, pierre chaude. » 
  • Domaine Pichinat 2025 Bio « Robe pêche, nez lifté fin, entre cerise et groseille, avec coté fermentaire. Une bouche ample, grainée, assez souple en acidité, longueur sur le grain poudré, sapide, juteux en finale sur les lies, pêche, cerise, fraise. » 
  • Domaine des Masques 2025 « Emotion » « Robe nacrée. Un nez fin et floral, entre agrumes et zestes avec un fond de silex, poivre et groseille. Une bouche fine, en filigrane, sur le juteux des agrumes, texture lisse, satinée, de petit grain poivré et longueur rafraichissante, sur le menthol. »

Dégustation – Sélection de vins rouges Côtes de Provence Sainte-Victoire 04/05/2026

  • Le Loup Bleu – Croix de Sud 2022 « Nez mûr et expressif, mêlant prune, cassis et violette, relevé de notes de réglisse et d’olive noire. La bouche offre une texture veloutée et ample, avec une acidité modérée. Les tanins, poudrés et bien intégrés, soutiennent une finale harmonieuse marquée par la réglisse et une légère vibrance saline. »
  • Château Coussin – Famille Sumeire – « César à Sumeire » 2021 « Nez classique et complexe, sur le cassis, la mûre, avec des nuances de cuir, tabac blond et olive. En bouche, une texture poudrée, une acidité fondue et une structure portée par des tanins fermes. Finale persistante sur les amers nobles d’olive noire, rafraîchie par des notes mentholées, de laurier et de poivre. »
  • Château Coussin – Famille Sumeire – « César à Sumeire » 2022 « En ce millésime le vin semble plus marqué par l’élevage : café, torréfaction et réglisse dominent un fruit plus discret et légèrement réducteur. La bouche est ample et chaleureuse, avec une acidité modérée. La vibrance repose davantage sur des notes de garrigue, de laurier et de balsamique. Tanins enveloppés, finale généreuse. »
  • Domaine des Masques – « Exception » Syrah 2021 (IGP Méditerranée) « Nez floral par l’iris, cassis et touche de réglisse. Bouche tendue et fraîche, structurée par des tanins serrés encore légèrement dissociés. Finale épicée, prometteuse mais encore en construction. » 
  • Domaine des Masques – Exception Syrah 2022 (IGP Méditerranée) « Profil plus solaire : cassis crémeux, réglisse dominante. La bouche est ample, avec une texture crémeuse et une mâche grainée. Fraîcheur souple, finale mentholée et juteuse. Un vin généreux et accessible. »
  • Domaine des Masques – Exception Syrah 2023 (IGP Méditerranée) « Nez plus réducteur, marqué par le café, les épices boisées (cannelle, girofle). Bouche dense et suave, avec une acidité fraîche et juteuse. Tanins fermes à grain fin, légèrement chocolatés. Finale longue, mentholée, sur le cassis et le poivre. »
  • Domaine des Diables « Hydropathe » 2023 « Nez intense mêlant réglisse, café, cacao, poivre et floralité, soutenu par un boisé toasté. Bouche de soie, vibrante, aux tanins polis, de grain fin. Finale sapide sur le café, le cacao, avec un retour de cassis et de réglisse. Généreux sans excès de chaleur. »
  • Domaine des Diables « Hydropathe » 2022 « Millésime solaire : prune, cerise confite, balsamique. Bouche ample, souple, avec une acidité fondue et des tanins enrobés. Profil crémeux, presque luxueux, sur des notes de chocolat et fruits noirs mûrs. »
  • Domaine des Diables « Hydropathe » 2021 « Nez plus évolué, légèrement herbal, évoquant un profil Cabernet. Bouche lisse, fraîche et juteuse, avec un boisé fin et poudré. Notes de cacao, floral, lacté et laurier. Finale longue et équilibrée. » 
  • Domaine des Diables « Hydropathe » 2020 « Nez encore jeune, sur le pruneau, cacao, avec des touches mentholées, réglissées et de fleurs séchées. Bouche souple et ample, texture veloutée, acidité fondue. Tanins poudrés. Belle fraîcheur en finale portée par le poivre Sichuan, malgré une certaine solarité. »
  • Domaine des Diables « Hydropathe » 2019 « Nez évolué, sur le café, cacao et balsamique. Bouche structurée, avec des tanins fermes et une trame fraîche. Palette aromatique entre olive, cassis, laurier et garrigue. Finale persistante et complexe. »

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