« La fontaine de jouvence » selon le Champagne Louis Roederer

Par Julia Scavo DipWSET Jean-Baptiste Lécaillon, emblématique Chef de Caves et Vice-Président Executive du Champagne Louis Roederer annonce redonner vie à une série de Champagnes Rosés Millésimés des années 90. Lancement prévu pour l’automne 2024, l’« alchimiste » de la célèbre maison ressort les millésimes 1999 – 1998 – 1997 – 1996 – 1995 en […]

« La fontaine de jouvence » selon le Champagne Louis Roederer

Par Julia Scavo DipWSET

Jean-Baptiste Lécaillon, emblématique Chef de Caves et Vice-Président Executive du Champagne Louis Roederer annonce redonner vie à une série de Champagnes Rosés Millésimés des années 90. Lancement prévu pour l’automne 2024, l’« alchimiste » de la célèbre maison ressort les millésimes 1999 – 1998 – 1997 – 1996 – 1995 en dégorgement original.
Le Champagne Rosé a ses clichés, ses classiques, ses Cuvées Prestiges, ses originalités… Et puis il y a le Champagne Rosé selon Roederer.

Les différents modes d’élaboration du Champagne rosé en général nous font comprendre en quoi il est différent ou similaire du Blanc d’un point de vue aromatique, structural, de l’impact du terroir, du millésime, du coût de production. Généralement produit par assemblage de 8-20% de vin rouge avec une base de vin blanc (issu de raisins blancs, noirs ou les deux) ou par une courte macération des raisins rouges (appelé « saignée »), des méthodes mixtes peuvent associer macération et assemblage. La maison Roederer a fait historiquement le choix de l’« infusion ». A chacune, l’impact du terroir et du millésime est distinct et certainement distinct par rapport au pendant blanc. Pourquoi ? Et surtout pourquoi on n’en parle pas assez ?
Les années en Champagne sont soit de facture océanique, soit continentale. Les premières plaisent au Chardonnay, les autres au Pinot Noir (et Meunier). Si le Chardonnay par sa plasticité s’adapte aussi aux années continentales, il est plus difficile aux raisins noirs de donner une qualité constante en millésime océanique.

En avance sur son temps, la maison Louis Roederer a pensé son Rosé Vintage à la vigne en isolant les parcelles du Pinot Noir sur les terroirs plus « continentaux » : exposition Sud, dominante d’argile. La zone choisie est celle du vignoble de la Rivière, notamment Cumières 1er Cru à l’instar de la fameuse parcelle « les Chalmonts ». Les terroirs plus frais, sur calcaire tels à Chouilly – « Aventures », sont réservés au Chardonnay. Le procédé innovateur de l’infusion, utilisé pour le Rosé vintage depuis 1982, sublime le délicieux du Pinot Noir et souligne la fraicheur et la salinité des Chardonnays. C’est par cette dualité harmonieuse que le Rosé Vintage met en lumière les stylistiques des millésimes avec une grande fidélité. Les aromatiques sont magnifiées par la force des millésimes, dans un esprit très « vigneron » tel souligné par Jean-Baptiste Lécaillon.

La lecture des millésimes est encore plus évidente avec l’œuvre du temps long. Jean-Baptiste nous a fait la démonstration par une verticale 1999-1995 en dégorgement d’origine, selon un choix minutieux pour ce vieillissement sous bouchon. Véritable machine du temps, chaque cuvée portraitise les détails de son millésime. Cette série sortira cet automne, en voici un aperçu privilégié « en avant-première».

Le classicisme textural du 1999, l’expression juvénile, presque romantique du 1998, le savoureux minéral profond du 1997 ou l’esprit baroque et exotique du 1996 avec une immense énergie, sans oublier la jeunesse sans effort et la combinaison de structure et d’élégance sans couture du 1995. La démonstration fut complète et aux multiplies facettes, allant jusqu’à la « fontaine de jouvence » qui exhale l’esprit encore réducteur de 1979. Fraicheur de brise iodée, pain d’épices et agrumes confits, pour un palais tout en velours, d’immense umami et s’attardant sur une image de pureté de craie, saline, savoureuse.

1999 millésime des orages, où le vent et la chaleur solaire estivale triomphent enfin sur le temps pluvieux. Il y a dans ce millésime une matière et une concentration qui s’expriment de manière séductrice par la riche gourmandise. Le vin semble revenir aux sources du pouvoir réducteur avec des notes de toast et de café. Il prend vite ses aises s’ouvrant sur les agrumes confits, la tarte à l’orange sanguine et le pot-pourri épicé. Séducteur et gourmand, le palais nous accueille d’entrée dans l’univers umami. Son effervescence tissée dans la chair ravive la fraicheur aromatique stratifiée, mûre et concentrée. Ecorces d’oranges confites et une nuance d’épice toastée apportent du relief et donnent de l’allonge au vin dans un esprit salin et sapide.

1998 Année riche d’évènements climatiques alternant gel, pluie et temps chaud. Si les défis se sont enchainés, la résilience de la vigne a triomphé donnant une quantité généreuse mais d’un esprit élégant. Vibrance et maturité sans excès. 1998 inspire la fraicheur par la pureté de la craie humide. Les tonalités zestées transpercent un fin toast ponctué d’amandes grillées. Quelle vibrance, qui n’a d’égal que la soie du palais. Fraicheur qui évoque encore le juteux de la cerise avec une structure présente en finesse. Quelque chose de jovial et de délicieux avec le sérieux de la finale crayeuse.

1997 Un swing des défis entre des gelées sur un débourrement précoce et des pluies sur la floraison. L’été maussade faisait craindre le pire à cause de la pression des maladies. Août fit le moût avec un temps resplendissant menant le millésime à bon terme sous un temps ensoleillé. Le vin rappelle les années 80 dans son minéral fumé avec une magnifique autolyse encore très présente et une suggestion de fraicheur juvénile. Agrumes avec un rien d’un Riesling. Si le nez reste sur l’expectative, la bouche est toute dans la texture, comme une caresse. Marmelade et agrumes confits soutenus par une sensation minérale et zestée, un classicisme frais et racé.

1996 Après des débuts qui mettent la vigne à défi, les grappes se concentrent et subissent les caprices de l’été entre chaleurs et quelques pluies, mais dans l’ensemble la contrainte hydrique gagne terrain et apporte concentration à la fois avec des matières et des acidités. Année spectaculaire aux paramètres structuraux poussés à l’extrême dans une harmonie magistrale. Le nez s’ouvre sur un tempo baroque, où la fin toastée de sa deuxième jeunesse laisse exalter l’exotisme. Epices orientales et vibrance remarquable par le juteux de la grenade, du kumquat confit et du fruit de la passion. Un profile lumineux, un palais juteux où la tonicité n’a d’égal que la concentration de sa chair, un style type, cependant gracile, avec une finale longue sur le moka, le poivre de Timut et le zeste cristallisé.

1995 Le classicisme sans effort, une élégance sans couture avec néanmoins avec une vraie assise structurée par l’acidité veinée et soutenue par la complexité aromatique. Une année sans accidents, particulièrement vouée au Chardonnay où l’effet de quantité plus généreuse par rapport à la concentration extrême de 1996 a apporté une certaine grâce dans les vins. Le vin surprend par sa jeunesse. Sur la retenue, il nécessite un moment pour percer son voile réducteur évoquant l’iode et la coquille d’huitre et laisser exprimer vibrance et gourmandise par la compotée de pêche, le cédrat confit et la noisette grillée. Il enchante par sa texture sans couture, son élégance confortable et son juteux de cœur de bouche qui donne un dynamisme d’ensemble en finesse. Finale juvénile, en dentelle, sapide.

Informations

https://www.louis-roederer.com/fr/prehome

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