Gérard Bertrand : du terroir des Corbières à l’avant-garde du vin de lieu
C’est au cœur des Corbières, sur le domaine familial de Villemajou, que tout commence. Gérard Bertrand a 10 ans quand il fait sa première vendange aux côtés de son père, Georges Bertrand. Nous sommes en 1975, il pousse les comportes entre la chaleur de la terre et le silence des raisins. À 22 ans, il […]
C’est au cœur des Corbières, sur le domaine familial de Villemajou, que tout commence.

Gérard Bertrand a 10 ans quand il fait sa première vendange aux côtés de son père, Georges Bertrand. Nous sommes en 1975, il pousse les comportes entre la chaleur de la terre et le silence des raisins. À 22 ans, il reprend les rênes du Château de Villemajou. Ce qui aurait pu n’être qu’un héritage devient une vision.
Un pont entre les mondes À 23 ans, Gérard Bertrand fait une rencontre déterminante : Robert Mondavi, le pape californien, exemple d’un Nouveau Monde du Vieux Monde. Il lui parle d’innovation, de liberté, de création, de singularité, d’art et de vin autrement. De là, naît une ambition claire : conjuguer la tradition multi millénaires des terroirs du Sud avec la tonicité du regard international. Son approche lie musique, sculpture, architecture et biodynamie. Il tisse un dialogue sensible entre l’art et la vigne, entre spiritualité et agronomie, voulant bâtir un empire sensoriel.

Un modèle pionnier
Aujourd’hui, les chiffres de cet empire sensoriel impressionnent réellement : 17 domaines, 1263 hectares, et plus de 115 pays d’exportation. La « marque » Gérard Bertrand s’impose comme un modèle de viticulture durable et rayonnante. Depuis 2002, la biodynamie guide le brand. 1386 hectares sont aujourd’hui sanctuarisés pour préserver la biodiversité et la science en témoigne : 47 fois plus de vie y a été observée dans les sols.

Gérard Bertrand se dit produire des vins ancrés dans leur lieu, mais ouverts au monde, réfléchissant ses cuvées comme des œuvres, jusqu’aux noms et packaging.



Voici quelques cuvées emblématiques, véritables partitions sensorielles :

Domaine de l’Aigle Chardonnay – AOP Limoux – 2023
De haut de ses 700 m, ce blanc d’altitude dévoile un nez mûr et exotique, nuancé de beurre, ananas, acacia, avec une touche finement herbale et un voile toasté. Bouche vibrante et fraîche (70 % malo, pH 3,25). La structure boisée (7 mois de fût) lui donne du relief qui étire une finale longue s’attardant sur la vanille, les épices et une pointe de caramel fruité.

La Villa – Château la Sauvageonne – AOP Languedoc – 2021
Dans cet assemblage de Roussanne, Rolle, Viognier sur sol volcanique et schisteux, chaque cépage joue sa partition pour une sigma qui transcende le meilleur de chaque élément. Nez floral livrant jasmin, tilleul, notes de noisette grillée, de pralin et de miel. Bouche texturée, son architecture tient sur des amers nobles apportant de la fraicheur aromatique, un grain de structure appuyé aussi par les phénoliques de l’élevage, s’attardant sur une finale longue.

Château L’Hospitalet – AOP La Clape – 2022
Issu d’un écosystème de 1000 ha, dont 800 ha de garrigue sur calcaire il livre un nez de teinte herbale, de garrigue et de générosité guidée par la réglisse et le poivre. Le fruité est sudiste, évoquant la cerise noire. La bouche offre d’entrée une matrice solaire, avec un tanin cacaoté, grainé qui se fond dans une boule délicieuse de chair en cœur de bouche. Fruit, générosité, herbes balsamiques et concentré de réglisse sur la finale qui apporte une douce chaleur.

Cigalus – IGP Pays d’OC – Syrah, Merlot, Caladoc, Cabernet Franc, Grenache, Cabernet Sauvignon, Carignan – 2022
Un vin signature, très cabernet au nez, entre cassis et graphite son toast dévoile des senteurs balsamiques. Bouche est veloutée, mais tenue par une vraie vitalité, il reste appétant entre le fruit rouge juteux et une touche de poivre exotique. La finale se raffermit sur un toucher poudré de cacao, avec un grain qui persiste sur la finale.

Clos du Temple – AOP Languedoc Cabrières – 2023
Un rosé perlé, au nez crémeux et profond, il se pare de voile grillé, d’amande, pour laisser transpercer la pêche, la floralité et l’abricot confit. Sa bouche juteuse et savoureuse associe chair, vibrance et pointe de générosité épicée. La précision est soulignée par une salivation ample et appétante, pour finir avec du punch, poudré calcaire et une pointe de souple crémée.

Clos d’Ora – AOP Minervois La Livinière – 2021
Assemblage de Syrah, Grenache, Mourvèdre, Carignan sur faille argilo-calcaire. Un vin floral, juteux, au fruit bleuté épicé, où s’insèrent le cacao et la cannelle. Bouche veloutée, aux tanins de velours poudrés, elle reste fraîche, marquée par une architecture texturale et texturée, finale joliment grainée, sapide.

Soleilla – Vin de France – Roussanne, Rolle, Viognier – 2022
Expression délicate de jasmin, de fleur d’oranger, d’abricot confit, et de cardamome. Son voile balsamique apporte fraicheur aromatique. La bouche est saline, avec une construction de texture profonde, s’articulant sur une trame salivante et longue tenue sur des amers de peau de mandarine confite, par les phénoliques des lies. Savoureux, presque salé et par l’étirement des phénoliques et des amers de mandarine confite.

En quelques décennies, Gérard Bertrand a redéfini les contours d’une viticulture méditerranéenne. Héritier d’un savoir-faire, mais visionnaire infatigable, il a su conjuguer le sens de l’endroit, innovation, spiritualité et exigence environnementale pour bâtir un modèle unique. Bien plus qu’un vigneron, il est devenu un tisseur de
liens entre le minéral et le vivant, le local et le global, la terre et les arts pour un Sud réinventé, vibrant, résolument tourné vers l’avenir.

