BEAUMES DE VENISE ROUGE

L’autre facette d’un cru en quête de reconnaissance Historiquement associée à son célèbre Muscat vin doux naturel, l’appellation Beaumes de Venise a longtemps souffert dans l’ombre de son frère. Pourtant, les rouges produits sur 4 communes du versant Sud/Sud-Est des Dentelles de Montmirail ont progressivement gagné en qualité, jusqu’à obtenir, en 2005, leur propre reconnaissance […]

BEAUMES DE VENISE ROUGE

L’autre facette d’un cru en quête de reconnaissance

Historiquement associée à son célèbre Muscat vin doux naturel, l’appellation Beaumes de Venise a longtemps souffert dans l’ombre de son frère. Pourtant, les rouges produits sur 4 communes du versant Sud/Sud-Est des Dentelles de Montmirail ont progressivement gagné en qualité, jusqu’à obtenir, en 2005, leur propre reconnaissance en tant que Cru des Côtes du Rhône. Cependant, vingt ans plus tard, le Beaumes de Venise rouge reste paradoxalement sous-exposé sur les marchés, malgré des qualités intrinsèques, qui sur le papier, les mettraient au pied d’égalité avec des crus plus installés dans le secteur proche, comme Gigondas ou Vacqueyras.

Style et profil organoleptique : entre suavité sudiste et pointe de tension

Les rouges de Beaumes de Venise reposent sur une base classique de Grenache noir (souvent majoritaire car minimum 50% de l’encépagement), complétée par la Syrah (minimum 25% à l’encépagement), et parfois par du Mourvèdre. Le style est résolument méridional, mais avec une tension plus marquée que dans d’autres appellations voisines, en raison de l’altitude (jusqu’à 600 m) et de la géométrie pédo-climatique.

Certes, les sols sont grandement argilo-calcaires dans l’ensemble. Cependant l’aire de l’appellation couvre 600 hectares, elle s’étale sur 4 secteurs correspondant aux 4 communes de l’AOP. Le jeu d’altitudes et des expositions, les zones boisées qui s’interposent, ainsi que les origines géologiques subtilement différentes apportent une unité de nuances dans la diversité de styles des vins produits.

Les rouges de Beaumes-de-Venise sont issus de trois types de sol majeurs : les Terres du Trias, les Terres Blanches du Crétacé, les Terres Grises du Jurassique. La vinification en VDN ainsi que le cépage aromatique identitaire Muscat à petits grains apportent une unité et un standard lissant quelque part les différences sans les gommer. Les vins rouges du Cru ont tendance à offrir plus de transparence aux nuances des terroirs.

Les Terres du Trias

Les Terres du Trias ressortent en surface autour de Suzette par un phénomène de compression nommée « Diapir de Suzette » : des sols peu profonds, avec des débris de roches de natures et des couleurs variées (orangés, violacés, blancs) dont la terre fine se teinte de couleur ocre due à la présence de fer. D’une fertilité très faible, ces terres ont une grande plasticité, face à la fois au stress hydrique (se séchant en surface mais permettant perméabilité des radicelles en profondeur) mais aussi en périodes plus humide par leur drainage à travers les fissures. Ce sont des terres d’équilibre et de fraicheur.

Les Terres blanches du Crétacé

Les Terres blanches du Crétacé : sol argilo-calcaire marneux – sont spécifiques de la commune La Roque Alric. Ce terroir, cultivé essentiellement en terrasses, reçoit un maximum d’ensoleillement, ce qui convient surtout au Grenache noir pour des vins de stylistique solaire et éminemment méridionale.

Les Terres grises du Jurassique

Les Terres grises du Jurassique sont situées au Nord du village de Lafare et adossés au versant Sud-Est du massif des Dentelles de Montmirail. Ce terroir est principalement constitué de marnes noires oxfordiennes du jurassique supérieur, non consolidées et composées de limon, d’argile et de sable, suivant des rapports variables. Facilement pénétrées par les racines, elles s’altèrent rapidement. Leur caractère thermique offre homogénéité de la maturation, alors que les Dentelles de Montmirail les protègent de l’influence trop asséchante er érosive du Mistral.

Avec la montée en gamme, un nombre croissant de domaines proposent des cuvées parcellaires mettant en lumière ces terroirs. D’autres assemblent les trois pour une harmonie entre fraicheur, caractère solaire et générosité. La somme des nuances transcende chaque apport.

Les vins irradient d’une intensité aromatique solaire : fruits noirs mûrs, épices balsamiques, garrigue. La suavité sudiste s’imprègne de fraicheur aromatique, d’une forme de tension dirigée par le tanin ferme. Ce couple de vibrance et de structure confère de la finesse, elle étire les finales dans un souffle presque lifté.

Avec les millésimes de plus en plus généreux, les vignerons font des réglages de précision dans l’extraction et la maîtrise de l’élevage : éviter la surdensité ou un boisé trop marqué, compromettant la lisibilité du terroir ainsi que la finesse proclamée du Cru.

Cependant, la finesse n’enlève rien au bon potentiel de garde. Les vins méritent une attente de 3 à 5 ans pour un potentiel de vieillissement 8 à 10 ans, parfois un peu plus, même si la plupart sont encore consommés jeunes. Cette patine du temps dompte la pointe de tension, digère chaleur et ressort la vibrance en accentuant le souffle balsamique, les notes d’aromates et épices rafraichissantes comme une floralité en pot-pourri.

Pour l’amateur de tertiaire, certaines cuvées peuvent atteindre 12-15 ans de garde, proposant un univers plus carné et terrien, entre cuir, note giboyeuses et truffées, arrondissa

Terroir et viticulture : un capital à exploiter davantage

Les sols de l’appellation sont certes une réelle richesse pour nuancer les stylistiques mais proposent aussi les défis en termes d’érosion, fragilité de consolidation et carences parfois marquées en années chaudes et surtout sèches. Cependant le climat chaud mais ventilé confèrent au vignoble un potentiel de finesse dès lors que les contraintes à la vigne sont palliées.

La pente des coteaux impose une viticulture exigeante, souvent manuelle – voire héroïque. Bien que le rendement dans les textes soit de 38 hectolitres/hectare en moyenne, cela ne se vérifie pas toujours à la vigne, il descend souvent en deçà de cette barrière. S’y ajoutent aussi le nombre d’heures de dédication et la nécessité de trouver cette main d’œuvre.

La vendange est exclusivement manuelle, avec un suivi précis de la maturité et de l’état sanitaire des raisins. Dans la lignée des pratiques viticulturelles laborieuses, le désherbage chimique entre les rangs de vigne est proscrit, ainsi que les traitements spécifiques anti-botrytis.

L’appellation a ainsi connu une nette progression vers des pratiques plus durables (AB, biodynamie, HVE). Parlant durabilité notamment à travers le logo HVE3, les zones boisées ne figurent pas dans la délimitation afin de préserver le paysage, l’environnement, de favoriser les équilibres naturels et la biodiversité.

Tel mentionné plus haut il est à remarquer une approche plus fine du travail parcellaire. Les vignerons se sont rendu compte de la transparence du terroir à travers les vins du cru, peut être davantage qu’à travers la gourmandise plus immédiate du Muscat VDN.

Les vinifications se font plus douces, et des élevages plus discrets. Certaines pratiques telle la thermovinification et la flash détente sont interdites dans le cahier de charges quelque soit le niveau de certification et le logo de l’entité.

Positionnement marché : de l’invisibilité à opportunité

En reprenant point par point les atouts sus-mentionner, nous revenons au paradoxe avec lequel commence l’article. Pourquoi le Beaumes de Venise Cru est-il moins exposé sur les marchés, voire parfois à la limité de l’invisibilité ? Pour tourner cette question en faveur des efforts cumulés de quelques 100 vignerons : comment passer de l’invisibilité à l’opportunité.

Certes Gigondas, Vacqueyras ou Cairanne jouissent d’une réputation plus assise et une identité stylistique plus connue du public. Cependant le style identitaire du Beaumes de Venise Rouge : finesse, fraîcheur, intensité aromatique ne reste plus qu’à se positionner par la force de la communication collective comme une approche « cool climate du Sud », en quelque sorte. Et dans « cool climate », il y a « cool ».

Le nom de l’appellation reste associé au Muscat doux, créant un biais de perception. Sans vouloir à tout prix le dissocier de son frère plus âgé, tournons le tandem dans le sens : « vous connaissez le Muscat, maintenant découvrez le Cru ! » Comment ? En misant sur les Sommeliers qui peuvent en faire un vin de découverte dans leurs restaurants.

Avec un discours bien construit, le Beaumes de Venise rouge peut séduire par le caractère distinctif d’un cru confidentiel souvent recherché. De surcroit, si le Muscat VDN se prête à la mixologie – en apéritif, sur certaines entrées, fromages, desserts surtout voire cigares (car certains vieillissent gracieusement) – la place du plat de résistance peut être prise par le Cru.

Reste à parler du prix mais pas seulement du rapport qualité-prix. Le rapport prix plaisir vient naturellement avec cette notion de caresse sudiste, de vibrance, d’harmonie texture, structure et parfums. Le Beaumes de Venise Rouge est une promesse de séduction à un prix moyen lui aussi séducteur. Le Cru ne se révèle pas juste « convenable », il se doit « désirable » par un marketing ciblé art de vivre sudiste.

En somme, le Beaumes de Venise rouge n’est pas un « cru de repli ». Avec un travail de communication ciblé, un positionnement plus lisible, une cohérence stylistique renforcée et la montée en gamme déjà actée, il peut se positionner comme un cru alternatif et attractif, notamment pour les marchés en quête d’authenticité et de vins méditerranéens digestes et contemporains.

Le Beaumes de Venise Rouge est la promesse d’un Cru qualitatif, fortement engagé dans un style méditerranéen mais avec un équilibre de par l’altitude de l’implantation du vignoble, l’adossement des Dentelles de Montmirail ainsi que sa mosaïque des terroirs. Sa jeunesse et sa notoriété plus timide peuvent vite tourner en atout, car la confidentialité du lieu et du vin, incite et renforce son attrait futur.

De surcroit, l’ombre des voisins n’est qu’historique, le vin brille par son esprit contemporain en termes de recherche de goût, de durabilité et de positionnement sur le marché. Il tourne ainsi les défis en sa faveur, s’insère parfaitement dans le paysage gustatif aux côtés des muscats, avec aptitudes gastronomiques et promesse de garde.

Encore peu connu à l’export et même au-delà du territoire, il apporte une promesse de trésor caché et invite à la découverte.

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