Au Domaine Fondugues – Pradugues à la Ramatuelle, au-delà d’une autre lecture du rosé 

Créé il y a un peu plus d’une décennie à Ramatuelle par Stephen Roberts et son mari Laurent Nouvion, le domaine s'inscrit dans une trajectoire singulière et une dynamique qui dépassent largement la production de rosé. Le Domaine Fondugues- Pradugues constitue une réflexion globale sur le paysage, l'agriculture, l’agronomi

Au Domaine Fondugues – Pradugues à la Ramatuelle, au-delà d’une autre lecture du rosé 

Visite et dégustation au Domaine by Julia Scavo, le 20 juillet 2026

Créé il y a un peu plus d’une décennie à Ramatuelle par Stephen Roberts et son mari Laurent Nouvion, le domaine s’inscrit dans une trajectoire singulière et une dynamique qui dépassent largement la production de rosé. Le Domaine Fondugues- Pradugues constitue une réflexion globale sur le paysage, l’agriculture, l’agronomie, l’architecture et la place de la viti- viniculture contemporaine sans nier la tradition locale, mais sans cesser de la réinterpréter. Roberts, originaire du Nouveau Monde, revendique d’ailleurs cette double culture : suffisamment extérieur pour remettre certaines habitudes en question, cependant bien enraciné maintenant pour comprendre que le véritable progrès consiste parfois à retrouver des pratiques anciennes.

Cette volonté de préserver une viticulture indépendante et vertueuse irrigue aujourd’hui l’ensemble du projet. L’objectif n’est pas simplement de produire des vins de qualité, mais démontrer qu’une propriété de taille humaine peut construire une identité forte dans une région souvent dominée par les effets de marque ou de mode.

La certification biodynamique n’est pas argument de vente, ni un dogme. Elle complémente naturellement uneconduite de précision du vignoble qui révèle une attention artisanale.Les Grenaches de finesse sont conduits sur échalas tressés. Cela permet de relever leur port, créer un feuillage capable d’ombrager en même temps que d’aérer car cette conduite ne favorise pas la production des entre- cœurs. A la place l’énergie se focalise sur les grappes.Une parcelle de Syrah palissée de piquets de bois, est implantée dans un clos, évoquant davantage un jardin qu’un vignoble commercial. Pour les deux, revenir aux piquets en bois tient d’une optique d’intégration des matériaux naturels, bio- sourcés et de conservation des paysages. 

L’idée fut d’éviter l’uniformité car la nature n’est pas taillée de même partout : le chef de culture Geoffrey Courtois assisté par Romain Alaphilippe comptent ainsi offrir la réponse la plus juste à chaque parcelle. Cette approche explique également la volonté du domaine de ne jamais dépasser les vingt hectares en cas d’agrandissement, taille que Roberts considère à l’avenir comme la limite permettant de conserver une connaissance intime de chaque « îlot » de vigne.

La vision se porte désormais vers l’agriculture régénératrice, considérée comme l’étape suivante : un pas de plus. La quinzaine d’hectares d’un seul tenant constituent un terrain particulièrement favorable à cette évolution. Bordées par un ruisseau pluvial comme réserve hydrique, les parcelles bénéficient d’un véritable corridor écologique qui crée un microclimat plus frais et ventilé que dans de nombreux secteurs voisins.

Cette base naturelle est renforcée volontairement par une recherche de biodiversité via la plantation des amandiers dans les fossés, le développement spontané des figuiers, chênes et peupliers mais aussi l’implantation de ruches. Une attention permanente est prêtée à la vie des sols par l’adaptation des couverts végétaux selon les profils hydriques de chaque parcelle et chaque profil de millésime. Le travail sous le rang est adapté individuellement à chaque type de sol, parfois au cheval, parfois au tracteur, et différencié selon les textures afin de limiter le tassement. Les sols sableux, particulièrement sensibles au lessivage, demandent davantage d’interventions mais offrent, selon Roberts, les expressions les plus délicates du Grenache et du Cinsault. Les cultures couvertes plantées ici sont plutôt des radis et des céréales. 

La sélection massale participe également à une recherche identitaire et une quette de diversité génétique. Les nouvelles plantations proviennent notamment de Mourvèdre et Grenache Noir issus du Domaine Tempier à Bandol, ainsi que de Syrah sélectionnée chez Pierre Gonon, vigneron de Saint Joseph. Les massales représentent un levier de plus dans le schéma de résilience face au dérèglement climatique. 

Chez Fondugues – Pradugues, on considère qu’un chai doit disparaître dans son environnement plutôt que s’imposer à lui. Le nouveau bâtiment utilise des matériaux biosourcés, exclue les fibres synthétiques et reprend les teintes naturelles des terres environnantes. Le bois de pin dialogue avec les volumes afin que le chai apparaisse davantage comme une extension du paysage que comme une infrastructure industrielle. Cette cohérence esthétique répond également à une logique fonctionnelle. « Le chai » accueille autant les raisins que les visiteurs, mais est aussi le nom du restaurant locavore du vignoble. 

Avec Charles-Henry Sans, maître de chai depuis l’origine, le domaine a conçu une philosophie entièrement organisée autour de la vinification parcellaire. Chaque îlot est vinifié indépendamment avant que les assemblages soient décidés selon le potentiel du millésime. Cette précision se retrouve jusque sur les étiquettes où les parcelles sont systématiquement mentionnées, y compris pour les rosés, démarche encore rare en Provence. L’élevage explore une large palette de contenants : béton, jarres enterrées, œufs béton et barriques de différentes origines, sans recherche systématique de caractère boisé mais plutôt d’expression texturale. Le travail sur lies, l’absence de filtration pour certaines cuvées et la limitation des interventions permettent aux vins de développer progressivement une véritable originalité et une jolie dimension gastronomique.

Les dégustations : une identité texturale

Eau de Source 2025 — Vin de France Probablement la cuvée emblématique du domaine, assemblage dominé par le Grenache Noir (70 %), complété par le Cabernet Sauvignon (25 %) et une touche de Cinsault, ce rosé non filtré présente une définition aromatique déconcertante. La bouche surprend par sa verticalité, mais le travail sur lies apporte une densité presque tactile sans alourdir l’ensemble. La finale, saline, légèrement réglissée et pierreuse, s’étire en énergie.Le millésime 2024 montre déjà combien cette cuvée évolue favorablement, développant des notes autolytiques, iodées et de panification tout en conservant une tension particulièrement fraîche. Les millésimes 2023 et la surprise de Stephen, le 2017 confirment qu’il s’agit d’un véritable vin de fourchette capable d’accompagner une gastronomie ambitieuse.

Eau de Rosé 2025

Dominé par le Cinsault (85 %), ce vin exprime la délicatesse des sols sableux. Grenade fraîche, pêche de vigne, pollen et fleurs mellifères composent un bouquet précis. La bouche privilégie un grain délicatement poudré qui prolonge la finale.

Lys de Sable 2025

Le Vermentino majoritaire (86 %) complété de Chardonnay construit un blanc éminemment méditerranéen où la poire fraîche, la pêche blanche et l’aubépine se mêlent à une matière souple, vibrante, portée par de beaux amers d’amande.

Les rouges : L’histoire du domaine commence d’ailleurs par le rouge.

Les premiers Cabernet Sauvignon et Merlot furent vinifiés dans le garage de Stephen Roberts. Aujourd’hui, les rouges constituent probablement la facette la plus expérimentale du domaine. Le Cinsault occupe une place particulière, cépage de cœur de Stephen. 

Le Rouge d’Été 2025 démontre toute sa capacité à produire un rouge aérien, centré sur la cerise fraîche, la fleur et une extraction volontairement limitée. À l’opposé, Le Rouge d’Automne gagne en patine et confit par la force de l’assemblage multi- millésimé, mais préserve aussi fraîcheur et vibrance balsamique malgré un fruit plus compoté. Plus tapissant aussi que son pendant estival et aérien, voici un rouge de fourchette qui demande mets plus généreux et se pare des épices plus hivernales déjà : muscade et balsamique du girofle, vecteur de fraicheur aromatique. 

Equinox explore des assemblages plus atlantiques où Cabernet Sauvignon et Syrah gagnent en profondeur sans perdre la fraîcheur propre au climat de Ramatuelle. Le millésime 2021 impressionne notamment par ses notes d’eucalyptus, de laurier et de mûre sauvage, soutenues par une bouche énergique, mentholée et remarquablement tendue.

Les micro vinifications expérimentales témoignent également d’une grande liberté : des Grenache sur sables élevés en jarre, à la finesse « pinotante », Syrah du Jardin en jarre enterrée, qui n’est pas sans rappeler un cru nord rhodanien.  Sans oublier les co- fermentations Merlot-Mourvèdre, en lasagne et quasiment en grappe entière, les élevages longs sur lies ou les essais de Chardonnay/ Cinsault destinés à un futur projet de vins effervescents.

Que conclure ? Les rosés revendiquent le temps long, alors que les rouges refusent toute démonstration gratuite. La biodiversité devient un véritable outil agronomique. L’architecture participe à l’identité du vin et l’œnotourisme n’est plus un simple levier économique mais une prolongation naturelle du projet culturel. À travers cette approche transversale, Stephen Roberts défend une vision exigeante et profonde de l’identité méditerranéenne. 

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