QUAND BORDEAUX RETROUVE LA SOMMELLERIE AZURÉENNE EN PRINCIPAUTÉ
C'est à l'occasion de l'ouverture de la Commanderie de Bordeaux à Monaco le 30 mai dernier que les équipes de Vins & Gastronomie avaient été conviées à une dégustation de vins de Bordeaux en compagnie de la sommellerie niçoise et monégasque, venue en nombre. Accueillis dans le Salon des Princes de l'Automobile Club de Monaco, 14 représentants de propriétés bordelaises avaient fait le déplacement pour présenter leurs vins et participer aux festivités. Retour sur un événement qui scelle un peu plus l'ancrage de Bordeaux sur la Côte d'Azur.

Deux sommeliers de Nice en discussion avec Paloma Sénéclauze du Château Marquis de Terme ©RM
C’est quoi la Commanderie de Bordeaux à Monaco ?
Née il y a plus de 74 ans sous l’impulsion d’Henri Martin, la Commanderie de Bordeaux s’est imposée, chapitre après chapitre, comme l’un des principaux relais d’influence du Grand Conseil du Vin de Bordeaux. Là où elle s’implante, elle fonctionne comme une ambassade : elle porte le nom des grands châteaux, leur histoire et leur savoir-faire jusque dans les cercles d’amateurs et de professionnels les plus éloignés du vignoble.

S.E. Jean d’Haussonville, Commandeur d’honneur de la Commanderie de Bordeaux ©RM
C’est ce rôle que Monaco a choisi d’endosser le 30 mai dernier, en accueillant la naissance de son propre Chapitre, placé sous la présidence d’honneur de S.A.S. le Prince Albert II. La cérémonie, empreinte de solennité, a marqué l’entrée de la Principauté dans un réseau international dont l’ambition dépasse largement ses frontières : faire rayonner Bordeaux depuis le Rocher, bien au-delà du bassin méditerranéen.
Avec ce Chapitre monégasque, la Commanderie franchit un cap symbolique : elle compte désormais 110 implantations à travers le monde, et rassemble plus de 4 300 Commandeurs répartis dans plus de 30 pays. Un maillage discret mais influent, patiemment construit depuis des décennies, dans lequel Monaco vient tout juste de trouver sa place.
Opération séduction
Pour marquer cette ouverture, les Commandeurs de Monaco avait vu les choses en grand : plutôt qu’une simple cérémonie protocolaire, une véritable dégustation ouverte aux professionnels des métiers de bouche monégasques et niçois. L’idée maîtresse : montrer un Bordeaux qui a changé de visage, plus contemporain, où les blancs prennent une place grandissante et dialoguent naturellement avec les saveurs de la cuisine méditerranéenne.

Le discours de présentation du Maître de la Commanderie de Bordeaux ©RM
Le choix de Monaco comme scène n’a rien d’un hasard. Entre le Rocher et Nice se concentre l’une des clientèles les plus internationales d’Europe : palaces, tables étoilées, yachts et grands événements y attirent, toute l’année, des amateurs venus du monde entier, souvent avertis, parfois collectionneurs. Pour Bordeaux, c’est une vitrine rêvée — chaque verre servi a vocation à voyager bien au-delà de la Riviera, porté par des visiteurs de passage jusqu’à Londres, Genève, Hong Kong ou New York. Fidèle à son rôle d’ambassadrice, la Commanderie avait réuni pour l’occasion une soixantaine de sommeliers, chefs et collectionneurs venus de toute la région.

Henrique Da Costa du Château Pavie ©RM
Des échanges entre professionnels
Au-delà du protocole, la soirée a surtout tenu sa promesse d’être un vrai moment de rencontre entre gens de métier. Verre à la main, sommeliers et vignerons ont longuement discuté de la place que pourraient occuper les blancs de Bordeaux sur les cartes azuréennes, un territoire où le réflexe va presque toujours vers la Provence et ses rosés.

Julia et Bruno Scavo en pleine dégustation des vins du Château Tiphayne ©RM
Car s’il reste le fief des vins provençaux, le littoral a aussi ses poissons de roche, ses cuisines d’agrumes, d’herbes fraîches et d’huile d’olive — des accords où un blanc bordelais, vif et texturé, trouve légitimement sa place. Plusieurs sommeliers l’ont souligné dans les échanges : un blanc à dominante sauvignon ou sémillon offre souvent plus de matière et de longueur qu’un rosé, sans pour autant écraser un poisson ou un plateau de fruits de mer. De quoi, peut-être, ouvrir discrètement une nouvelle case sur les cartes des vins de la région.
Étaient présents :
– Renaud Limbosch, Château Tiphayne (Castillon)
– Damien Landouar, Château Gaby (Fronsac)
– Luc Nébout, Château du Tailhas (Pomerol)
– Angélique & Henrique Da Costa, Château Pavie (Saint-Émilion Grand Cru)
– Nicolas Paludetto, Château Cassat (Puisseguin Saint-Émilion)
– Paloma Séneclauze, Château Marquis de Terme (Margaux)
– Aymar du Vivier, Château de Malleret (Haut-Médoc)
– Charlotte & Philippe de Lur Saluces, Château de Fargues (Sauternes)
Retour de dégustation
Par Julia & Bruno Scavo
Château de Malleret 2020 – Haut-Médoc Cru Bourgeois Exceptionnel (60 % Cabernet Sauvignon, 36 % Merlot, 4 % Petit Verdot)
Le Cabernet Sauvignon imprime sa signature avec un cassis éclatant, relevé d’une fine touche végétale noble et d’un boisé discret aux nuances de cacao. Juteux et frais, le palais déploie une texture veloutée où le fruit s’entrelace avec des tanins fermes mais poudrés. Les épices, le cacao et une délicate note herbale prolongent une finale élégante. Digne voisin de La Lagune et de Cantemerle, ce vin séduit par sa finesse ainsi que par l’innovation de son élevage, associant les œufs Biophytos à un bois maîtrisé. À boire dans 6/7 ans, jusqu’à 10/15 ans. JS 92, BS 90/91.

Aymar du Vivier présentant les vins du Château Malleret ©RM
Château Magondeau « Beau Site » 2019 – Fronsac (100 % Merlot)
Un nez éclatant de cerise et de prune, ponctué d’une vraie fraîcheur aromatique et d’un boisé subtil. Les notes florales dominent, soutenues par une touche épicée. En bouche, la texture soyeuse conserve sa vibrance. Les tanins sont fermes et sérieux, avant qu’une finale généreuse, légèrement exotique et épicée, ne vienne compléter l’ensemble. 3/5 ans, jusqu’à 7/10 ans. JS 90, BS 89/90.
Château du Gazin 2020 – Canon-Fronsac (85 % Merlot, 10 % Cabernet Franc, 5 % Malbec)
Le nez, solaire, mêle un fin toasté et poudré cacaoté à un fruit qui évolue doucement vers des accents de cuir, vers un léger tertiaire. La bouche reste fraîche et juteuse, le Malbec sur calcaire apportant une tension supplémentaire et une fermeté vibrante. La matière s’étire avec élégance vers une longue finale aux notes de cacao et de fleurs, encore très juvénile. 3/5 ans et plus au vu de ses tanins. JS 90+, BS 89.
Château Gaby 2020 – Canon-Fronsac (80 % Merlot, 10 % Cabernet Franc, 10 % Cabernet Sauvignon)
Un superbe fruit bleuté, entre cassis et cerise noire, pur et juteux, accompagné d’une délicate touche crémeuse. L’élevage reste intégré, laissant le fruit s’exprimer avec naturel. La bouche est digeste, texturée, portée par des tanins fins au grain enrobé et un fruit charnu, vibrant, relevé d’une fine touche épicée. Le domaine, en conversion vers la biodynamie, poursuit un remarquable travail de recherche sur les contenants d’élevage : barriques, foudres, béton, Tava, ainsi que les amphores Vin & Terre. 4/5 à 10 ans et plus. JS 90/91.

Damien Landouar Château Gaby ©RM
Château Tiphayne Crémant de Bordeaux (100 % Muscadelle)
Une véritable rareté dans une région où les effervescents prennent progressivement leur essor. Château Tiphayne possède une longueur d’avance grâce à de longs élevages sur lies, de 10 à 12 mois, auxquels s’ajoute l’originalité d’élaborer cette cuvée exclusivement à partir de Muscadelle. Un crémant à la personnalité affirmée.

Renaud Limbosch du Château Tiphayne ©RM
Clos Lunelles 2019 – Castillon Côtes de Bordeaux (80 % Merlot, 10 % Cabernet Franc, 10 % Cabernet Sauvignon)
Une expression généreuse du merlot où le fruit mûr, cassis, cerise, s’accompagne de toast et d’une belle fraîcheur. La matière, ample et veloutée, conserve une tension bienvenue grâce à des tanins fins et une finale persistante, marquée par une élégante minéralité. 5/10 ans et au-delà de la décennie.
Château Marquis de Terme 2020 – Margaux
Crémeux à l’ouverture, il dévoile un cassis vif soutenu par des notes florales et épicées. L’élevage demeure discret et met le fruit au premier plan. Le palais est pulpeux, délicat, au toucher satiné et frais. Les tanins, encore jeunes, sont fermes et finement grainés. La finale apporte une grande netteté, avec sapidité, et un style très typé Margaux. Un vin de belle densité qui privilégie toujours l’élégance. JS 94, BS 94+.

Philippe de Lur Saluces du Château de Fargues et Paloma Sénéclauze du Château Marquis de Terme ©RM
Château Cassat – Puisseguin Saint-Émilion (100 % Merlot, élevage exclusivement en cuves béton)
Le millésime 2021 privilégie la fraîcheur avec un profil léger et aérien : cassis, cerise, soutenu au palais par une légère austérité tannique qui lui confère du relief. Salivant, il reste net et souple au toucher, avec une pointe de salinité. JS 88/89, BS 89.

Les Puisseguin-Saint-Emilion du Château Cassat ©JS
Le 2022 gagne nettement en ampleur, offrant un fruit plus mûr, une texture veloutée et des tanins plus serrés, sans perdre son équilibre. Juteux et frais dans sa générosité, il finit sapide et poudré. 5/6 ans, jusqu’à 10/15 ans. JS et BS 91+.
Le 2018 est évolutif, sur le fruit noir confit, avec un palais assoupli par le temps dans son tanin et sa fraîcheur à la fois ; il finit réglissé, sur une compotée de fruits des bois. Petite mémoire du passé, d’un millésime exigeant.
Château du Tailhas 2020 – Pomerol (80 % Merlot, 20 % Cabernet Franc)
Le nez donne immédiatement le ton avec un fruit juteux, concentré de cassis, cerise, porté par une belle envolée florale. Le boisé, délicatement poudré, accompagne une cerise charnue sans jamais la dominer. En bouche, la texture est satinée, salivante, soutenue par des tanins fermes au grain fin et une discrète touche toastée. Le cacao s’exprime en finale avant que le fruit ne reprenne toute sa place. 5/6 ans, jusqu’à 10-20 ans.

Pomerol 2020 du Château du Tailhas ©JS
Château de Fargues 2018 – Sauternes
Le bouquet s’ouvre sur un botrytis noble parfaitement intégré, accompagné de notes délicatement rôties, d’abricot confit, de toast fin et d’amande grillée. Un profil complexe où l’évolution aromatique apporte profondeur et caractère sans masquer la finesse de l’ensemble. Le palais est ample et velouté, charnu, ponctué dans son fruit rôti par une touche de vanille. Digeste, élégant, de longue finale en finesse. Potentiel de garde de 30 ans et plus. JS et BS 96.

Château de Fargues 2018 ©JS
Julia & Bruno Scavo
Raphaël Maillet
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.


