Pascal Poot, et si les légumes pouvaient pousser sans arrosage ?

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A 53 ans, Pascal Poot vend les semences qu’il obtient sur la terre qu’il cultive. Des semences et des légumes qui poussent en abondance. Toutes ces plantes poussent sans arrosage, sans pesticides et sans engrais. Après avoir planté les graines qu’il a lui même récolté, il dépose ses jardinières sur un tas de fumier qui augmentera la chaleur de la serre et permettra la germination des graines.
Nous l’avons contacté afin qu’il nous explique le développement de sa culture et l’avancée qu’elle représente pour la biologie.

Léandre MAGE: Vous cultivez notamment des tomates, un aliment composé en grande partie d’eau comment expliquez-vous le fait qu’elles ne sèchent pas si vous ne les arrosez pas ?

Pascal POOT: Tout simplement prenons l’exemple des pastèques que l’on appelle aussi melons d’eau, beaucoup de gens n’arrivent pas à les cultiver car ils les arrosent trop. Elles sont originaires des bords du Sahara et ses graines sont transportés par les animaux et les humains qui l a consomment. Le résultat est donc le suivant : plus le lieu est sec, plus il y a de chances que les fruits soient pleins d’eau.

L.M: Cette technique peut-elle être utilisée à n’importe quel endroit du globe ?

P.P: Oui, ce que je fais, on peut le faire n’importe où !

L.M: Peut-on donc imaginer des champs entiers de légumes sur des terres arides comme la Somalie, un pays touché par la sécheresse et la famine ?

P.P: Sûrement … Je n’ai jamais été en Somalie mais il y a beaucoup de chances que ce soit possible. En tout cas ce qui est sûr c’est que les plantes ne sont pas arrosées depuis très longtemps et que j’arrive à les cultiver comme cela. Il y a beaucoup de clients qui me font des retours. Il y a 10 ans, je vendais mes plants sur le marché à côté de chez moi, un des coins les plus arides de France. Des clients m’ont raconté qu’ils avaient acheté des plants normaux sur le marché et qu’ils m’en avaient également acheté. Quand ils sont partis en vacances tout le mois d’août et qu’ils sont revenus, il ne restait que les miennes, les autres étaient secs.

L.M: Comment expliquez-vous être le seul à utiliser ce mode de culture méconnu dans le monde ?

P.P: Ce mode de culture n’est pas si méconnu, dans le monde des chercheurs notamment. Et on parle pas mal de ce que je fais depuis quelque temps. Ce n’est pas répandu car ce n’est pas certain que d’autres personnes réussissent aussi bien que je l’ai fait, et personne n’y a pensé avant moi. C’est à la fois assez difficile mais tellement simple que personne ne l’a vu. Les humains ont une sorte de façon de faire qui est : « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ». Les choses les plus évidentes, personne ne les voit. C’est le même problème pour les plantes médicinales, les gens prennent des plantes de Colombie, du Pérou, d’Argentine mais ça ne leur vient pas à la tête d’utiliser les plantes qui poussent devant leur maison et qui sont souvent plus intéressantes.

L.M: Êtes-vous en guerre contre les producteurs qui utilisent des pesticides ? Les industries agro-alimentaires ne sont-elles pas trop puissantes pour tenter de s’y opposer ?

P.P: Je suis contre les guerres. Je fais ce que j’ai à faire et dans la mesure ou cela fonctionne, ça intéresse les agriculteurs et les voisins.
Il y a des intérêts financiers énormes dans la vente de pesticides. Ceux qui fabriquent les pesticides fabriquent aussi les semences et sont propriétaires des industries pharmaceutiques. Ils font expressément des semences qui sont fragiles, maladives et qui ont besoin d’engrais et de pesticides. Une fois qu’ils ont empoisonné tout le monde, ils vendent leurs médicaments !
J’ai des voisins viticulteurs qui mettent des tas de produits chimiques dans leur vigne, ils aimeraient bien se mettre en bio et sont bien conscients qu’ils s’empoisonnent. Le problème c’est qu’ils ont peur de perdre les récoltes. Il n’y a personne pour les conseiller. En France, en agriculture comme en cuisine, les gens veulent des recettes toutes faites !

L.M: Qu’en pensent vos enfants, sont-ils prêts reprendre votre exploitation ?

P.P: Mes 4 filles sont encore un peu petites. La plus grande n’a que 9 ans mais ça l’intéresse énormément !

L.M: Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

P.P: C’est difficile de répondre, je suis très content actuellement. Je ne m’attends à rien, ce qui m’intéresse c’est juste de m’occuper de mes plantes et de ma famille. J’ai des idées pour développer plus de recherches, former et embaucher des salariés mais c’est tout.

http://www.lepotagerdesante.com/