Jack Daniel’s, la légende du Tennessee / Reportage de notre envoyée spéciale Marie-José Colombani

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Le Tennessee, c’est le « deep south », ce Sud profond de l’Amérique rendu célèbre dans le monde entier par son emblématique musique country « made in Nashville », et tout aussi emblématique par le fameux Jack Daniel’s, le whiskey -avec un « e » pour le différencier du breuvage de l’Ancien monde- distillé dans le petit bourg voisin de Lynchburg.

CI-DESSOUS EN PHOTO : le General Store toujours en activité à Lynchburg, où vous trouverez tous les produits estampillés du whiskey le plus vendu dans le monde Jack Daniel’s : savon, biscuits, tee-shirts, pots de confiture, casquettes, chaussures, crayons, torchons, coussins…

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Dans un paysage verdoyant de collines, la distillerie inscrite au Patrimoine national occupe aujourd’hui un vallon ombreux du comté de Moore. On accède à la maison d’origine par un petit pont de bois posé sur une minuscule rivière, celle là même découverte pure et fraîche si propice à son whiskey par Jack Daniel dont la statue exposée aujourd’hui (voir photo) le représente à l’aune de sa taille réelle, c’est à dire très petite : environ un mètre cinquante pour ce grand homme qui a toujours vu « loin et grand ».

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Pari tenu avec les 100 millions de bouteilles vendues aujourd’hui dans le monde ! La firme déploie désormais un gigantesque parking pour les quelque 500.000 visiteurs qui y viennent chaque année. La petite histoire (qui fait les grandes) raconte que l’orphelin Jack Daniel racheta ses alambics au pasteur luthérien qui l’avait recueilli. En effet, ce dernier étant placé devant le choix cornélien de cesser une distillation coupable ou d’être exclu de l’église, préféra partir prêcher… la tempérance, non sans avoir auparavant révélé les secrets de la part des anges à son protégé. Ayant anticipé avant les autres que la guerre de Sécession et la défaite du Sud sonnerait le glas de la distillation domestique, le jeune homme fût le premier à acquitter des taxes et à identifier les bouteilles en inscrivant son nom sur les étiquettes. Et ainsi dès 1866 (ou 1875, c’est selon, mais le flou entretient la légende!) la « Jack Daniel’s » devînt la première distillerie officiellement déclarée des Etats Unis.

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Aujourd’hui, à deux pas, dans le joli cimetière fleuri de Lynchburg, deux chaises de fer forgé trônent sur la tombe du génial précurseur… On peut s’y assoir pour un brin de causette : l’homme qui, sa vie durant, n’a cessé de travailler, a désormais l’éternité pour écouter! Le temps, c’est d’ailleurs l’image de marque de Jack Daniel’s. Les ouvriers placides en salopettes qui surveillent le vieillissement dans les fûts de chêne neufs noircis semblent en avoir à revendre, tout comme ceux qui, en plein air, arrosent patiemment le brasier de bois d’érable qui va donner le charbon produit sur place. Une des caractéristiques essentielles, car, avant d’être à l’abri d’immenses chais quatre années durant en fûts de chêne à l’intérieur soigneusement passé à la flamme, c’est bien au travers d’une épaisseur de trois mètres de ce charbon maison que l’on filtre ce « sour mash whiskey », l’Old n°7. Goutte à goutte, longuement, des jours et des jours, le breuvage traverse cette épaisseur qui le nourrit. Une élaboration particulièrement lente et coûteuse : le charbon changé tous les six mois coûte mille dollars par cuve, soit près d’un million de dollars l’an. C’est cependant le prix à payer pour obtenir ces nuances vanillées et boisées, l’arôme légèrement fruité et cette rondeur moelleuse pointée de notes caramélisées à la suavité inimitable si typique.

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Ce filtrage le différencie profondément d’un simple Bourbon (terme légalement réservé au Kentucky) qui, comme lui élaboré majoritairement à base de maïs, est distillé à moins de 80% et vieilli au moins deux ans en fûts de chêne neufs à l’intérieur brûlé. Ni distillé ni vieilli en Ecosse, ce n’est pas non plus un Scotch Whisky -sans « e » ici. La distillerie de Lynchburg en a d’ailleurs fait fièrement sa devise. « It’s not Scotch, it’s not Bourbon. It’s Jack! » tout simplement… Lors de la visite de la distillerie, estampillées du chiffre fétiche 7 sur l’étiquette blanche et noire, les célèbres bouteilles carrées défilent sous surveillance automatisée avant d’être mises en caisses. Autrefois, les femmes du bourg travaillaient ici aux tâches de manutention faisant de Monsieur Jack un des pionniers de la cause féministe. Il aimait, dit-on, leurs bavardages lors des embouteillages…R_Lynchburg_4WorkersWalking_Truck

Aujourd’hui si le nombre d’ouvrières a peu à peu diminué, le processus n’a pas changé : le temps au temps, 80% de maïs jaune, 12% d’orge maltée et 8% de seigle pour la bouteille fondatrice à la saveur riche et à la fin de bouche légère. Il faut attendre 1988 pour que naisse Gentleman Jack, filtré deux fois, avant et après maturation sur charbon de bois. Un procédé, pour plus de subtilité et de moelleux, que Jack Daniel avait lui-même essayé et dont ses successeurs ont repris l’idée. Ce produit n’a été commercialisé en France que vingt ans plus tard. Son profil aromatique se prête parfaitement à la mixologie mais il se déguste aussi sec ou sur glace.

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Le Single Barrel, lui, est né en 1997. Le Master Distiller a choisi soigneusement les fûts placés ensuite sur les étages les plus élevés des chais, là où les variations de température sont les plus intenses. Ces emplacements privilégiés qui assurent un échange optimal entre le chêne des fûts et le whiskey permettent ainsi de développer des notes particulièrement parfumées. Après maturation, sans être assemblé avec du whiskey provenant d’autres fûts, le whiskey est mis en bouteille rendant ainsi le goût de chaque Single Barrel différent d’un fût à l’autre. Chaque bouteille, issue d’un seul et même de ces fûts, est étiquetée à la main, marquée du numéro du fût d’origine et de la date d’embouteillage. En nez, chêne et vanille prédominent tandis que la couleur décline un camaieu ambré profond lié aux différences de bois de chêne utilisés pour le parfaire. Un whiskey de caractère, riche et élégant à 45° avec des saveurs de vanille et de caramel dont les bouteilles, chacune issue d’un seul et même fût, auront de subtiles différences de nez, de couleur et de saveur.

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Pour compléter la lignée des Tennessee Whiskeys Jack Daniel’s, le Honey signe la 4e référence de cette épopée. Cette liqueur composée de quatre miels titrant à 35° infusés dans l’Old N°7 avec des extraits d’érable et de châtaigne, est conçu pour être bu frappé ou en shot par un public jeune ou encore novice en subtilités alcooliques ! Flirtant avec la tendance, même si ce n’est ni du scotch ni du bourbon… ni même du whiskey comme le précise Jeff Arnett, le 7e maître distilleur de la marque : « un whisky ne peut contenir plus de 2,5% d’ingrédients autres que des céréales, comme le maïs ou l’orge maltée ».

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Le mystère du numéro 7 et du coffre funeste…

Certains disent que c’était la 7e recette d’oncle Jack, d’autres disent que c’était là son chiffre porte bonheur… Une rumeur laisse entendre que ce bourreau des cœurs -mais éternel célibataire- ait donné ce numéro en rapport avec le nombre de ses fiancées. On dit encore que Mr Jack avait 7 ans lorsqu’il fit sa première rencontre avec le whiskey.  Le secret est dans la tombe… Une chose est sûre, il n’y aura jamais de numéro 8 !

Uncle Jack comme l’aiment à l’appeler les Américains, avait, inversement à sa taille (environ un mètre cinquante)un sacré tempérament, tant et si bien qu’il en est mort! Lors de la visite de la distillerie, on découvre un vieux coffre dans le bureau du maître des lieux. Un coffre funeste puisque n’arrivant pas à l’ouvrir et en s’acharnant contre lui d’un coup de pied vengeur que Jack Daniel se brisa l’orteil et mourut de gangrène cinq ans plus tard. A ce jour, le coffre reste inviolé !

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Un conté encore « Dry » d’où est parti une notoriété inégalée

Alors que les restrictions liées à la Prohibition sont levées depuis 1933 sur l’essentiel du territoire américain, la région de Moore, où trône la distillerie la plus visitée d’Amérique, est encore aujourd’hui un conté « Dry », c’est à dire qu’ici s’applique toujours en partie les lois de la Prohibition ! L’alcool peut y être produit et transporté, mais pas vendu ailleurs qu’en magasin et l’on ne peut consommer d’alcool dans les bars, les restaurants et autres lieux publics. A la boutique de la distillerie, on ne peut donc acheter que les bouteilles vides des éditions collector… Hypocrisie « yankees », on ne paye que la bouteille de Jack Daniel et en remerciement de votre visite, on vous offre le whiskey contenu à l’intérieur !

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Alors que cet Old n°7 n’aurait pu connaître qu’un succès local, il a pourtant conquis la planète… Comment ? Mystère ! Grâce sans doute au savoir-faire et au faire-savoir de son créateur et de ses successeurs. Aujourd’hui propriété du groupe américain Brown Forman, Jack Daniel’s est distribué depuis janvier 2014 par sa filiale en France. Cependant, comment un breuvage si doux et si suave a-t-il pu incarner sur fond de banjo nostalgique et de musique country l’image de l’Amérique, celle du Far West héroïque et des pionniers virils, une boisson d’hommes… Et qu’aujourd’hui, elle continue plus que jamais de s’attacher à l’auréole sulfureuse des bads boys, du rock, des durs… « Jack est un train fou qui ne stoppe qu’aux arrêts Nashville, Prison et Enfer ». Chez Uncle Jack, les bouteilles commémoratives interprètent chaque moment important du monde ou illustrent les phénomènes de mode qui se fêtent par un flacon en édition limitée. En cela, Jack Daniel’s suit l’histoire, ce dont les collectionneurs avertis raffolent !  Dernière déclinaison : Jack Daniel’s Single Barrel en carafe numérotée pour les fêtes de fin d’années.

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