Confessions Gourmandes : Jean Pierre MOCKY

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Les confessions gourmandes de Jean-Pierre Mocky par Paul Wermus

« Coupe ton nom et tu voleras plus haut »… Suivant les conseils d’une voyante, le jeune Mokiejewski est devenu Jean-Pierre Mocky. Né à Nice, voici 81 ans, Mocky exercera toutes sortes de petits métiers pour gagner sa vie. Entre ses études de droit et de médecine, il sera un temps chauffeur de taxi. Remarqué par Pierre Fresnay, ce dernier l’engage au Théâtre de la Madeleine. Puis, Mocky entre au Conservatoire de Paris pour suivre les cours de Louis Jouvet. Acteur avant d’être cinéaste, il sera à l’affiche d’« Orphée » de Cocteau, « La tête contre les murs » de Franju. Assistant de Fellini puis de Visconti, il décide de se lancer dans la réalisation. A son palmarès, 100 films dont « Les dragueurs », « La grande lessive », « Le miraculé », « A mort l’arbitre »… Il fera tourner les plus prestigieux acteurs : Deneuve, Bourvil, Serrault. Homme-orchestre, producteur, distributeur, grande gueule au grand cœur, ardent défenseur du cinéma populaire il reste un cinéaste hors-norme. Ce réalisateur, philosophe à ses heures, a toujours évité les excès : il apprécie la cuisine bio et les épices. Jean-Pierre Mocky passe à table.

Paul Wermus : Êtes vous un vrai gourmet ?

Jean-Pierre Mocky : La monotonie en cuisine me rappelle la monotonie en amour. J’évite le steak frites quotidien.

P.W : Vos premiers souvenirs gourmands ?

J-P. M : Originaire de Nice, ma mère me préparait souvent la traditionnelle salade niçoise, mais surtout la pissaladière plus goûteuse que la pizza, sans oublier ses fameux beignets de courgettes et de sardines.

P.W : Ado, vous avez vécu dans une maison de pêcheurs sur l’Ile de Groix en Bretagne ?

J-P. M : Le garage était rempli de casiers. Je suis spécialisé dans la pêche aux homards. A cette époque, j’étais végétarien, je ne me nourrissais que de fruits de mer, j’excellais aussi dans la pêche à la crevette bouquet. De mon adolescence, j’ai surtout gardé le souvenir des crêpes et des huîtres.

P.W : Vous semblez surtout attiré sur la cuisine d’ailleurs ?

J-P. M : Je me régale d’agneau Punjabi dans les restos indiens ou de la marmite de fruits de mer que je déguste dans un restaurant chinois de la rue Soufflot : « Le Palais du Tonkin », sans oublier le canard laqué et les rouleaux de printemps frais du jour, les soupes de crabes.

P.W : Cuisinez-vous ?

J-P. M : Je n’ai qu’une spécialité : le bobun ! Un plat que j’ai découvert à Shanghai. C’est tout simple : vous jetez dans le wok de la sauce de soja, des vermicelles et des lamelles de bœuf. En 5 minutes, c’est prêt.

P.W : Êtes-vous très varié dans vos goûts culinaires ?

J-P. M : C’est comme pour les femmes ! Dans ma vie, j’en ai eu des noires, des jaunes, des indiennes. Et bien dans ma nourriture quotidienne, je suis aussi éclectique : un jour c’est le couscous, un autre jour les « pojarski ».

P.W : Avez-vous un lieu de prédilection ?

J-P. M : Je fréquente régulièrement un restaurant tibétain, rue de la Montagne Sainte-Geneviève, tout spécialement pour ses beignets de légumes servis dans des crêpes de blé, un plat qui me rappelle les bricks tunisiennes.

P.W : Vous êtes un habitué des brasseries ?

J-P. M : J’aime bien les établissements de Maître Kanter, « l’Alsace » sur les Champs-Elysées, j’y vais habituellement pour la traditionnelle choucroute ou le pot au feu.

P.W : Suivez-vous des régimes ?

J-P. M : Je jeûne un jour par mois. Tout comme il m’arrive d’être végétarien les sept jours de la semaine ! Ca n’est pas cinq fruits et légumes que je consomme quotidiennement, mais une bonne dizaine et tout particulièrement le brocolis et le chou. Enfin j’évite systématiquement les graisses, c’est pourquoi je n’ai pas de cholestérol.

P.W : A table, vous êtes du genre raisonnable ?

J-P. M : Jamais d’excès, je me porte à merveille. Surtout quand je vois mes camarades, Robert Hossein et Roger Hanin, qui ont du mal à marcher.

P.W : Quels sont les bistrots que vous fréquentez ?

J-P. M : Je vais comme tout le monde « Chez Lipp », pour son céleri rémoulade, chez « Bofinger » à la Bastille pour ses poissons, chez « Sébillon » (Porte Maillot) pour son gigot à volonté, au « Dôme » à Montparnasse pour les seiches à l’encre noire ou bien encore « La Closerie » pour la gentillesse du personnel, dans les établissements des frères Costes : on y va pour voir et être vu.

P.W : Que faut-il ne jamais vous servir ?

J-P. M : Je déteste le maquereau, peut-être parce que je l’ai été un peu dans ma jeunesse ! J’ai horreur des harengs, des abats, des tripes et pourtant j’adore l’andouillette.

P.W : Vous déjeunez souvent avec votre camarade Depardieu ?

J-P. M :  Tout récemment pour célébrer la fin d’un tournage, nous sommes allés chez « Girardeau » à Saumur : Gérard a commandé une tête de veau et quatre pieds de cochon. Pas étonnant qu’il pèse 170 kilos !

P.W : Quelles sont vos adresses de luxe préférées ?

J-P. M : Le « Voltaire » sur les quais (c’est franchement trop cher), Jacques Cagna pour ses fricassées de champignons.

P.W : Où faut-il surtout ne jamais vous inviter ?

J-P. M : Dans tous ces restaurants qui vous proposent de la cuisine contemporaine, style un fagot de haricots accompagné d’un mini médaillon de veau, c’est franchement n’importe quoi. Enfin, vous ne me verrez jamais dans les restaurants étoilés, fréquentés surtout par les touristes étrangers, je pense à « La Tour d’Argent » et à « Maxim’s ».

P.W : On vous aperçoit souvent dans les restaurants de Depardieu ?

J-P. M : Récemment encore, j’étais dans un de ses établissements « Le Bien Arrivé » (rue du Cherche Midi) : la côte de bœuf est tellement copieuse qu’elle fait le bonheur de mon chien. Ou bien encore « La Fontaine Gaillon » (place Gaillon) où je commande toujours le merlan Colbert.

P.W : Qu’est ce qui vous insupporte à table ?

J-P. M : Le cérémonial et le chiqué des grandes maisons et tous ces maîtres d’hôtel qui tournent autour de vous.

P.W : Quels sont les vins que vous appréciez tout particulièrement ?

J-P. M : Les vins d’Alsace, du Rhin, et le Picpoul, un blanc du Languedoc, meilleur et moins cher que le Bandol. Quant à mon vin quotidien, c’est le Corbières.

P.W : Vous êtes sur une île déserte, choisissez trois produits…

J-P. M :  Un crabe, des pâtes fraîches et de l’huile d’olive.

P.W : Avez-vous une passion inavouée ?

J-P. M : Je raffole des champignons. Une poêlée de giroles ou de cèpes c’est comme une balade en forêt !

P.W : Où emmenez-vous une femme que vous souhaitez séduire ?

J-P. M : C’est tout simple… Je l’invite dans un restaurant qui sert des plats très épicés à base de gingembre.

P.W : Vos projets professionnels ?

J-P. M : Je viens d’achever « Les compagnons de la pomponnette », un film un peu olé olé sur l’échangisme et j’ai tourné une série de nouvelles de Chekoff pour France2 avec Gérard Depardieu, Pierre Richard et Jean-Paul Belmondo dont c’est le retour à la télé.

P.W : Vous avez une devise ?

J-P. M : Comme disait Churchill : « aller d’échec en échec avec enthousiasme ».