Confessions Gourmandes : Eric BRUNET

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Confessions gourmandes de Eric Brunet par Paul Wermus

Animateur, chroniqueur, essayiste, Eric Brunet est désormais l’une des voix emblématique de RMC. Ce polémiste anime le premier talk-show d’opinion, chaque jour, les auditeurs votent pour ou contre lui. Ce journaliste singulier atypique et sans concession a renoncé à sa carte de presse. Débatteur sur BMF TV, auteur d’ouvrages qui dérangent parmi ceux-ci « Dans la tête d’un réac », « Pourquoi Sarkozy va gagner », « Etre riche un tabou français ». Voilà qu’il risque une fois encore de susciter polémiques et controverses en publiant « Joseph Darnand, un monstre à la française ». Brunet n’a pas oublié ses origines gasconnes, ce gourmet trouve toujours les thèmes de ses ouvrages et de ses émissions autour d’une bonne table, de préférence devant un cassoulet et une bouteille de Cahors…

Paul Wermus : Quels sont vos premiers souvenirs gourmands ?

Eric Brunet : Grâce à la lotte à l’armoricaine que me préparait ma mère, j’ai appris à savourer la chair souple et charnue de ce poisson. Autre jubilation gastronomique : la cervelle poêlée aux câpres. Quand je pense que ce plat fut le martyr de toute une génération ! Quant à mon père, chaque samedi, il nous préparait un steak tartare de cheval, il nous disait toujours « cette viande crue est revigorante et fouette le sang ».

P.W. : Et lorsque vous étiez étudiant à l’Ecole de Journalisme à Tours ?

E.B. : Je ne supportais pas la cantine universitaire. Très jeune, j’ai fréquenté avec assiduité les petits bistrots, une façon de séduire mes copines de l’époque !

P.W. : Vos plats préférés ?

E.B. : Le hareng pomme à l’huile, la queue de bœuf, le gigot en croûte et encore toutes les charcuteries (corse, espagnole… ) avec une passion pour les gratons que l’on appelle les « chichons » dans le Sud-Ouest ,sans oublier les pieds paquets.

P.W. : Vous avez des luxes ?

E.B. : J’adore le bœuf de Kobe brassé à la bière. Cette viande japonaise est tellement tendre qu’on la déguste avec une fourchette.

P.W. : Comment s’explique votre goût prononcé pour la charcuterie ?

E.B. : Chaque année, mon père faisait tuer le plus beau cochon à la ferme de mes grands parents et pendant deux jours, le boucher s’affairait pour le transformer en boudin, jambon, côtelettes…

P.W. :  Que détestez-vous vraiment ?

E.B. : J’ai toujours du mal avec la betterave. J’apprécie de moins en moins ce que j’appelle les saveurs faciles comme les frites, ou le gâteau au chocolat. Je suis à la recherche de saveurs qui réveillent mon palais.

P.W. : Quelles sont vos adresses de prédilection ?

E.B. : « Chez Simone » à Montréal du Gers pour son cassoulet et ses crus du Sud-Ouest, une grande table à 30 euros. Je vous conseille « Crouzil » à Plancoet dans les Côtes d’Armor pour son lièvre à la royale et j’ose aller à Paris à l’heure du déjeuner chez Hélène Darroze où vous vous en sortez pour 35 euros. Ce chef, une virtuose, a su moderniser et sublimer les spécialités du Périgord. Il faut goûter son chapon de Saint Sever dans les Landes. Une fois par an, elle convoque à la fois ses meilleurs clients et ses fournisseurs pour faire le point.

P.W. : Vous avez une cantine de luxe ?

E.B. :  Je suis un habitué  d’« Apicius » rue d’Artois. Le chef Jean-Pierre Vigato est un artiste. Je suis un inconditionnel de ses huîtres en gelée. J’adore Michel Rostang, un vrai chef de province au bon sens du terme qui officie à Paris. Il faut goûter ses tartines de pain Poilane grillée à la truffe noire.

P.W. :  Vous avez des rendez-vous incontournables ?

E.B. : Michel Chabran à Pont d’Isère à côté de Valence dans la Drôme. Il vous propose en saison « la chasse du jour », sa cuisine est bourgeoise et au beurre dans la grande tradition française, sa fricassée de petits oiseaux vaut le détour, malgré les sollicitations ce chef a toujours refusé de s’installer à Paris, Tokyo ou New York. Michel a créé chez lui le premier « drive in étoilé » : baissez la vitre de votre voiture et vous dégustez un plateau-repas haut de gamme. 

P.W. : Où allez-vous pour vos déjeuners d’affaires ?

E.B. : Chez « Dessirier », une des adresses de Michel Rostang, place du 18 juin à Paris, pour ses fruits de mer et sa sole.

P.W. : Il paraît que vous avez un rituel ?

E.B. : Chaque semaine je déjeune seul chez Lipp. Certes le personnel comme la clientèle a changé, mais j’y vais à la fois par habitude et par nostalgie.

P.W. : Êtes-vous un client difficile ?

E.B. : Je ne supporte pas d’attendre, tout comme je ne supporte pas les cartes qui proposent toujours les mêmes plats comme la salade César.

P.W. : Et si vous aviez un coup de gueule ?

E.B. : Ne me parlez pas de la cuisine sous vide, beaucoup de  professionnels de la restauration sont devenus des chefs d’entreprise et ne savent plus cuisiner. La grande majorité des restaurants en France ne sont plus à la hauteur. Jadis on pouvait s’arrêter au hasard dans un bistrot, on était toujours satisfait et heureux, ça n’est plus le cas aujourd’hui ! En revanche, on a de bonnes surprises en Allemagne ou en Espagne.

P.W. : Vous êtes sur une île déserte, qu’emportez-vous ?

E.B. : Un vieux comté, une miche de pain de campagne, un saumon fumé et un vin.

P.W. : Quels sont vos vins préférés ?

E.B. : Je suis un inconditionnel des Châteauneuf-du-Pape de chez Rayas, j’ai une passion pour les Hermitage de Jean-Louis Chave. Et pour moi le plus grand vin du monde est un Saumur-Champigny « le Clos Rougeard ».

P.W. : La cuisine étrangère peut vous séduire ?

E.B. : J’ai un faible pour la cuisine asiatique et pour la cuisine juive d’Europe centrale que l’on trouve dans les « delicatessen » de New York.

P.W. : Qu’est-ce qui vous désole ?

E.B. : Aujourd’hui, la véritable cuisine créative, imaginative et inspirée, on la trouve en Espagne ou à Londres.

P.W. : Quel est votre plus grande découverte culinaire ?

E.B. : Je suis bluffé par le « Noma » à Copenhague, son chef René Redzepin est un autodidacte, fils de femme de ménage et il propose une gastronomie transgressive capable de vous faire déguster des crevettes vivantes. Cet établissement 3 étoiles a été élu « Meilleur Restaurant du Monde ».

P.W. : Savez-vous cuisiner ?

E.B. : Je ne sais faire qu’un seul plat : le veau Orloff. Et mon épouse qui est beaucoup plus douée que moi concocte comme personne le gigot de 7 heures.

P.W. : Suivez vous des régimes ?

E.B. : Après un repas un peu trop lourd et une peu arrosé j’ai pour habitude de courir dès le lendemain.

P.W. : Vous voulez nous faire part de votre découverte ?

E.B. : C’est un fromage de Savoie particulièrement goûteux, une appellation agricole : le bleu de Termignon.

P.W. : Vous venez de publier un livre sur Joseph Darnand… drôle d’idée ?

E.B. : Je dresse le portrait très controversé d’un homme et du romancier qui retrace le parcours d’un héros de la première guerre mondiale qui traitera en 1940 allégeance à Hitler et qui devint chef de la milice.

P.W. : Quels reproches feriez-vous à la gastronomie française ?

E.B. : On a trop tendance à s’endormir sur nos lauriers !

P.W. : Vous avez déjà réfléchi à votre prochain livre ?

E.B. : Il raconte la vie de Raoul Vilain, l’homme qui tua Jaurès au Café du Croissant et qui pourtant fut gracié !

P.W. : Vous avez publié en 2012 « Pourquoi Sarkosy va gagner », a-t-il une chance en 2017 ?

E.B. : Je ne veux pas lui porter malheur mais il a de bonnes chances de retrouver l’Elysée dans deux ans !

P.W. : Vous avez une devise ?

E.B. : Je préfère humer, goûter, savourer et déguster que cuisiner.